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    De la punkitude éternelle de Nantes

    Chateau Anne de Bretagne de Nantes - tiltshift de Francis Mizio pour Terristoires.info Matt Eliott, leader et guitariste d’un groupe d’optimistes vêtus de noir, nommé Third Eye Foundation, qui fait dans le drum n’beats et le trip hop, nous a plongés dans un vertigineux abîme de perplexité en déclarant le 27 janvier dernier à Ouest-France que Nantes est "une ville très punk". Et de la comparer à sa ville d’origine, Bristol. On présumera que c’est à cause des chantiers navals (mais à Nantes, on n’en a plus), de son festival de montgolfières (mais des montgolfières, il n’y en a d’or qu’à la remise des prix du Festival des 3 continents), et de son club de football (Nantes en posséderait vaguement encore un).

    Houlalala.

    De multiples interrogations se sont aussitôt dressées en crête paraffinée sur la tête du lecteur, car le problème n’est pas anodin. Si Matt Eliott le dit, c’est certainement vrai. Après tout, ce monsieur doit être qualifié : on ne peut imaginer un instant qu’il raconte n’importe quoi pour réveiller son interlocuteur blasé. C’est une star qui se couche tard sans fard ni pyjama, et doit absorber diverses substances tant stimulantes pour l’esprit qu’émollientes pour les tissus, si l’on en croit les têtes de batraciens décongelés qu’affichent en fin de course les chanteurs punks. Ou alors le journaliste a goûté aux mêmes apetizers que lui et a noté cette déclaration sans réfléchir, prenant son cachet d’extase people du moment.

    En quoi Nantes serait-elle punk ? La scène musicale nantaise nous paraissant être plutôt pop sans peps ou rock sous goémon à marée basse, sinon au mieux hip-hop huppée : il ne faut pas chercher par là. Quoique l’on pourrait qualifier de punk les braillements de certains, si l’on inclut le bruitisme affecté qui est de mise dans l’état moderne de la punkitude. On se demande néanmoins s’ils ne brailleraient simplement parce qu’ils ne sont pas parvenus à rester ou devenir underground (www.fragil.org/focus/1836) ou a contrario parce que les institutions ne les considèrent pas assez financièrement. Les gens confondent si souvent le fait de déranger avec celui d’être dérangé.

    Il erre bien à Nantes une poignée de punks traînant ses hardes sous les vitrines des galeries Lafayette, mais ils relèvent de la catégorie dite "à chiens" ; version renfrognée du zonard dog friendly tapeur d’une petite-pièce-allez-quoâ. Le problème est qu’ils sont trop noyés en centre-ville pour faire majorité, débordés par le nombre de mémères à chiens chiens ou à chats chats, sinon de jeunes femmes chichiteuses et à chouchous, lesquelles ne cherchent à être séditieuses qu’en léchant les vitrines de la rue Crébillon à contresens. La révolte des propriétaires d’appartements de l’ïle Feydeau, à cause de quelque bar bavard et tardif sous eux, n’a consisté qu’à étendre des linges blancs aux balcons. On crut qu’ils se rendaient.

    Enfin les cuites sévères que se prend la jeunesse nantaise noctambule dans le quartier du Bouffay évoquent davantage, avec leurs pas croisés, le funk, juste un plus peu junk, qu’autre chose. Mais en aucune façon ce n’est de la punk attitude.

    Le punk est rébellion, anarchisme, anti-autoritarisme, nihilisme, égalitarisme... On pourrait sans doute dire cela de Saint-Nazaire, les jours de visite de ministres, de vitrines dégringolantes et de CRS à prime exceptionnelle pour sortie de cars… Mais Nantes et ses manifestations en sandales durables ? Franchement ?

    Alors dernière hypothèse : c’est le mot punk lui-même qui a muté.

