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    Kofi Yamgnane : un Breton qui porte le chapeau, pour des ronds

    Kofi Yamgnane à Quimper. Kofi Yamgnane à Quimper. - © jyc1 - Flickr CC BY 2.0

    Dimanche 1er mars dernier, la liste des candidats à l'élection présidentielle togolaise a été arrêtée. Kofi Yamgnane, ex-Franco-Togolais, ex-Breton de l'année 1990, ex-maire de Saint-Coulitz (Finistère), ex-conseiller général, ex-secrétaire d’État, ex-ministre et ex-député français, s'est retiré pour la deuxième fois de ce scrutin, puisque mis en examen en France dans l'affaire Rocancourt. Portrait d'un homme qui, espérons-le, n'est pas une ex-illusion.

    Autant le dire de suite : on l'aimait bien, Kofi Yamgnane. Cela remonte à l'époque où il y a eu une sorte de Kofi mode. Il était, il est vrai, plus que réjouissant, ce maire franco-togolais élu en 1989, aussi noir que les bandes du Gwenn-ha-Du dans un village de blancs d'hermine bretons. Son sourire solaire, son regard pétillant, son énergie débonnaire (ou sa patate douce, comme on voudra), son intelligence vive, son bagout et ses convictions : tout donnait en lui espoir en ce qu'on appelait, en 1989, année des 200 ans de la Révolution française avide de symboles républicains, une intégration réussie.

    Kofi était un exemple, un modèle, et ses électeurs nous avaient donné une leçon. Pourquoi ne pas se laisser aller à vibrer ? Il y avait une envie de Kofi. Un Africain d'origine à la tête d'un village breton, un premier Noir maire, c'était bien au-delà de la condescendance de l'insolite, bien plus que l'image trop joliment accomplie de principes nationaux si souvent dévoyés, bien plus – comme disent les fachos ordinaires d'aujourd'hui – que du droitdelhommisme : c'était tout simplement sain, tout simplement digne. Et nous pouvions, dans la France d'alors, en être fiers.

    Et voici que tombe, 25 ans plus tard, dans une nation qui a prétendument évolué sur l'intégration – du moins davantage dans les signes que dans les quartiers –, qui s'est émue de l'élection d'Obama, une mise en examen de Kofi Yamgnane pour "trafic d'influence" mercredi 29 octobre 2014, dans le cadre de l'affaire de corruption qui avait valu des tracas à Christophe Rocancourt, surnommé "l'escroc des stars". Kofi Yamgnane est placé sous contrôle judiciaire, soupçonné d'avoir reçu 3 000 euros pour intervenir auprès des autorités françaises afin de faciliter la régularisation d'une Marocaine. C'est pourquoi l'ex-ministre a retiré sa candidature à l'élection présidentielle togolaise, pour la deuxième fois. Son précédent échec au Togo eut lieu en 2010 parce que l'administration locale, qui lui avait demandé d'abandonner sa nationalité française, ne parvenait pas à déterminer s'il était né le 11 octobre ou le 31 décembre 1945. Une manœuvre parmi de nombreuses autres pour l'évincer du scrutin présidentiel.

    Le Yamgnane style

    Né à Bangeli, en pays Bassar, au Togo, Kofi Yamgnane est un homme brillant : repéré gamin par un père missionnaire, il vient en France en 1964, fait ses études à Brest et devient ingénieur à la DDE de Quimper, puis intègre l'école des mines de Nancy. Marié à Anne-Marie, une Bretonne professeur de mathématiques, il obtient la double nationalité en 1975. De 1983 à 2008, il grimpe les échelons politiques de la mairie au portefeuille de secrétaire d’État sous étiquette PS. Il est même membre en 2008 d'une commission chargée de réfléchir sur les questions constitutionnelles posées par la politique des quotas d'immigrés créée par Brice Hortefeux alors ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale, du codéveloppement et des petites phrases puantes. Brice Hortefeux, tout de même. On admettra que Kofi Yamgnane a du ressort ; sans doute parce que le sujet lui tient à cœur. Lui qui avoue avoir "aidé des centaines d'immigrés durant sa carrière politique à obtenir des papiers" aurait donc aujourd'hui des soucis pour une histoire de régularisation d'étrangère. Mais la Justice tranchera. Kofi Yamgnane, qui s'est soumis aux obligations de justice sans barguigner – bien des casserolés depuis quelques années, et non des moindres, n'en diront pas autant – se dit prêt à "rétablir la vérité"1.

    Malgré le climat actuel et les stupéfactions permanentes que nous offre d'abondance le monde politique en matière de magouilles et de grand n'importe quoi, comment ne pas faire confiance, au vue de son itinéraire, à celui qui se réclame de l'esprit de Mandela ? S'opposant à "l'ami personnel" de Jacques Chirac, flatteur de croupes de vaches et de Françafrique, le président Gnassingbé Eyadema, adepte de la torture, de l'emprisonnement, de l'assassinat d'opposants et des élections truquées2, Kofi Yamgnane se sera démené au Togo depuis 2002 pour mener campagne en étant interdit de meeting et de télévision, pour demander des réformes constitutionnelles et de la démocratie. Bref pour faire entendre la voix "de la rue"3 jusqu'à ces jours derniers contre le président actuel, Faure Gnassingbé. La mise en examen de la bête politique qu'il est a coupé momentanément court à ses aspirations. Jeune Afrique a beau susurrer entre les lignes qu'il se prend pour un prophète, au Togo4, lui qui a surtout donné à la France, ou estimer qu'il n'a pas su choisir ses amis, on peine à voir un homme tomber pour même pas le coût de deux allers-retours Paris - Lomé en avion.

    "Breton d'après la marée noire"

    "[En France] Lorsqu'on est noir, arabe ou asiatique, tout le monde attend davantage de vous. On ne vous pardonne rien. La moindre erreur suffit à nourrir les thèses extrémistes selon lesquelles un étranger ne peut pas assumer correctement ses responsabilités", expliquait-il en mars 20145. Il a hélas certainement raison. À l'inverse, sans lui donner une prime à la négritude, au "bon Noir qui a fait ses preuves", sans reverser encore dans nos confiance et candeur citoyennes si souvent mises à l'épreuve, on est du coup attristé de ce qui arrive, de ce qui lui arrive.

    En 1992, Kofi Yamgnane obtint le prix de l'humour politique pour s'être déclaré "Breton d'après la marée noire". Alors, puisqu'il a commencé à en rire de lui-même, sans doute par autodérision dans un pays qu'il déplore être raciste et qui parfois l'insulta6, on ose simplement espérer qu'il sera blanchi.

     

    1 Le Monde, 27 octobre 2014.

    2 Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (2004). "Togo : L'arbitraire comme norme et 37 ans de dictature"

    3 Son blog : Sursaut Togo

    4 Jeune Afrique, 3 mars 2014.

    5 Jeune Afrique, 14 novembre 2014.

    6 Le Point, 13 novembre 2013, à propos des insultes faites à Christiane Taubira.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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