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    La vérité sur le gang des Pitchounettes

    le mansOn ne chantera jamais assez le mérite, sinon le courage, qu’expose ici le rédacteur de ces lignes. Devoir éplucher, sourcils froncés, les faits divers et autres nouvelles absurdes de la région pour tenter de faire rire de presque tout à partir de pas grand-chose est une épreuve que l’on peut qualifier d’épique. Entre les drames de la misère ou de l’alcool, la délinquance précoce ou tardive, la folie et la barbarie, les escroqueries et polissonneries, les accidents stupides, les institutions et administrations kafkaïennes… la tentation serait grande de se faire verser ses cachets de plumitif, forcément, en gélules antidépressives.

    Heureusement, de temps à autre, une nouvelle tombe et on la sent jubilatoire. On se dit : "enfin, j’en tiens une !" Tout l’art de la chronique va alors consister à faire une apocalypse d’une anecdote si celle-ci recèle des germes de ricanements. Je vais vous donner un exemple.

    La dernière nouvelle permettant de raconter n’importe quoi est parue mardi 27 mars dans Ouest-France. Le titre claquait comme une sentence telle que presque tout fut dit en une phrase :

    Au Mans, elles fuguent de la maternelle et volent des chocolats de Pâques.

    On avouera que c’est formidable. Cette affaire de chocolat est à graver sur les tablettes. Hélas, cette fois, le journaliste anonyme nous en révèle trop peu, tout en tirant à la ligne sans vergogne :

    Deux fillettes âgées de 5 ans ont échappé à la vigilance des enseignants de leur école maternelle, ce mardi, au Mans. Elles ont fugué avant de dérober des chocolats de Pâques dans un magasin.

    À ce stade, on piaffe, on s’attend à du grand spectacle en chocorama… Hélas non :

    Ce mardi, vers 16 h 15, peu avant la sortie des classes, les deux enfants ont échappé à la vigilance des enseignants de leur école maternelle. Sans doute guidées par la gourmandise, les deux petites filles ont fugué de l’école, puis se sont rendues au magasin voisin.

    Chacun constate qu’on a déjà répété les informations deux fois. En outre, il y a une assertion assez douteuse, probablement non vérifiée : quelle preuve avons-nous que le mobile serait la gourmandise ? La conclusion, au prétexte qu’elles n’ont que 5 ans, est peut-être hâtive. Voire : cela confine au délit de frimousse. Déjà, on est en train de nous manipuler. Mais continuons :

    Remises aux policiers par un vigile, claque l’intertitre qui nous "relance", puis  l’article s’allonge :

    Elles y ont dérobé pour une quinzaine d’euros de chocolats de Pâques, avant de tomber sur le vigile du magasin, qui les a confiées aux policiers. L’une a été remise à sa maman, la seconde à la directrice de l’école.

    Tombées sur le vigile ? Avaient-elles dû grimper aux étagères ? On se perd en conjectures. Mais on n’en saura pas plus…

    On avouera qu’il y a une certaine frustration du lecteur un moment alléché. Il y a un bon début d’infotainment racoleur (la gourmandise non avérée), de l’action (évasion préméditée ; cascades sur le vigile), mais ça reste embryonnaire. Quitte à faire de l’actu avec ce scandale absolu, autant mettre le paquet, non ? On conviendra que tout cela manque d’envolées lyriques, d’effets de robe et de plume, d’enquête, de spectaculaire et de témoignages effarants. Voire : il eut été de bon goût de relier le tout via de l’implicite et du sous-entendu, de l’allusif et de la connivence, au climat médiatique ou politique national. Bref, l’article est banal, car trop lacunaire de ce qui aurait pu être un grand moment de société — sachant malgré tout que tout aurait pu tenir, notons bien, en une seule phrase du type : "Au Mans deux fillettes de cinq ans fuguent de la maternelle avant de se faire surprendre par un vigile en volant 15 € de chocolats de Pâques dans un magasin voisin, puis d’être rendues par la police à leur mère et directrice".

    Devant ce manque flagrant de professionnalisme, et afin d’exposer le dur labeur du chroniqueur comique-troupier, voici ma proposition de réécriture :

    "Un commerce de luxe du Mans vient d’être le théâtre d’une opération particulièrement retorse montée par Léa et Emma, âgées de cinq ans seulement. La ville, en proie à une montée des problèmes sociaux, sous le choc, met le holà.

    Celles que la ville secouée appelle déjà avec effroi "Le gang des pitchounettes", deux très jeunes filles au moins imbibées de séries TV et inspirées par Prison Break,  auraient fomenté avec un rare sang froid leur évasion de la maternelle centrale, déjouant systèmes de sécurité et sagacité de leurs enseignants surveillants pourtant aguerris.

    Objectif des criminelles : se livrer au braquage en règle d’un commerce de confiseries de valeur ;  symboles, pourtant, de cette période de fraternité pascale. Un pillage éclair qui aurait pu mal tourner sans le sang froid du valeureux vigile, 25 ans, 180 kg.

    Interceptées au plus fort de leurs actes, les deux voleuses rivalisant de rebonds, s’enfuyant avec un coquet butin d’une valeur de 15 €, ont été rapidement cernées. Elles se sont rendues non sans quelques signes de nervosité trahis par des frémissements des couettes, et des reniflements lourds de sens. Leurs grands yeux hypocrites n’ont toutefois pas eu raison de la détermination policière qui ne s’en laisse plus conter. Force est revenue à la loi et les mineures multirécidivistes —puisqu’elles seraient connues pour leur addiction aux bonbons, caramels et chocolats — ont été livrées, l’une à sa mère, l’autre au plus haut niveau de l’autorité scolaire dont elles dépendent. La mère s’avouerait effondrée par ces actes qui dépassent, d’après ses dires, ses propres conceptions de l’existence. La directrice de la maternelle aurait quant à elle été heurtée dans les valeurs républicaines qu’elle essaie de porter contre les vents et marées d’une époque livrée à la déréliction d’une jeunesse sans repère.

    Les jeunes filles seront fichées ADN, et le chocolat, de nouveau, code barré. L’opposition municipale préparerait un communiqué dénonçant cette inquiétante et brusque montée de 200 % du taux de la délinquance précoce en ville. L’équipe d’élus en place garde quant à elle un silence assourdissant."

    Voilà : ça, tout de même, c’est de l’article de fait divers ! Sachez que la recette est la même pour l’écriture d’une chronique humoristique : il suffit simplement d’appuyer un peu. D’ailleurs, vous constaterez que la mienne est, de fait, terminée.

    Alors merci pour ce coup-là, les Pitchounettes. Et plein de bisous.

     

    Légende : Le Mans, plaque tournante, mais de chocolat.

    Tiltshift d’après image Ville du Mans.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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