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    Les Anglais s’attirent les premiers

    Dinard Nous avions 88 millions d’Anglais dans nos lits, mais voici que désormais, 9 millions découchent, faisant de nous les grands cocus du tourisme européen. C’est ce que nous explique Ouest France le 19 mars dernier, à propos de l’étonnante campagne de publicité orchestrée par les Régions Pays de Loire, Bretagne et Normandie et trois compagnies de ferry, à destination des "empty nesters", (c’est du jargon de pubeux marketing)- c’est-à-dire, semble-t-il, les touristes britanniques "familles ou seniors aisés".1

     

     

     

     

     

     

    publicité Loire Valley publicité Normandie Publicité Brittany atlantic coast

    Cette campagne à 1,2 million d’euros, lancée par l’agence de développement touristique pour la France, Atout France, pose moult questions à vrai dire toutes plus affolantes les unes que les autres.

    - C’est quoi, d’abord, des empty nesters ? En cherchant la traduction avec des logiciels2, on ne sait plus que penser : des parents esseulés ? (Ils ne vont nous réserver donc que des single ? Cela ne sera jamais suffisant !). Des parents vides (faut-il passer notre hôtellerie à de nouvelles normes d’accueil pour héberger soit les grands comateux, soit les zombies ?) ou des parents dégarnis ? (Mais bon sang, pourquoi une campagne à seule direction des chauves ?). Enfin, nesters, ça se traduit aussi par nicheurs. Faudra-t-il changer la literie pour des paniers en osier ? Ça va être la panique dans l’hôtellerie.

    - Où sont passés les 9 millions de touristes britanniques ? En Dordogneshire sans doute, car là-bas, on marchait dessus encore récemment tant il y en avait (heureusement qu’ils sont vides). Ne voudraient-ils plus venir dans l’Ouest où le climat est quasiment semblable au leur ? C’est probable. Mieux : à tous les coups, ces canailles filent en low cost à Ibiza suer techno et plouffer bain de minuit. Guère étonnant, mais difficile de lutter contre ça : chez le senior, on commence avec le viagra, et dans l’enthousiasme de voir un membre refonctionner, on finit par se lâcher sur d’autres substances permettant de gesticuler des quatre autres. Or, la base de Saint-Nazaire, Recouvrance à Brest ou la ville de Cherbourg, ce n’est il est vrai ni sex friendly, ni happy house, ni très ecstasy.

    livre poche- Pourquoi un tel graphisme ? En regardant les affiches, je me suis souvenu d’un texte qu’on nous forçait à lire il y a bientôt 40 ans, en classe de français, au prétexte que cela aurait été drôle : Les Carnets du Major Thompson, de Pierre Daninos, immense succès d’alors qui fleurait pourtant déjà le suranné et le thé réchauffé, l’imperméable Burberry’s et les mocassins à glands, au point que c’était aussi perceptible qu’assommant pour des collégiens.

    On se demande vraiment ce qui leur a pris de présenter la France sous cet aspect années cinquante aujourd’hui si désuet qu’ils ne peuvent invoquer le second degré : les camemberts, le verre de jaja…,  Une affiche nous montre aussi l’incontournable garçon de café à tablier blanc... et pourtant, si on en détient encore dans quelques zoos, l’espèce a fortement décliné.

    Cette campagne de publicité est une bouillie de Jacques Tati, d’Amélie Poulain -cette pauvresse qui fait pitié tant elle est simplette-, des Triplettes de Belleville arrosée de Ratatouille.  Pour le Britannique ciblé, la France est restée bloquée aux années cinquante. Cela doit être une sorte d’île bananière, bloquée comme Cuba  par un embargo à cause du péril bolchévique, -qui d’ailleurs est récemment revenu place de la Bastille, c’est certainement un signe.

