Actualités : inscription à la newsletter de Terri(s)toires

Recherche

Les ebooks à la Une


Folles journées
Folles journées Après Nantes voyage, les Romanciers Nantais ont réalisé un nouveau recueil en partenariat avec un événement phare de la…


Le FC Lorient
Le FC Lorient Troisième club professionnel breton, le FC Lorient est une valeur sûre du football français. De la première saison au…


C'était Ginette
C'était Ginette Première femme députée du Maine-et-Loire, comme l'indique le sous-titre du livre qui lui est dédié, Ginette Leroux était une…




  • Les feuilletons à la Une


    C'est vous qui le dites
    C'est vous qui le dites Puisqu'on vous le dit ! Cet espace vous est en effet réservé, sous réserve de prendre vous-mêmes la parole. Un point de vue à partager, un nouveau…


    Dans la roue d'Europ'raid
    Dans la roue d'Europ'raid La journaliste Delphine Blanchard embarque à bord d'une Peugeot 205 qui participe à l'édition 2017 d'Europ'raid. En 23 jours, elle va traverser 20 pays et parcourir plus…


    Chomlaik
    Chomlaik Marion Gommard-Jouan est partie à la rencontre "des artistes qui donnent à voir le monde". Au fil des histoires glanées sur plusieurs continents, et notamment à chaque…




  • Comment vont les fourmis ?

    -

    Écoutez l'émission de Jet FM sur l'économie sociale et solidaire (27 janvier 2017) :

     

    -

    Nos partenaires

    

    À l’Ouest, que du vieux

    Un senior à la plage Un senior à la plage - © (d'après ©DR)

    Ouest France titrait le 19 février dernier que les Sables d’Olonne deviennent un retraite land prisé en découvrant tout de même un peu l’eau chaude (de l’Atlantique), car cela commence à faire un moment que les seniors se pressent sur les rivages. Il paraîtrait donc que l’envahissement s’accentue. C’est bien à une fracture, non pas du col du fémur, mais du territoire, que l’on va assister…

     

    Osez aller hors saison au Pornichet et vous ne croiserez dans la rue pas plus jeune que soixante ans : les rares non ridés qui se trouvent en ville sont derrière les comptoirs à servir les glaces du goûter à des clients grisonnants, 2 h 30 avant leur repas attendu de 19 h. Il va falloir s’attendre, tandis que les jeunes actifs s’entassent en métropole en voie de densification, à ce que les activités balnéaires soient bouleversées. Si le Gangnam style et le Harlem shake peinent à percer au Croisic, c’est parce que la souplesse des néohabitants ne leur permet pas de les pratiquer, au risque d’être évacués par hélicoptère. Le territoire va plus que jamais être coupé en deux : les vieux sur la côte, par exemple à la Turballe, les jeunes à la ville, par exemple au turbin.

    1- La frontière sera tout d’abord orthographique. Si on prend les exemples inquiétants de Pornichet ou du Conquet, il semblerait que la terrifiante pratique de la dictée de concours se répande, gagnant toujours plus de participants. Les jeunes dopés au SMS et les étudiants en lettres qui font aujourd’hui une faute par mot seront repoussés peu à peu en terres de brume ou en cités de béton, effrayés par un vocabulaire qu’ils n’emploient pas plus qu’ils ne parviennent à l’écrire. L’accès à la plage aura pour eux le goût de l’amer. Bientôt, les échoppes de maillots de bain, de bouées et de seaux de plage seront gagnées par des rayonnages de Bescherelle, de Bled et des Difficultés de chez M. Larousse. Les présentoirs à lunettes de soleil fluo ne proposeront plus que des lunettes-loupes. Les planches de surf céderont la place aux fauteuils inclinables trois positions avec coussins fourrés aux plumes d’oies. Et j’oublie les stands de recueils de mots fléchés.

    2- La frontière sera alimentaire. Terminés les kebabs, les friteries, la bière, sinon les boissons énergisantes en canettes pour gesticuler à donf en boîte… Tout cela est respectivement trop gras, trop diurétique (la bière doit-on le rappeler implique de devoir parfois courir vite), trop mauvais pour la tension. En revanche, le bœuf carotte, le mironton et le coq au vin arrosé d’un bon Bordeaux bien épais vont déferler sur les tables peu avant la petite tisane, dite pisse-mémé. Les jeunesses bretonne, vendéenne et ligérienne devront fuir en territoire de Muscadet ou citadin de fast food. On les accusera encore de manger déséquilibré et de boire trop, même si, elles, ne piquent pas du nez dans leur assiette en fin de repas, mais plutôt les couverts pour leur coloc.

     

    3- La frontière sera esthétique. Disparus sur le front de mer les joggeurs arborant le dernier modèle de pompes de sport à potentiomètre et semelles aéro-compensées super frime et désignées, circulant parmi des bombasses galbées grimpées sur des rollers. Les semelles à bulles, les baskets écrase-chien de Carouf, les claquettes en bois sous les pantalons en stretch relâché et le polo à col pelle à tarte boutonné ras le menton constitueront à jamais la tendance fashion. Et les robes-blouses à petites fleurs jaunes et violettes ! Terminés les graffs en ville, le street art sera résolument tricoté au club Mickey alors reconverti en club Mocky (remarquez, c’est tendance, ça s’appelle le Yarn bombing) avec des bouts de laine récupérés sur le petit-fils qui a grandi, et de toute façon ne veut pas porter cette abomination durant son stage dans la pub.

     

    4- La frontière sera celle de la vitesse. Les zones 30 passeront zones 5, ce qui est déjà beaucoup quand on en voit conduire sujets à l’hypersomnie. Tout prendra un temps infini. Attendre derrière un vieil habitant qu’il retire de l’argent au distributeur vous imposera de poser une demi-journée de congés. Comment, jeune, ne pas battre en retraite ? La techno des nightclubs sera remplacée par la valse lente (la musette ayant été prise avec le coq au vin, il ne faudrait pas que ça tourne de trop la tête). Pour se taper un shoot de vitesse adaptée aux poussées d’hormones de son âge, la jeunesse ne pourra plus que prendre l’ascenseur loin en métropole, puisqu’il y a déjà des radars partout ailleurs à l’horizontale.

    Bientôt, sur la côte, flottera une odeur de naphtaline et de cette teinture qui rend les cheveux bleus. Les murs ne porteront plus d’affiches de rock, mais des défibrillateurs. Oh, je ne dis pas ça par haine du vieux : c’est un quinqua qui vous parle, et quinqua, ça commence à être déjà beaucoup. Mais c’est qu’à mon âge, on commence à prendre peur de tout ce qui fait trop vite vieillir.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

    Voir tous ses articles
    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
    Partager cet article :

    Dans la même rubrique :

    Vous n'avez pas le droit de laisser un commentaire ! Veuillez vous connecter ou vous abonner si vous n'avez pas encore de compte...