Le loto-bouse, nouveau jeu à la coule ?

"Topette" va bientôt faire un heureux au loto-bouse de Les Fourgs (Jura) "Topette" va bientôt faire un heureux au loto-bouse de Les Fourgs (Jura) - © Le Marc

Inventé dans le Jura par un génie méconnu, le loto-bouse (une vache dans un pré quadrillé fait gagner celui qui a acheté le ticket de la case où elle a bousé) avait déjà fait quelques apparitions à succès en Bretagne en 2011 (à Languidic et Guiclan). Cette pratique festive vient d’arriver en Loire-Atlantique, à Pouillé-les-Côteaux. Mais, sous des aspects bon enfant, conviviaux et rémunérateurs pour les gagnants, le loto-bouse pourrait bien compliquer le vivre-ensemble au sein du département. Explications en forme d’alerte aux institutions qui ne devraient peut-être pas laisser pisser…

On assiste à des signes inquiétants qui devraient alerter sur l’accélération de la fracture entre urbanité et ruralité, d’autant plus dans notre région en plein développement à l’horizon 2030 (ou 3020, on ne sait plus). Le dernier, et non le moindre, est ce qui est arrivé à cette pauvre Charmante, une vache nantaise que l’on a empaillée pour l’exposer au muséum. Ceci confirme que la compréhension mutuelle a encore du chemin à faire : l’éleveur voudrait garder ses vaches nantaises en vie et abondantes sur ses terres ; on lui dit "OK, nous on adore la nature", mais au prétexte de reconnaître l’importance du bestiau, on lui empaille sous des spots pour en faire, formule que l’on estimera pour le moins paradoxale, un "patrimoine vivant". Un conseil aux paysans du coin : si un urbain vient vers vous les yeux mouillés d’amour et les mains pleines de votre paille qu’il vient de ramasser en vous déclarant qu’il est prêt à tout pour vous conserver, empêchez-le d’approcher et ne vous retournez surtout pas. On le voit, le rural cultive une forte tendresse pour la vache, mais le citadin la rêve en vitrine. Dilemme.

 

Et le loto-bouse dans tout ça ? Il faut donc y voir dans ce contexte une subtile mais néanmoins contre-offensive d’ampleur des campagnes sur la ville. Partie de l’est du pays, cette pratique vient tout de même de gagner l’ouest. Il y aura bientôt du loto-bouse partout, et les tickets vont pleuvoir comme vache qui déferle. Même si des blogueurs au mauvais esprit estiment qu’en matière de bouses essaimées en ville, et d’artistes qui ont gagné le gros lot, le chef-lieu de Loire-Atlantique est déjà doté avec le Voyage à Nantes, ce dernier ne semble pas réaliser ce qui se trame. Il faut trouver, non pas une riposte, mais un positionnement mettant les urbains en phase avec les laitiers départementaux qui sont leurs amis pour la vie :

  • Soit les éleveurs viennent sur les boulevards de nos villes organiser des lotos-bouses et des lancers de galettes fécales d’origine contrôlée (c’est ce qui se fait pour départager en cas de bouse tombée à la croisée des cases) afin de doper le tourisme japonais toujours friand d’attractions étranges (car défiler avec des tracteurs pour manifester n’est -désolé- ni culturel, ni révélateur de nos arts et traditions locales et surtout, on ne peut pas vendre de tickets).

  • Soit, en métropole, nous organisons nos propres lotos à partir de ce dont on dispose en ville et qui disperse, selon le principe du loto-bouse, des choses derrière soi. Or la région, voire le département, sont en pointe sur cette curieuse pratique qu’est le binge drinking, la biture express. Pourquoi ne pas valoriser ce sport qui mobilise une belle énergie chez nos jeunes ? Le dallage de nos places publiques peut faire office de cases de loto ; il suffirait de parier sur laquelle le buveur va déverser des matières, ou s’écrouler entre 19 h et 2 h du matin. Pour Rennes et Nantes, villes abondamment pourvues tant en places piétonnes qu’en chutes d’étudiants sur le dallage, cette initiative serait bien plus novatrice qu’à Bordeaux, ville où les repêchés ne le sont pas qu’aux examens où 100 % des gagnants tentent leur chance, qui se retrouve tentée par une désagréable prohibition de l’alcool.

  • Enfin, une ultime proposition : généraliser la présence de vaches hors quotas laitiers en ville. Depuis quelque temps, la presse s’empare de la mode des poules citadines et récemment, Ouest France voulait, dans un de ses articles, qu’on élève un âne dans son jardin, sachant que ça vit jusqu’à 40 ans, tout de même, et donc qu’on ne s’en débarrassera en cas de regret que plus de 10 ans après un enfant qui retriple son double doctorat. Alors pourquoi pas des vaches ? L’idée est à ruminer pour la ville en quête de sens. Le loto-bouse serait à la portée de tous et un signe fort envoyé aux ruraux. Et ce serait enfin l’heure de la vache engagée.

 

Légende de la photo de Une : "Topette" va bientôt faire un heureux au loto-bouse de Les Fourgs (Jura). Le prix en liquide tombe pile-poil : il était en ce moment dans le caca. (D’après une image ©Le Marc issue de http://papimarc.typepad.fr)

Francis Mizio - Journaliste
Francis Mizio - Journaliste

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Commentaires  

 
+1 #1 CruelSummer 09-06-2012 09:14
Je vote aussi pour qu'on bouffe de la vache engagée !
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