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Des fêtes bien allumées !

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    Accents de révolte en Bretagne

    Combien de temps encore vont-ils tenir ? (d‘après photo DR ) Combien de temps encore vont-ils tenir ? (d‘après photo DR )

    Un syndrome inquiétant est en passe de ravager les communes de l’Ouest de la France : un désordre toponymique renforcé par un chaos orthographique. En clair, vous vous endormez dans une ville qui portait deux dénominations, et en vous réveillant le matin, vous apprenez qu’elle en a momentanément trois, sinon plus ! Appelons les choses par leur nom : bientôt les gens ne sauront carrément plus comment ils s’appellent, ni où ils habitent.

    Il y a quelques mois, Presse Océan avait lancé une grande consultation régionale pour savoir comment nommer les habitants de Loire-Atlantique. Une initiative qui a connu un succès que nous qualifierons d’estime, puisqu’on n’a pas vu apparaître le résultat, et la page internet du sondage n’existe plus. Nous n’avons donc toujours pas de nom, ici, dans le 44, et c’est peut-être une bonne chose, somme toute, puisque le vote par internet de trois pelés ligériens et deux tondus andécaves (nom d’une tribu dite de la "Gaule chevelue") a failli nous faire appeler Loiricains, Loréatlantes, Atlantais, Océanais ou je ne sais quel terme dur à restituer de peur d’être illico interné pour délire mythologique à terreau schizophrène. Ce premier danger était donc passé, mais hélas, depuis, il y a eu plus grave...

    Sept communes de France ont récemment changé de nom, parfois au terme de deux ans de procédure. Parmi celles-ci, il y en a eu trois qui relevaient de la région Ouest. Leur réclamation portait sur l’inattendu problème, qui plus est brusquement apparu et prenant tout le monde de court, de la francisation de leur nom breton ; langue qui ne connaît pas l’accent, mais qui se prononce avec accentuation.

    En effet, lorsque la République française décida à la hussarde de normaliser en tentant de faire oublier les langues et cultures bretonnes, elle le fit notamment à coup de graphie en plantant, telles des flèches empoisonnées, des accents aigus sur les noms des villages. Les Bretons s’étant retrouvés avec des chapeaux pointus, on comprend pourquoi ils furent contrariés.

    Le village de Peumérit s’est donc acquis ce mois-ci une notoriété nationale en perdant son accent pour se polir en Peumerit. Tout un rétablissement de la vérité historico-linguistique due à la perspicacité d’une sympathique institutrice dont la réputation d’intégrité orthographique ne pourra désormais plus être mise en cause1 (voir ci-contre).

    Parallèlement, la ville de Boën est devenu Boën-sur-Lignon, si j’ai bien compris, et Ploeren est restée avec sa graphie de Bretagne, qui est une région de France où l’on prononce Ploeren en disant Plérin ; tandis que la ville de Plérin qui se prononce comme la ville de Ploeren est restée de graphie française dans la région Bretagne. À moins que ce ne soit l’inverse : on en perd parfois son latin dans les explications, mais ainsi va la Gaule, nation où les gens n’auraient donc pas d’accent sauf lorsqu’ils les prononcent, et les noms n’en auraient plus, sauf si on les écrit.

    Je vois bien que je vous embrouille, mais croyez-moi, c’est une affaire compliquée. C’est d’ailleurs pourquoi les dossiers mettent des années à avancer. Chose qui n’effraie toutefois pas Madame le maire de Loc-Maria Plouzané qui ne veut pas être confondu avec Plouzane, sans accent, mais à prononcer Plouzané, et qui veut donc donner dans l’éradication musclée et atomique d’accent en faisant carrément nommer son village Loc-Maria Lanvenec (sans accent, mais prononcez Lanvénec, et n’allez pas l’écrire ainsi même s’il semble exister une "fontaine Notre-Dame-de-Lanvénec" avec accent). Le problème, c’est que vous acceptez de changer un petit accent à Peumérit et vous allez vous retrouver à démonter tous les panneaux de l’ouest du pays. Sachant que tout syndrome, dès lors qu’il est aigu, qu’il soit d’accent ou non, devient grave… si soudain on découvre des rougeurs du tréma à Le Folgoët ou Plancoët, ce sera fichu. Il faudra envisager la mise en quarantaine de tout l’Ouest.

