Des souris en boîte

Rouen : des dents dans les saucisses - Tiltshift - terristoires.info/Francis Mizio Auparavant, tout était simple dans la conserve ou l’aliment industriel : vous achetiez le produit appertisé1 de votre choix, à défaut qu’il soit de votre goût, et au mieux, si vous étiez veinard ou astucieux, vous dégottiez dans la boîte "20 % gratuit en plus", "un parfum d’authenticité", sinon "la concrétisation de vos rêves culinaires les plus fous". Désormais, il est courant de tomber en compagnie, sinon à l’intérieur même du produit, d'une dent sur pivot, une lame de cutter, un préservatif ou une souris…

 

 

Ce n’est pas un remake du cadeau Bonux de jadis dans le paquet de lessive (mais qui penserait aujourd’hui à manger de la lessive ?, il est vrai) ou du gadget included sous pochette bristol "en cadeau avec ce magazine : une tour Eiffel" qui agace les kiosquiers encombrés : nous parlons bien ici d’un fléau. Celui-ci n’était jusqu’alors que la seule prérogative des pâtissiers avec leurs galettes des rois vendues de novembre à mars cachant des familles entières de pokemon, sinon pour fidéliser les collectionneurs fabophiles boulimiques des 130 chars de combat, 600 chevaux et 8 000 fantassins de l’armée en terre cuite de l’empereur Qin Shi Huangdi.

 

Mais pourquoi vous parler de cela ? Parce qu’il semblerait que la région Ouest soit en proie depuis juillet dernier à ce qui me semble, mais cela n’engage que moi, être un délire obsidional : celui de l’objet incongru que l’on trouve, qui dans son bœuf bourguignon, qui dans sa chipolata, son steak ou ses haricots…2 Faits sensationnels qui aussitôt envahissent les médias et l’internet à la vitesse du cri de la ménagère devant son plat, car il est vrai que lorsqu’on achète un paquet de préservatifs, on y trouve rarement un pot de mayonnaise, qu’on pose rarement de dentier avec une andouille de Guéméné bonus entre les ratiches, qu’on ne trouve jamais de mange-tout extrafin dans les boîtes de souris wireless.

 

Il convient donc de s’interroger sur cette nouvelle épidémie alimentaire, même s’il est délicat de mettre en doute la parole des victimes dès lors qu’elles l’assènent haut et fort devant de nombreuses caméras, et vont montrer leur trouvaille aux juges. D’ailleurs, moi-même, il m’est arrivé de retrouver mes lunettes dans une casserole de purée3, même si, comme l’a établi plus tard une enquête interne, j’avais glissé dans la cuisine.

Que penser ? Ferions-nous face à une sorte de complot régional ? J’imagine plausible que des gens cagoulés animés d’obscurs desseins se font embaucher en CDD dans les groupes agroalimentaires pour se vider les poches en ricanant d’avance de découvrir où et quand leur méfait surgira. Hop, je te mets un sextoy (piles AA non fournies) dans une pièce montée et tu vas voir la tête de la mariée. Et tiens, attrape cette tong dans le chausson aux pommes. L’imagination malfaisante est hélas sans limite et l’on se prend à craindre quelles pourraient être les prochaines irruptions d’objets ; déjà qu’on nous met des additifs pour carburants dans les prothèses mammaires et testiculaires !4 Que craindre qui fasse message revendicatif chez ces terroristes ? Une corne d’éléphant dans un paquet de petits LU ? Des galettes de pétrole dans les St-Michel ? Des crêpes fourrées à la dentelle d’Alençon ? Des tickets de tramway dans des boîtes de sardines ? Des chouchous dans le chouchen ? La psychose n’en est hélas sans doute qu’à ses débuts. Alors mangeons, bougeons, certes… mais mâchons lentement.


1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Conserve De Nicolas Appert. Ici on ne lit pas que des bêtises, on se cultive. On découvrira dans l’article que Nicolas Appert est mort pauvre car – je résume mais c’est véridique - avant lui personne n’avait envisagé l’invention de l’ouvre-boîte, ce qui freina quelque peu le développement de son invention de la conserve.


2 C’est le 2e mot du jour : un délire obsidional est une psychose collective qui s’empare d’une population assiégée. La région serait alors assiégée par qui ? Sans doute, dans ses soucis bio, durables et tout cela, par la peur de la malbouffe industrielle. C’est la première partie de ma théorie.


3 Intrigué, j’ai mené ma petite enquête depuis mon canapé et je vous classe les faits dans l’ordre. À vous d’en tirer les conclusions qui seront peut-être semblables aux miennes : en juillet 2011, une dame, au Brésil, gagne avec retentissement $ 5 000  à l’issue d’un procès pour avoir trouvé un préservatif dans une boîte de sauce tomate. Alors que pour l’instant, on n’avait vu apparaître des petits rats ou souris dans des boîtes de haricots qu’à la Réunion (2006), en Utah (USA, 2007) ou à St-Céré (Lot, 2008) ça s’est emballé, si l’on peut dire, à compter de cette date en France, et surtout à l’Ouest. En effet, hormis la grenouille de Charenton-le-Pont dans le paquet de salade (fin août 2011), l’alien alimentaire a frappé à Rouen (23 sept. 2011, haricots à la souris), à Angers (steak avec dent humaine, août 2011), à Guérande (chipo avec dent sur pivot, sept. 2011), puis dernière en date, la lame de cutter, à l‘heure où nous mettons en boîte, dans du bœuf bourguignon (31 déc. 2011 aux Ponts-de-Cé)…  Ces proximités temporelles et géographiques sont pour le moins troublantes. On retrouvera facilement tous les faits dans la presse ou sur le web, et c’est la seconde partie de ma théorie, car vous voyez ce que je suis en train de me dire.


4 Malgré leurs formes respectives de pamplemousse ou de haricot : ne pas ingérer.

 

Légende de la photo de Une : "Rouen : aujourd’hui on ne se gâte plus les dents sur les pavés rouennais : elles sont dans les saucisses". (Tiltshift, d’après une photo CC Flickr de "zigazou76")

Francis Mizio - Journaliste
Francis Mizio - Journaliste

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