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    Le Fablab expliqué à la découpe

    LabFab de Rennes LabFab de Rennes - © Pierre - www.flickr.com/photos/equinoxefr

    Vous expliquez à vos amis lors d’un dîner riche en élargissements de votre horizon culturel que vous avez perdu le bitoniau de votre pistolet à gaufres. Il s’est détaché du pervotiforicateur à air pulsé et est parti dans l’évier, et l’appareil tout neuf offert à Noël ne peut plus fonctionner, car la pièce est introuvable. Un vrai gâchis, même pas revendable à un gogo sur Leboncoin. Alors on vous rétorque d’un air de révolution industrielle : "Mais enfin ! Pourquoi tu n’en fais pas imprimer un dans un Fablab ? T’es ballot ou quoâ ?". Grâce à notre fiche Trendy words, ayez l’air d’avoir imprimé (en 3D) ce qu’est un Fablab.

    1- Le FabLab, qu’est-ce ?

    Attention, cette chronique s’attaque à un gros morceau. Elle va essayer d’en découper les contours sans se faire laseriser par la communauté pointilleuse des makers, sinon celle des ennemis du franglais : les makers sont des gens qui make (font des choses) dans des Fablabs (Fabrication laboratory), soient des laboratoires de fabrication ou de prototypage.

    L’idée du Fablab a été lancée à la fin des années quatre-vingt-dix par le Massachussets Institute of Technology (le fameux M.I.T. à l’origine de nombre de progrès technologiques). C’est donc un makerspace (espace atelier ouvert au public qui veut faire des trucs) qui suit ou non une charte mondiale1, qui utilise et met gratuitement à disposition de chacun des techniques, savoirs, programmes, plans, etc. open source (en libre accès) et des machines numériques (imprimantes 3D, découpeuses laser…), mais aussi des dispositifs électroniques Arduino (des circuits imprimés permettant de programmer des robots étonnants, comme par exemple un ramasse-croûtes de Comté) ou encore des outils épatants telle la fraiseuse à effet bivalve rotomonteur à écho autopétant, voire les rarissimes jigglouetteuses seconde génération à air craché/ravalé/mâché/pulsé2,3.

    Le Fablab est à la croisée des chemins du garage partagé (mais qui bricole les voitures aujourd’hui en bas de chez soi, hormis les pauvres incultes numériques des cités ?), de l’atelier de bidouilleurs obsessionnels, de la vitrine politique pour villes qui veulent être labellisées French Tech, du lieu d’expérience ou de frime pour écoles et institutions – avec souvent un côté centre aéré, car il faut remplir les lieux avec les gosses à qui on ne ferait plus réaliser aujourd’hui d’émaux cosmiques ou de poterie ésotérique façon Mako Moulage.

    Dans un Fablab, en théorie, vous pouvez fabriquer vous-même selon la philosophie du Do It Yourself (DIY, soit, en Français, ZTLFLTM : zyva-te-le-fais-le-toi-même4) en bricodant (bricolant et codant), accompagné des conseils de l’animateur fab-manager (un étudiant en licence technique sous payé), n’importe quel objet, et ce, en un exemplaire unique si vous le désirez. Ce faisant, vous explique-t-on volontiers, vous contournez le système marchand, consumériste, productiviste et fourbe de la société capitaliste industrielle. Une déferlante d’imprimante 3D serait même annoncée. Ainsi, tout est à la portée de votre imagination, de vos désirs, de vos besoins : un masque de Batman en vinyle ou un bourznitkh à effet de vide pour votre armoire à cuillères, une maison en carton pour SDF, une prothèse (par exemple une main artificielle) ou une réplique de la broche de Mamie que vous convoitiez (mais la belledoche ne vous en avait laissé qu’une photo, heureusement scannable pour la reconstituer).

    2- Le FabLab, où ça ?

    Il existerait près de 700 Fablabs dans le monde, dont une soixantaine en France et un paquet dans l’Ouest4 – du moins tant que les budgets de subventions sont reconduits, sans doute sous la menace des pistolets DIY imprimés en 3D.

    Les Fablabs ont leur convention mondiale, leurs FabFest et autres camps lab (des gens assis dans l’herbe qui parlent durant trois jours, soit de problèmes de connexions entre le moule FRITT et le rémouleur SELRI, sinon du concept de révolution DIY imprimable en 3D sous l’anthropocène), leurs gourous et idoles, leurs textes incantatoires (qui parviennent à mêler sans trébucher dans le tapis numérique décroissance, recyclage, écologie et hyper technologie jusqu’à, parfois, atteindre le grotesque en prônant de façon très compliquée et outrageusement bilan-carbonées des solutions inutiles…)