     

    Car ce problème d’accents est une véritable bombe à retardement. Si on l’examine, on s’aperçoit que le territoire est parsemé de communes poudrières. Prenons par exemple le cas de ces malheureux de Quéménéven (29) ; village que sa mairie présente comme "tranquille et bucolique", mais qui est pourtant explosif de tempérament, puisqu’il fut acteur en 1675 de la révolte des bonnets rouges, ces rebelles au papier timbré. Et paf : la République est arrivée et l’a coiffé de trois accents aigus ! On conviendra que c’est de la provoc. Je n’ose pas imaginer la tension qu’il doit y avoir dans ce village particulièrement affligé, voire les cas de dyslexie ou de zozotage, sinon de chuintements, à force de se corriger en parlant à voix basse. Il ne manquerait d’ailleurs plus qu’apparaisse un agitateur rétorquant que les accents républicains indus sont eux aussi après tout une trace de l’histoire pour qu’on se cogne 50 ans de polémique et de jacqueries. C’est ainsi qu’on finit par voir des accents coupés au couteau. C’est pourquoi d’ores et déjà, dans un souci de consensus, je propose de renommer le bourg Kémênèvoen. Le circonflexe étant un clin d’œil amical aux Parisiens détenteurs d’une résidence secondaire, et qui trouvent le coin châârmant.

     

    Vous me direz : cela créera des emplois d’arracheurs de panneaux et des filières de master pro en signalétique, ou même permettre aux vendeurs de GPS de vendre une nouvelle version de leur programme avec une voix davantage portée dans les nasales pour ne pas vexer l’automobiliste breton. L’ennui étant tout de même qu’à une époque où on doit encore expliquer en école de journalisme qu’il faut accentuer les capitales2 parce que si on titre "JEAN-MARC AYRAULT CHAHUTE AU PARLEMENT", ce n’est pas pareil pour le lecteur que "JEAN-MARC AYRAULT CHAHUTÉ AU PARLEMENT", l’ajout et le retrait sauvage d’accents nous annoncent à n’en point douter de beaux cafouillages typographiques dans la presse. Heureusement que les emplois de correcteurs n’existent quasiment plus : que ferions-nous de tous ces corps aux crânes explosés sur les épreuves des pages tourisme narrant les sorties sympas à Plounévézel, Plouzévédé et Plouenour-Ménez ?

    Quelles mesures prendre pour prévenir les incidents qui ne vont pas manquer de naître ? Pour une fois, cette chronique, débordée par l’ampleur du chantier, s’avoue bras ballants. On n'a guère de choses à suggérer, hormis peut-être l’ajout de panneaux électroniques à l’entrée des communes, faisant défiler la succession de noms -et la nomination d’une commission de crise au niveau national.

    Pour conclure, puisqu’il est question de noms, citons aussi l’activisme actuel pour la création de l'extension de noms de domaine internet ".bzh". Idée pertinente et plus que jamais d’actualité, mais qui, en s'ajoutant à la récente apparition des caractères accentués dans les adresses internet, multipliera les noms de domaines à réserver. On ne veut pas mettre le bazar, mais ceci juste pour dire qu’à Quéménéven, une guerre de l’accent pourrait se déporter sur internet… car quéménéven.fr est toujours disponible...

     

    1 On a juste une pensée pour elle en cette ère du SMS. Ce doit être épuisant.

    2 Je parle des lettres, cette fois, pas des villes. Désolé, c’est complexe, la langue, et moi-même je ne m’en sors plus.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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