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    Christine and the Queens : 15 arguments pour n'en penser rien

    Christine and the Queens aux Vieilles Charrues 2014 Christine and the Queens aux Vieilles Charrues 2014 - © CC BY-SA 3.0 Thesupermat

    Après quatre heures de lectures et de visionnages, l'auteur consciencieux de cette chronique autour des people originaires de l'Ouest s'est aperçu qu'il ne pensait rien de la jeune Héloïse Letessier alias Christine and the Queens (chanteuse sur boîte à rythme, parolière hermétique, danseuse sujette à des soubresauts tétaniques) qui accumule les succès et effectue des tournées à guichets fermés. Ni bien, ni mal : rien. Arguments pour vous aider, vous aussi, à n'en penser rien, afin d'avoir une opinion.

    1- Sa vie jusque-là

    Née à Saint-Sébastien-sur-Loire en 1988. Papa prof d'anglais, maman de français, Héloïse fait le conservatoire à Nantes, hypokhâgne et khâgne au lycée Fénelon à Paris, Normale Sup Lyon en théâtre. Elle va à Londres chez "Madame Jojo" où elle rencontre des travestis et la révélation. En 2011, elle est découverte, en 2012, elle est remarquée au Printemps de Bourges, en 2014, elle attrape une Victoire de la Musique. Depuis, elle n'arrête plus de jouer à guichets fermés. "Ascension fulgurante", comme on dit. En effet.

    Que penser de sa bio ? : rien, ce n'est pas très-très étonnant. Fénelon, tout de même.

    2- Sa personnalité

    Elle semble très sympathique et sincère, et aimer parler d'elle-même. On doit certainement passer de bons moments en sa compagnie, à l'instar de sa musique qui pourrait habiller les bars lounge où on s'emmerde devant des cocktails de la taille d'un vase à glaïeuls. Mais, peut-être et hélas, si quelqu'un vous demande le lendemain "Alors t'as vu Christine, hier ? Quoi de neuf ?", il est possible que vous ne pourrez répondre, car elle vous aura cité tant de noms d'artistes sans vous dire en quoi ils sont importants, ou alors tant de noms de gens délavés par l'usage référentiel que vous ne vous souviendrez plus de rien.

    Que penser de Christine ? : rien, elle a l'air sympa j' te dis.

    3- Son plumage

    Après des premiers clips avec des robes d'étudiante en école privée de management, au-dessus des pompes du genre mariage guindé ou before de rallye, elle a choisi, en construisant son personnage, le style androgyne (veut-elle) se disant sous influence des dragqueens. C'est donc pourquoi, très logiquement, elle est depuis quelque temps en veste et pantalons noirs – chemise blanche, chaussures masculines noires. On lui trouvera, c'est selon, des airs de Gainsbourg époque Gainsbarre, de Patty Smith époque Horses, de Michael Jackson. Mais, et c'est le plus troublant, aussi du serveur de la pizzeria d'à côté, des employés de pompes funèbres, des représentants en assurance, et de George Clooney dans ses premiers grands rôles avec tasse à café. Pis : si vous portez une telle tenue, vous ressemblerez à Christine, comme tout le monde.

    Pour ses cheveux volontiers agités pour crier son altérité, on lui conseillera toutefois d'agir, et pas seulement parce qu'ils risquent de fourcher.

    Que penser de son look ? : rien, ça va, c'est casual.

    4- Son ramage

    Elle a une voix. D'ailleurs elle chante. Rien de spécial sur ce point, après tout Delerm aussi.

    Que penser de sa voix ? : rien, ça coule.

    5- Sa musique

    Se "refusant d'avoir un genre musical", ce qui est réussi on en conviendra, on hésite à la classer entre l'électro, la pop, le hip hop, la variété, le RnB, l'easy listening, le Bontempy happy hardcore et le pack de boucles Garage Band extended version. Info pour les concerts : elle embauche des joueurs de guitare électrique. Sans doute pour que les notifications des smartphones du public ne couvrent pas ses performances.