    La communauté des makerspaces, étendue au hackerspaces (ateliers de détourneurs d’objets techniques de leurs usages initiaux), à la pratique de l’upcycling (recyclage, amélioration, détournement) ou au biohacking (bidouilleurs génétiques qui se servent peu de la fraiseuse et davantage des bactéries – et se retrouvent acoquinés avec des gens contre les OGM, mais ne chipotons pas5), sinon à tous les artistes techno-allumés ou autres transhumanistes est volontiers lyrique : régulièrement, des manifestes orgasmiques ou des textes définitifs paraissent pour nous expliquer que nous vivons une nouvelle ère industrielle (chacun va pouvoir imprimer son tracteur Caterpillar à la maison permettant d’araser le jardin et d’y planter des patates bio), que naît une réappropriation de la création et de l’innovation par l’individu, que le système productiviste et les circuits de distribution vont s’écrouler, que la pauvreté va disparaître, que les miséreux d’Afrique ou du Brésil vont s’émanciper et qu’enfin, climax et millénium, nous aurons une peau de pêche et le rose aux joues. (En général, le fondu du Fablab est à reléguer dans une pièce avec le militant du logiciel libre, celui qui est contre les droits d’auteur en général, le climatarien vegan et le composteur à lombric. Fermez ensuite la porte, car on ne s’entend plus).

    3- Le Fablab : au moins trois vertus, dont une intéressante

    La première vertu du Fablab, hormis de pouvoir imprimer en 3D des figurines de Star Wars, est de créer des emplois de moniteurs, en général certes plutôt sympas et motivés, et donc on l’a dit, très bavards, car aussi convaincus que prosélytes. Leur babil pédagogique dense mêlé au chuintement de la découpeuse laser ou à celui de l’imprimante 3D est une expérience auditive unique, qui se situe entre le bourdonnement de l’open space et l’atelier turc bourré de machines à coudre. Un fablab permet donc d’appréhender auditivement la transition que nous vivons entre les ères industrielles nouvelle et ancienne.

    La seconde vertu des Fablabs est de donner une image "à-la-pointe-du-numérique" à bien des institutions, entreprises, écoles, villes French Tech ou territoires optico-fibrés. Les élus ou responsables qui n’y comprennent sans doute et dans le fond strictement rien leur font aveuglément confiance, des ministres de passage s’engagent… avant de couper parfois les vivres aux Fabgouffres insuffisamment fréquentés par le public, sinon de les laisser sommeiller en toute discrétion.

    Notons en effet que c’est une activité qui ne tourne que fortement subventionnée. Du coup, de plus en plus de Fablabs – pour justifier de leur existence et de leur faible activité au fil de la décroissance des subsides gouvernementales, sinon pour amortir leur dernière gouffiapilleuse à rivets HDMI, se mettent à travailler pour des industriels en réalisant du prototypage, au risque de perdre leur âme et d’escagasser leurs théoriciens du Grand Soir découpé au laser. Peu étonnant, pourtant : l’idée est tout de même née au M.I.T. qui ne fume la moquette que s’il n’est pas parvenu à la vendre auparavant à un industriel.

    Leur troisième vertu, et c’est sans doute la plus intéressante, réside dans le fait que les Fablabs créent du lien social, et du gratuit. Qui sans eux aurait en effet l’occasion de parler ergonomie d’une poignée de porte avec sa vieille dame de voisine, laquelle veut s’en faire imprimer une ? À une époque où on ne se parle plus que sur les réseaux sociaux, et alors qu’il existe une application smartphone pour uberiser sa tondeuse une heure à son voisin afin de lui soutirer deux euroballes avec l’alibi angélique de l’économie partagée, la mise à disposition gratuite d’un matériel sophistiqué et d’un animateur en contrat emploi aidé – même si loquace et dénutri – pour se bricoler soi-même ses machins et ses choses, est une rareté qu’il convient de saluer.

    4- Notre avis

    Espérons une démocratisation, sinon des Fablabs, du moins des imprimantes 3D : en effet, chacun pourrait se lancer dans la fabrication d’objets pour lutter contre la surproduction. Car si une perceuse n’est utilisée que 12 minutes par an, l’impression au préalable d’une perceuse par une imprimante 3D peut quant à elle prendre plusieurs jours. Ce délai donne le temps de réfléchir pour savoir si on a vraiment besoin de faire un trou ; ce qui n’est a priori pas si évident. Un bon moyen donc de lutter en un premier temps contre notre addiction aux perceuses. Pour le faible emploi annuel des imprimantes 3D de maison, on verra ce point plus tard.


    1 Charte des Fablabs

    2 Liste du (vrai) matériel courant disponible

    3 Précision : il n’y a rien de sexuel dans cette notion.

    4 Le magazine Makery, auquel l’auteur de ces lignes doit avouer par déontologie qu’il participe quelquefois mollement, entretient une carte des Fablabs.

    5 Les biohackers sont une version moderne des utilisateurs du kit Chimie 2000, mais ils se tripotent désormais l’ADN sans craindre la bioerreur.

     

    > Voir aussi notre article Fab labs : l'ouest à la pointe de la fabrication numérique

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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