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    Circulation en région : les bouchons sautent

     Il serait temps que les jeunes automobilistes ligériens passent à l’eau. Il serait temps que les jeunes automobilistes ligériens passent à l’eau.

    Il est des cycles en matière de faits divers. En ce moment, sur la région, on notera une baisse sensible de ce qui prêtait récemment encore aux joies jubilatoires de l’absurde au bénéfice des grincements de dents cassées de l’humour noir. Ouest-France et 20 Minutes Nantes des 24 et 25 juin nous apprennent ainsi qu’on meurt jeune (entre 18 et 30 ans), et plus que partout ailleurs, le vendredi soir sur les routes de Loire-Atlantique, à cause de l’alcool ; tandis que par ailleurs, plus on se dirige vers la pointe de la Bretagne, plus on meurt jeune, toujours à cause de l’alcool, mais aussi du suicide.

    Je n’ai pas trouvé plus riant pour cette chronique de quinzaine, désolé. Je dois reconnaître que pour la jeunesse de l’Ouest, ce n’est pas très funky. On conviendra que pour un jeune, de savoir qu’il ne finira pas vieux à cause de l’alcool ou de la dépression, franchement, il y a de quoi picoler pour oublier, sinon matière à se flinguer. Sans compter que ça valait bien la peine de se cogner une semaine de chômage, ou de stage non rémunéré pour les plus nantis, pour ne même pas profiter du week-end.

    Bon… Tentons de transcender ce type de nouvelles : il y a une chose qui me fascine dans les statistiques, c’est lorsqu’elles font apparaître des pics incongrus. "La rue Jorge Amado, à Salvador de Bahia, est celle où se trouvent le plus de punks gauchers consommateurs de glace à la menthe" ou "Quoique lieu de la révolution des œillets, le Portugal est le pays qui compte le plus de daltoniens", ou encore, "C’est sur les rives du Zambèze, en Zambie et au Zimbabwe, qu’on relève le plus grand nombre de gens avec un cheveu sur la langue"1.

     

    Je me dis toujours : mais pourquoi spécifiquement à cet endroit-là ? Des bataillons de sociologues, d’anthropologues, de bêtes en "ogue" déversés par les universités y trouvent toujours de quoi épancher leur goût de la recherche avant de se reconvertir, dégoûtés par le manque de débouchés de leurs études. Ils nous fournissent peu ou prou des explications, lesquelles sont toujours fascinantes. Il y a de l’ADN qui remonte à notre ancêtre Lucy, une mutation, de la tradition, ou l’Histoire avec un grand H qui aurait connu une circonvolution convulsive… Je ne sais. Mais pour ce qui nous concerne, j’attends l’explication : pourquoi, en Loire-Atlantique, bat-on les records de mortalité au volant sous alcool le vendredi soir, et pas, tenez, par exemple, à Zanzibar la zozotante ?

     

    On ne nous dit rien. On nous cache tout, paraît-il, même. On en est réduit à se perdre en conjectures, qui sont d’ailleurs le dernier endroit d’errance permis depuis qu’on est tous sous GPS au volant, et même bourrés. Il est temps de formuler nos propres hypothèses :

    • La piste de la tradition. Mettez-moi rapidos un gang d’historiens sur le coup. Les Gaulois ambiliates avaient-ils déjà pour habitude de grimper aux arbres sous l’effet de la cervoise avec leurs chars à bœufs lancés à fond les ballots ? Si c’est le cas, on doit avoir des témoignages, au moins quand les bovins retombaient en plantant leurs cornes sur les badauds2.

    • La piste ethnologique. Existait-il un rituel du passage à l’âge adulte, dans la région ? Fallait-il absorber des substances hallucinogènes (type gros-plant préhistorique d’origine incontrôlée) avant d’aller affronter l’esprit païen ennemi du clan pour revenir au village badigeonné de l’aura du guerrier et d’éosine disodique ?

    • La piste culturelle. Un artiste romantique qui a loupé le virage du classicisme à la modernité pour se planter dans le fossé d’un lyrisme nihiliste -à moins que ce ne soit Albert Camus ou James Dean- a-t-il laissé une adresse aux générations suivantes, leur intimant de vivre vite et brièvement, mais avec piquant et éclats, tel le moustique se ruant sur le pare-brise ?

    • La piste biologique. Une mutation de l’ADN chez nos amis les jeunes a-t-elle quelque chose en commun avec celle des lemmings, puisque après tout l’homme partage 99 % de la sienne avec celle de la souris ? C’est toutefois peu probable, même si on en croise souvent la nuit, à quatre pattes.

    • La piste technologique, enfin. Les véhicules d’aujourd’hui seraient-ils plus dangereux qu’avant ? Après tout, on a plein de vieux qui ont été jeunes, et avec le permis. Ou alors les voitures étaient plus solides, ou alors la génération précédente, qui n’a pas à se vanter, tenait mieux les apéros et les désuets digestifs, pousse café et autres trous normands, avant de repartir picoler au boulot.

    La préfecture parle quant à elle de "résistance sociologique" -laquelle doit donc être supérieure à celle des carrosseries-, mais ne dit rien sur les origines du phénomène.

    En conséquence, des dispositions ont été prises : enclenchement d’une semaine de la sécurité routière, qui s’est terminée ce 30 juin, et pose de radars-tronçon dans la région3. On notera hélas que l’usage de la sanction pécuniaire reste inefficace : les morts refusent de payer.

    Il y aurait pourtant une solution, alors qu’on s’obstine à raisonner au sein du perpétuel même paradigme : ce serait toujours la faute de l’alcool, du volant, de la vitesse, des gens…  Et si l’on se mettait enfin à penser autrement ? Supprimer le vendredi soir ne serait-il pas plus simple et radical ? Sans doute que si, mais comme toujours, le courage politique manque. Après, on ne s’étonnera pas que la jeunesse en attente d’avenir meilleur soit à la ramasse –et en plusieurs morceaux, encore.

     

    1 Une seule de ces trois statistiques est exacte, sauras-tu retrouver laquelle ?

    2 À propos desquels, en vérité, il a récemment été établi que leurs suicides collectifs seraient une légende. Et puis d’abord, ils n’ont pas le permis.

    3 Le radar-tronçon calcule la moyenne sur votre portion d’autoroute ; en aucun cas il ne coupe en tranches l’automobiliste pour le faire ralentir (du moins pas encore chez cette première génération d’appareil).

     

    Photo de Une : D’après une image cc Flickr de Manuel MC.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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