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    La Disco Soupe expliquée à la louche

    Une Disco Soupe sous les Nefs de l'Île de Nantes. Une Disco Soupe sous les Nefs de l'Île de Nantes.

    En bon foodie (cuisinomane) ou en bonne foodista, vous étiez au restaurant en train de photographier votre Christmas Burger (nouvelle recette ! : schwartzbrod aux pignons de pin, bacon de pingouin, crème chocolat, chantilly, steak de renne, feuilles de houx bouillies, nain et scie en plastique, huître, cerise confite, une slice de fromage fumé de lait de phoque, servi avec des frites de betteraves finnoises) pour balancer l’image sur Instagram1 quand votre interlocuteur vous a expliqué que la bouffe outrancière, ça suffit, qu’il est temps de passer à la Disco Soupe. Disco Soupe ? Grâce à notre fiche trendy word, n’ayez pas l’air de tomber des nues et dans l’assiette.

     

    1- La Disco Soupe, qu’est-ce ?

    C’est une pratique "militante, joyeuse et positive" venue d’Allemagne qui s’est répandue comme une traînée de poudre depuis 2012 dans le monde, dont 85 villes de France. Cela consiste à récupérer des légumes moches, déclassés, invendus pour en faire une tambouille [le mot : soupe] qu’on partage gratuitement, festivement, en invitant des musiciens [le mot : disco], entre potes, voisins, voire inconnus de passage qui n’auraient pas pris, ces sauvages, RDV sur Facebook. Il existe des Disco smoothies (aux fruits sans doute – du moins on espère), des disco salades...

    La Disco Soupe a son site centralisateur et militant très complet où se trouvent les dates des prochaines Disco Soupes par région. Force est de constater que l’idée est séduisante : on mange, on rit, on s’amuse, et en même temps on milite contre l’anti-gaspi. C’est un peu comme militer contre le terrorisme en revenant en terrasse : ça permet de finalement rester à table, et d’y poser ses convictions ainsi plus visibles à gauche de la cuillère (le smartphone se pose à droite). Car le gaspillage, on en a soupé. Quoiqu’il en soit, il n’y a que la grande distribution, toujours grincheuse, qui y trouvera à redire. Pas de bol (de soupe) pour elle.

    2- L’esprit Disco Soupe

    La Disco Soupe a sa charte et ses valeurs, les Discommandements, affirmant s’inscrire dans le vaste mouvement de la bidouille et de la récup’, de la décroissance, de la défiance envers les systèmes marchands, politiques ou religieux (en veillant donc à ne pas être eux aussi récupérés comme des légumes), du DIY (Do it Yourself), du slowfood, voire, comme on peut le lire avec surprise, de l’esprit hacker (d’artichaut, sans doute). On peut même y lire un mot difficile à placer en slurpant : la stigmergie, à savoir, " un mécanisme de coordination indirecte entre les agents. Le principe est que la trace laissée dans l'environnement par l'action initiale stimule une action suivante, par le même agent ou un agent différent. De cette façon, les actions successives ont tendance à se renforcer et ainsi conduisant à l'émergence spontanée d'activité cohérente, apparemment systématique." Car la Disco Soupe serait stigmergique : c’est-à-dire en gros et si on a bien compris que les discosoupiens agissent comme les fourmis usant de phéromones pour se déplacer en groupe. On ne saisit pas bien cette vertu affichée (on aurait plutôt tendance à se dire que c’est lié au méthane, par exemple, dû à une disco soupe aux mogettes et aux oignons, mais ce n’est qu’une hypothèse hardie).

    3- Conseils si vous employez ce mot à table, la bouche pleine

    • Veillez à ce qu’on ne confonde pas avec la soupe disco, ce qui vous placerait immanquablement dans le club inquiétant des fans de Cerrone, de Boney M. ou de Mme Gloria Gaynor qui braillait pourtant qu’elle voulait déjà survive bien avant les annonces de fin écologique de la planète. Et puis on risque d’examiner avec inquiétude la taille de votre col et la largeur de vos pantalons pattes d’éléphant, ce qui est toujours fâcheux : on milite pour des légumes au bouillon, et au final, on se fait traiter de pelle à tarte – or c’est désagréable.