    Amélie Poulain crée chez les touristes japonais le syndrome de Paris, car nombre d’entre eux ont un choc psychologique en découvrant l’état actuel de la capitale, bien éloigné de celui présenté au cinéma. Que vont nous déclencher ces affiches chez les touristes britanniques qui ont –si l’on se base sur cette iconographie- aujourd’hui entre 80 et 100 ans, et ont connu il y a des siècles Never mind my bollocks au point même d’être déjà très éloigné de  never mind my botox ? Il ne suffira pas d’équiper ici chaque coin de rue de défibrillateurs ou de distributeurs de sacs plastiques3, il faudra aussi disperser aux quatre coins de la région des médiateurs d’évanouissements. Si cela constitue des jobs d’été pour étudiants, on risque tout de même d’en payer les frais l’an prochain puisque cela finira par se savoir, que la minijupe est arrivée, que Pompidou est malade et que le bikini est seulement un dernier raout nucléaire de Jacques Chirac.

    - Enfin, pourquoi de tels slogans ? "C’est beau ici" ; "magnifiques markets" ; "allez en vacances" ; "magical Mont Saint-Michel" ; "mémorable D-Day beaches", "Loire by bike", etc. Sont-ils vraiment rassurants quant aux progrès du développement de l’encéphale (hexagonal, certes) moyen, sinon de tous en langue anglaise ? Il s’agissait peut-être, objectera-t-on, de faire un clin d’œil au goût qu’avaient jadis les Anglais pour la langue française, mais là encore, le touriste britannique visé doit s’en taper :  notre langue est désormais trop compliquée pour son âge ; elle le fait baver.

    Bref, si nous ne voulons pas être l’objet de plaintes, nous devons ressortir les quatre-chevaux de nos bottes de foin ; porter, mesdames, des tailleurs cintrés taille très serrée ; vous, messieurs, en béret et marcel, mâchouiller vos cigarettes maïs, et enfin effacer toute trace de nos progrès depuis 50 ans, sinon on va se faire accuser de publicité mensongère. Cela étant, l’agence elle-même a commencé à se méfier, puisque (au 19 mars alors que la campagne aurait dû débuter) le site web www.visitwesternfrance.com n’existe toujours pas. Ils veulent sans doute rassurer nos amis d’outre-Manche : les Français n’en sont même pas encore au minitel.

    Puisqu’il s’agit d’une cause nationale, gageons toutefois que malgré toutes les questions soulevées, chacun fera de son mieux pour coller à cette image des années cinquante, et contribuer à retrouver les touristes de la Queen. Quoique… la campagne de publicité précise aux Anglais qu’ils seront accueillis en amis. Il va donc nous falloir être aimables et sourire. Or, à l’impossible nul n’est tenu.

    C’est la France, tout de même.

     

    1 Dans la version papier de l’article, le terme d’empty nesters a été coupé, pourtant il y avait de la place, à la fin. Pourquoi, alors qu’on paie la version papier, doit-on avoir moins de mots ? Pour rogner sur l’encre ? Ces économies de bouts de chandelle n’honorent pas la profession et nous n’hésitons pas à le dire, car toute dérive est possible : aujourd’hui deux mots, demain une phrase… S’ils pensent qu’on achètera les journaux vides à compléter nous-mêmes, ils peuvent toujours se brosser.

    2 En France, on speake mal l’anglais. C’est une de nos lacunes, et à cause que vous fesiez rien en cours, ben voilà, malgré qu’on fait des pubs, les Anglais, y partent.

    3 Cherchez un peu pour quel usage. On ne peut pas tout raconter, mais sachez d’ores et déjà que "l’âge est un naufrage".

     

    Photo de Une : Dinard , il y a quelques minutes (si on en croit la campagne de publicité d’Atout France). On constate que si le parcmètre a été inventé en 1935, les Français n’en ont toujours pas entendu parler.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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    Commentaires  

     
    0 #1 Anglish professaur 27-03-2012 08:55
    Les "empty nesters" sont des parents dont le nid est vide : les enfants, devenus grands, se sont envolés vers d'autres horizons, laissant leurs parents dans un sentiment de nostalgie et de refus du temps qui passe... d'où cette campagne de publicité qui les invite à voyager dans les années cinquante ;-)
    Merci pour la découverte en tout cas, so kitsch !
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