    On en était là de ces réflexions lorsqu’on a découvert un livre aussi hallucinant qu’incontournable, paru ces jours-ci chez BG Productions, Minuit… place Graslin !, écrit en 1928 par Julien Moreau, un écrivain nantais bambocheur et depuis mort et oublié1. On y lit dans une stylistique époustouflante à faire défaillir un chroniqueur de webzine comment Nantes fut lieu de débauches, d’excès, de beuveries et de partouzes, de désobéissance, de dandysme décadent. Or les dernières lignes, quoique très obscures, - alors que le roman ne l’est pas, puisque qu’il n’hésite jamais a appeler une chatte par son nom -, tel un oracle sous opium, semblait prédire il y a 84 ans, lui qui s’y connaît, comment Nantes deviendrait punk :

    "Alors fendant la foule des curieux qui s’écrasaient sur elle [il doit s’agir des hordes de touristes à venir cet été], la bête trapue et souple aux lourdes lignes l’emporta sur ses pneus énormes, dans un grondement régulier et tout puissant [C’est probablement l’éléphant mécanique des Machines], vers les grands Temples de la Chair, vers les Cultes de l’Éternel Retour, vers l’Omniscience, vers les Voluptés qui assouvissent, vers les Surhumaines Extases, vers la Porte Noire, vers l’Enfer… [Là, il s’agit sans aucun doute possible de la liste codée des promesses contenues dans l’itinéraire du Voyage à Nantes. Du moins les arguments s’y retrouvent à peine accentués.] ».

    CQFD : le steampunk2 de l’Éléphant et le nihilisme échevelé de l’office du tourisme avaient été prophétisés comme étant l’avenir de la ville.

    Tels seraient aujourd'hui les côtés punk not dead de Nantes, éternelle ville du mal, du vice, de la fête paillarde, de l’insoumission.
    Dont acte.

    Et ouf, c’est bien le mot qui a muté. On craignit un instant que ce ne fut la ville.

     

    1 http://giletbert.e-monsite.com/pages/julien-moreau-ecrivain-nantais.html

    2 L’éléphant relève en effet du genre steampunk, issu de l’esprit punk.

     

    Légende de la photo de Une : "Quoique le château des ducs de Bretagne soit punk, d’aucuns, catégoriques, estiment qu’Anne de Bretagne ne le fut jamais." (Tiltshift, d’après une photo CC Flick de "Mkt")

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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    Commentaires  

     
    +3 #2 Francis Mizio - Journaliste 14-02-2012 21:21
    @Punkette
    Ah le joli commentaire !
    Voici qui rassure alors qu'on a tant craint que les bits ne favorisent plus le goût de la plume.
    Il semblerait d'après Wikipédia, qu'il s'agisse de Crébillon père, hélas fr.wikipedia.org/.../... et
    fr.wikipedia.org/.../...
    Selon votre fine hypothèse cela confirmerait que Nantes ne serait définitivement pas punk, mais seulement dès lors qu'on considérerait le crébillonnage comme l'essentiel de l'esprit nantais. Foutre non !, comme on lâchait jadis semble-t-il de façon aussi inconséquente et jubilatoire, heureusement pas : il reste au moins à Nantes un lieu incontrôlé : il est à la Médiathèque Jacques Demy - Espace adulte - Livre Adulte - Roman Cote: R MIL . Oui, c'est le "Tropique du Cancer", que vous devez chérir, mais qui ne passe hélas pas par le hangar à bananes. Le catalogue en ligne dit ce jour "Prêté - retour prévu le: 12-03-2012". C'est, il est vrai, maigre comme lieu..., mais il ne faut désespérer de rien puisqu'il a eu visiblement un emprunteur...
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    +1 #1 punkette 14-02-2012 17:12
    Monsieur Mizio, croyez bien que c'est votre plume qui me semble punk et cela continue de me ravir, tant il est assuré que la dégaine de Sid Vicious et les dégueulis de Damned m'ont toujours semblé pouvoir inspirer une littérature agréablement dévergondée, pas si loin d'une Miller (Henry !) attitude.

    Bien d'accord en tout cas sur la punkitude aléatoire de notre belle ville de Nantes, mais ça n'empêche que vous trouvez là l'occasion de nous faire découvrir un Julien Moreau, écrivain dont ce que vous en dites nous donne l'irrépressible envie d'aller dévorer les pages.

    Avez-vous d'ailleurs des informations sur le Crébillon qui donne son nom à la plus bourgeoise des rues nantaises : s'agit-il du père académicien ou du fiston, bambocheur autant que Moreau si j'en crois mes réminiscences universitaires ? Vous conviendrez que, s'il s'agit du fils, c'est là un joli pied de nez à la morale des bourgeois nantais. Mais s'il s'agit du père, cela confirmera que Nantes n'est définitivement pas punk...

    Impatiente de vous lire... une mutante punkette !
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