    • Soyez précis pour ne pas commettre d’impair : les discosoupiens occasionnels ne sont pas freegan (récupération exclusive dans les poubelles) au mode de vie permanent, ni locavores – soit adeptes de ce qui se produit en saison dans le coin (le discosoupien a droit au smoothie aux fraises d’Israël périmées en hiver ramassées derrière le supermarché du coin, pas le locavore). C’est pourquoi ils ne sont pas non plus forcément climatariens, branche parallèle et radicale des locavores qui s’attache avec plus d’acuité encore au bilan carbone (car la fraise de Plougastel, même récupérée à Pornic, c’est encore carrément trop pour un climatarien à cause de la voiture pour aller vers la benne du parking dans la zone commerciale, le robot-mixer qui vient de Chine, etc. Bonjour le bilan carbone additionné. En revanche on peut être climatarien et se taper un burger de la mort si on est allé à pied à la ferme en sandales de corde acheter une viande locale ayant brouté en plein air et en conformité avec ses opinions).

    • Expliquez que les foodtrucks, phénomène récent et envahissant car désormais moins réglementé, qui réjouit nos politiciens ébahis de voir autant d’esprit d’entreprise français (alors qu’auparavant ces jobs accessibles à tous pullulaient plutôt dans les pays pauvres) n’ont absolument pas à venir se taper l’incruste dans une Disco Soupe. Si on vous rétorque que pourtant on voit parfois certains camions-nourriture futés et autres guinguettes mobiles malines organiser de telles soupes, dites que c’est sans doute parce qu’ils ont un groupe électrogène tout de même pratique pour les amplis des musiciens.

    • Écartez toute insinuation de spoliation au monde caritatif des surplus alimentaires de la grande distribution, désormais partiellement ouverts par la loi : la Disco Soupe est une initiative de partage. Précisez bien que les premiers qui n’y verront que l’opportunité de danser le bâffré-décalé entre bobos pingres ou en quête de formule festive à alibi moral au détriment des banques alimentaires ou associations pratiquant la récupération et la redistribution… eh bien ceux-là seront lynchés au concombre mou.

    4 – Notre avis (sans le mauvais esprit, cette fois)

    À vrai dire, tant que le point précédent n’est pas certain, pourquoi en effet ne pas participer à une sympathique Disco Soupe ? Et comme plaisante si gaiement celle de Nantes (prochaine le 12 mars) sur sa page Facebook : "Le gaspi salsifis ! Are you radis ?"


    1 En ayant pris soin de taper pendant une demi-heure et le refroidissement de votre plat – en vous battant contre le dictionnaire automatique de votre smartphone – les mots clés suivants afin que les 400 millions d’instagramers contemplent votre assiette (liste non exhaustive) : #food #foods #foodstagram #foodies #foodpics #foodgasm #igfood #lefooding #instafood #foodspo #foodphotography #foodgram #fooddiary #foodblog #foodlover #instafoodporn #foodie #foodgram #foodporn #lovefood #enjoyfood #dailyfoodfeed #foodheaven #foodblogger #foodmania #eat #foodbuzz #eating #delicious #tasty #taste #ilovefood #ilovetocook #ilovetoeat #delish #greatfood #goodfood.

    2 Idées personnelles que je donne, moi aussi, comme le concept de Disco Soupe, "en open source" : les Discos ratas ou Disco Restes (ou "Disco rogatons" ou "Disco ragougnasses" selon le patois de votre région), voire les Disco "Fouzy", du concept culinaire consistant à ouvrir son frigo pour regarder ce qui y traîne et se dire : tiens fous-y ça, et ça, et ça, et puis fous-y aussi ce truc-là, je ne sais plus ce que c’est à cause des poils qui poussent dessus.

    3 Nous consacrerons un jour une chronique de 300 pages expliquant les différences entre freegan, locavore, végétarien, végétalien, vegan, et climatarien et pourquoi il vaut mieux ne pas se retrouver coincé assis en face à un banquet de mariage.

     

    En savoir plus : http://discosoupe.org

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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