    Comme Christine est diffusée sur nombre de radios, sur Fip, pour djeun's comme pour croulants, sur celles pour CSP++ adulescents en couple sans enfants, et même sur celles pour nos compatriotes du terroir, on suppose que ses musiquettes passe-partout sont dans un registre qui va de l'ascenseur au magasin de fringues, de la salle d'attente à la cabine de tracteur accommodant agréablement de longues journées de labour. En ces temps d'unité républicaine, on conviendra que ce n'est vraiment pas mal. Pour autant il existe des nappes, des rideaux ou des papiers peints dont on retrouve de la même façon les motifs chez tout le monde, mais on n'en taille pas pour autant un drapeau avec.

    Que penser de sa musique ? : rien, ça s'écoute.

    6- Ses clips

    D'aucuns – qui ont dû être récemment libérés sous rançon après des années de prise d'otage – trouvent ses clips captivants. Ses clips mettent en valeur sa chorégraphie, restant bien scotchés sur elle-même, quand elle n'y apparaît pas dédoublée (Narcissus is back). Quelques-uns du temps du premier album sentent le bricolage bon teint. Enfin, bon teint, c'est une expression.

    Que penser de ses clips ? : rien, ce sont des clips, quoi*.

    *À noter en passant que, curieusement, un de ses clips apparaît sur un site web qui diffuse des tutoriels vidéo intitulés "Le piano pour les nuls".

    7- Ses vidéos arty

    Son site web affiche des vidéos bizarres, des sortes de machins à posture qu'on sent avoir été pensés comme des poésies étranges et décalées avec des messages abscons et à la typo dégueulasse, où elle expose ses recherches de personnages virés de l'école du rire. Mais on a déjà vu ça mille fois, et tournés ailleurs que dans une cabine de photomaton.

    Que penser de ses travaux arty ? : rien, c'est insolite.

    8- Ses influences

    Ses influences seraient les dragqueens, l'esthétique queer avec une touche de lesbian chic, Michael Jackson, des écrivains et philosophes (des gens certainement assez mauvais danseurs), écrivant sur la théorie du genre, Gainsbarre, David Bowie, Laurie Anderson, Kanye West. Certains à la vue aiguisée et l’ouïe perçante, ou le contraire, y voient du Véronique Sanson et du Beyoncé. Christine déballe aussi sur la table dès que possible Pina Bausch, The Knife, Christophe, Philip Glass, Bob Wilson. Elle a secoué tout cela et ça nous donne ces drôles de bruits dans ses titres qui font bip, gloup gloup, ping joyeusement ou nostalgiquement par-dessus deux accords de piano et une nappette de violon. Heureusement, le mélange n'a pas explosé : sans doute parce qu'il n'y a rien de vraiment dangereux dans tous ces ingrédients.

    Que penser de l'usage de ses influences ? : rien, c'est sécurisé.

    9- Ses ambitions

    "J'adorerais être une icône gay" clame-t-elle souvent. On la comprend, tant à cause de sa fascination pour le sujet du genre qu'en termes de parts de marché. L'icône gay, c'est du développement durable. Il y a déjà bien du people sur le créneau, mais, à terme, c'est payant. Demandez à celui qui a réédité les chansons de cette dame devenue malgré elle une icône gay (mais qui ne s'en serait jamais doutée) : il en vend chaque année des palettes. Autre personne qui peut parler du cœur de cible : Mylène Farmer. Bref, Christine pense à son boulot.

    Que penser de ses ambitions ? : rien, c'est normal de chercher du taf.

    10- Ses lyrics

    Elle chantait en français, parfois une phrase en espagnol passait par là, désormais c'est en anglais. Elle souhaite aussi maintenant "qu'on la comprenne quelle que soit la langue". De fait, il lui faudrait être plus précise et dire qu'elle souhaite qu'on la comprenne de la même façon quelle que soit la langue, c'est-à-dire que pouic, car ses textes affichent cet hermétisme juste assez entrebâillé pour intriguer, apanage des artistes torturés et ambigus comme des poètes égocentriques depuis les années soixante-dix. La plus compréhensible de ses chansons Photos Souvenirs est quant à elle de William Sheller, à qui hélas elle ne fait pas hommage, mais on la comprend.

    Que penser de ses paroles ? : rien, ça s'entend.

