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    Le lourd secret du village de Plaine-Haute

    Les pratiques d’arrosage à Plaine Haute sont désormais mieux comprises Les pratiques d’arrosage à Plaine Haute sont désormais mieux comprises - © d’après DR

    Il est toujours bon, entre deux averses de ce bel été phréatique, au moment d’allumer son barbecue empli de charbon de bois trempé, de jeter une dernière fois un œil à l’exemplaire humide de Ouest-France qui va servir à allumer le feu et enfumer les voisins. Une information vertigineuse m’avait échappé le 6 mai 2012 dernier, et je me demande même pourquoi elle n’a pas déflagré sur toute la France, la Navarre, par deçà les Pyrénées, vers l’infini et au-delà, tant elle est étonnante : c’est celle du "Lourd secret du village de Plaine-Haute" (titre que je propose pour l’adaptation hollywoodienne de cette effarante affaire).

    Tenez-vous bien1 : pendant une période estimée à "entre 10 à 15 ans" ce village des Côtes d’Armor de 1 300 et quelques habitants a recelé une centaine d’habitations (sur 284) qui n’a jamais payé sa consommation d’eau. Une densité de 87 habitants au kilomètre carré, mais quasiment 30 % de petits malins. "La Lyonnaise des eaux ne leur a tout simplement pas envoyé de facture." Heureusement, il n’y aura pas de débordement pour écoper les dégâts : "La rétroactivité ne prendra effet qu’à compter du 1er janvier 2011, rassure la municipalité", nous tuyaute l’entrefilet de notre confrère Nadia Le Saux (ce qui ne s’invente pas), précisant donc que personne ne sera noyé sous un déluge d’échéances à rattraper.

    On avouera que quinze ans d’économie de flotte, ça fait gagner en liquide, au prix où est maintenant l’eau. Comment est-il possible que la municipalité n’ait rien vu face aux enfants qui s’affichaient dès la crèche avec des Rolex au poignet ; aux familles qui roulaient grand train d’automobiles lavées chaque jour dans le village émaillé de piscines immenses toujours pleines à ras bord ; aux habitants qui déclenchaient une noria d’hélicoptères privés le samedi matin pour aller faire des courses au Leclerc du coin avant de s’envoler chaque week-end pour Bali ?

    Plusieurs hypothèses :

    • Soit le maire et le conseil municipal ne payaient pas non plus. Tout le monde était mouillé ou trempait dans l’affaire. La magouille arrosait les grosses légumes. Qui a fuité et fait tomber cette combine à l’eau ? Mystère.

    • Soit les habitants concernés ignoraient que l’eau se paie. Certes, c’est peu probable, mais après tout il y en a encore à ne pas savoir que Georges Pompidou est malade. J’imagine sans peine leur compassion devant leurs voisins, facturés, eux, tristes et mornes, car affligés d’un moindre pouvoir d’achat et exempts de possibilités de batailles de t-shirts mouillés.

    • Soit chacun croyait qu’il était seul à avoir de la chance : une torture. Comment rester muet ? Comment ne pas se vanter auprès des autres ? Vivaient-ils dans la crainte, économisant excessivement l’eau par peur de se faire attraper ? Ce serait étonnant : une centaine de foyers qui rabiote sur les douches et les chasses d’eau, cela aurait dû se sentir dans la région.

    • Soit il y a eu par des nuits de pleine lune des réunions secrètes entre tous les veinards, avec des pactes, des serments et des menaces de faire disparaître les corps si l’un d’eux vendait la mèche. Sous leurs cagoules, ils parlaient fort2 lors des réunions annuelles, définissant des stratégies, votant à poings levés la reconduction du "lourd secret de Plaine-Haute". Puis la cérémonie, inquiétante et fantastique, se scellait sur un rituel initiatique validant le vote : le groupe des hydropathes s’envoyait un verre, gratuit et cul sec ; l’absorption comme un symbolique exorcisme du terrible début du délai du débit du délit de l’eau.

     

    On ne saura sans doute jamais la vérité. La communauté va essayer de retrouver avec le temps l’anonymat qu’elle n’aurait sans doute jamais voulu quitter. Mais le pourra-t-elle ? "À la frontière entre le ciel et la terre, surplombant les vallées du Gouët et de la Maudouve, balayée par les vents, se dresse Plaine-Haute, petite commune des Côtes d'Armor". C’est ainsi que le bourg se présente sur son site web de façon lyrique et ébouriffée. On se dit, à ce ton, que tout était écrit dans le grand livre des cités pécheresses qui périssent, sous le poids de leurs torts et de leurs vices, englouties par les eaux et leurs services.

     

    L’Atlantide, les sept capitales de Mu, les villes de Lémurie seront désormais les compagnes d‘infortune de Plaine-Haute.

    Tremblez ! Vous qui défiâtes La Lyonnaise ! Souvenez-vous du funeste destin, en Côtes d’Armor aussi, de la ville d’Aise, à côté de Port-Blanc, qui fut, dit-on, engloutie en même temps que la cité d’Ys.

    Le robinet de l’histoire a tourné. Plaine-Haute chutera, et, toute honte bue, il vous faudra l’avaler !

     

    1 Pensée en passant : en spectacle, Pierre Desproges rajoutait après l’expression "tenez-vous bien" un ordre, "tenez-vous mieux !". 20 ans plus tard, on dirait "tenez bon". Enfin, je me comprends.

    2 Le problème paradoxal dans les assemblées clandestines à cagoules est qu’on est contraint de brailler, car sinon, on n’entend rien - à cause des cagoules, justement.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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    Commentaires  

     
    0 #1 CruelSummer 21-07-2012 06:59
    Excellent, mon cher Francis : vous nous réconcilieriez presque avec Aqua simplex en cet été mouillé. Et puis, que Plaine-Haute chute...
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