    12- Sa danse

    Christine est déjà influente en termes de chorégraphie au point de faire mouiller sa chemise à Gad Elmaleh qui l'imite depuis qu'elle l'a défié à la suite d'une moquerie que le bougre osa (voir vidéo ci-dessous). Cela étant, la Christine est loin d'avoir la souplesse de son modèle Michael Jackson. Sa danse, heureusement toujours soutenue par des danseurs pro et encadrée par une chorégraphe, rappelle celles des bonnes copines pétées qui vous mettent de l'ambiance dans les soirées molles et improvisent un peu n'importe quoi. C'est même rigolo de voir à quel point il n'y a ni rythme, ni souplesse, ni inspiration, et comme les mouvements ne sont raccords avec rien (les mouvements de sa bouche aussi sont d'ailleurs en playback dans certains clips, voir à la cérémonie des Victoires de la Musique). Un gimmick à relever : le roulement d'épaules, mais peut-être dû à une veste trop serrée. Peut-être qu'à l'instar de l'air guitar, qui consiste à simuler le fait de jouer de la guitare électrique, Christine a-t-elle inventé l'air dance, soit l'art de simuler la danse. Enfin, comme chacun sait, chez la bonne copine, les gesticulations dépendent des substances que vous avez servies à l'apéro, et qu'elle a ingérées en trop grande quantité. Chez Christine, on soupçonne, et c'est paradoxal, qu'elle ne prend rien. Sans doute qu'elle devrait.

    Que penser de sa danse ? : rien, mais c'est pas mal essayé.

     

    13- Son image médiatique

    Elle paraît être dans le contrôle total. Si un type, Gad Elmaleh ou un inconnu, balance une vanne sur Twitter, elle réagit aussitôt. Peut-être même que cette chronique attirera son ironie, à moins qu'elle aussi n'en pense rien, ce en quoi elle aura raison.

    Dans ses interviews, Christine répond à la perfection, répétant sans cesse ses éléments de langage à ces feignasses de journalistes qui n'ont, il est vrai à leur décharge, peut-être rien d'intéressant à lui demander qu'elle n'ait déjà ressassé. Une interview de Christine and the Queens ressemble à une autre interview, d'elle-même ou de n'importe qui d'autre qui ferait le job. Les cyclistes font cela très bien eux aussi. Bref, c'est pro, et rien d'autre. Pourtant on me dira que lorsqu'on estime que quelque chose ne "ressemble à rien d'autre", cela devrait signifier qu'il y a une identité particulière. Là, curieusement, non. Rien.

    Que penser de son image médiatique ? : rien, c'est clean. On comprend les réponses.

    14 - Son public

    Tant mieux pour elle, elle en a beaucoup. D'ailleurs "Au Franprix, on l’a déjà suivie dans les rayons", ce qui est un signe.

    Que penser de son public ? : rien, pas bégueule.

    15 - Son succès

    Il agace parfois au point de déclencher des colères fort bien troussées après lesquelles il n'y a, encore une fois, rien à ajouter, ou alors on la taxe "d'étrange croisement entre Camille, Valérie Lemercier et Lana Del Rey". Son succès peut aussi faire dévaler des dithyrambes incontrôlés, voire fanatisés, par des pauvres gens égarés qui, ne se tenant plus, vont jusqu'à la traiter de "reine de la pop".

    Sur l'échelle d'estime allant donc de la bouse au diamant, en tirant la moyenne, ce qui doit donc nous ramener environ au niveau du contreplaqué, on estimera que son succès d'estime est moyen. Et quand c'est dans la moyenne, endroit où il y a tout de même du monde (une pensée pour Axelle Red), on conviendra qu'on n'en a rien à dire. On ne pense, en effet, avouons-le,  jamais rien du bois contreplaqué composant le mobilier suédois en kit, qui marche pourtant lui aussi.

    Que penser de son succès ? : rien, mais c'est vraiment cool pour elle.

    Une leçon toutefois

    Grâce à Christine and the Queens, on a la confirmation que le rien, le vide, ne sont pas seulement des sujets de recherche en mathématiques ou physique appliquée, ce sont aussi des matières efficientes pour remplir les salles de concert. Comme les chroniques.

    Que penser de cette chronique ? : rien. Comme Christine and the Queens, ça doit être pensé pour occuper l'espace, j'imagine.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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