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    Préfailles, le village cage d'escalier

    Phare de la pointe de Saint Gildas À Préfailles, village de bord de mer, le maire veut économiser l’électricité nécessaire à l’éclairage du quartier de la pointe Saint-Gildas (lire ici). Pour ce faire, il s’est inspiré d’une expérience allemande –le vert allemand inspire aujourd’hui davantage que son kaki de jadis-, comme nombre d’autres communes sensibilisées au développement durable. Or donc, pour une année expérimentale, les habitants commandent l’éclairage de rue qui passe d’un état de veille à celui de plein éclairage depuis leur téléphone mobile, en composant un numéro gratuit (en Allemagne, la communication est payante ; ils ont un sens de l’humour différent).

    Tout semble avoir été très bien pensé : on sent que les décideurs ont dû se réunir maintes fois pour mettre l’affaire au point, et puisque aucun n’a éclaté de rire durant les débats, le projet a pu être mené à son terme. Le lieu s’y prête : les retraités qui composent une bonne partie de la population de Préfailles ne sont pas de ces garnements qui s’amusent à jouer avec la lumière dans les cages d’escalier ; et puis ils courent moins vite. Ensuite, c’est bien plus astucieux, voire peut-être moins coûteux, de décentraliser chez chacun l’interrupteur plutôt que d’en installer un sur chaque lampadaire. Allumer la rue à distance est plus sécurisant que de devoir traverser le quartier dans le noir pour pouvoir trouver le bouton afin d’y voir clair. D’autant que si ça se trouve, il aurait fallu se rendre à un interrupteur situé à l’opposé de la direction que l’on aurait souhaitée, et le temps de remonter la rue, voici qu’elle se serait éteinte. Cela aurait engendré une recrudescence des cols de fémur pétés, voire on aurait fini par retrouver les habitants épuisés, affamés et déshydratés après des allers-retours incessants. On n’en serait pas sorti, des dépenses publiques.

     

    On parle de 65 à 90 % d’électricité économisée sur le budget, et conséquemment, d’un bilan carbone à faire baver les communes alentour. Lorsqu’on lit ça, on se dit que c’est beau. On se demande toutefois ce qu’ils vont faire de cet argent dégagé. Suggérons qu’ils améliorent le menu des cantines scolaires, car avec tous ces féculents et ces enfants dégazeurs de méthane, on ne sait plus où donner de la tête pour lutter contre le réchauffement. Cela pourrait faire d’une pierre deux coups. On suppute aussi des retombées économiques sur le commerce du téléphone à grosses touches en direction de la clientèle de retraités qui ne font qu’à être toujours encore plus bigleux dans la pénombre.

     

    Bref, que des avantages, tant économiques qu’écologiques... À première vue, on serait tenté d’applaudir des deux mains –mais sans tenir le téléphone, sinon on risque de faire clignoter la ville.

     

    Mais voilà : dans cette chronique, on a vocation à ricaner, sinon à agacer un peu. Aussi suppute-t-on… et si tout ce vert n’était pas si rose ?

    En effet, ce qui est à craindre, c’est qu’avec le succès de cette opération, il y ait emballement et que l’idée soit appliquée à d’autres services publics. Il peut y avoir tentation : a-t-on par exemple songé aux quantités d’eau gâchée dans les sanitaires municipaux, urinoirs à jets automatiques et autres commodités des bâtiments administratifs qui ont toujours tendance à fuir, à se détraquer, à augmenter le budget flotte du service public de façon déraisonnable ? Sur le principe du téléphone télécommande, pour une petite commission, et afin de mieux contrôler la chasse, on va bien finir par nous faire taper PIPI#, et pour une grosse, POPO*. Premier avantage, certes, la traçabilité : grâce à un examen des listings, on identifierait ceux qui abusent des POPO* et leur surconsommation pourrait leur être facturée. Bien sûr l’idéal serait les toilettes sèches : en sus de l’économie d’eau, quiconque laissera échapper son téléphone dans la cuvette en tapant la commande, tandis que l’éclairage viendra à s’éteindre, pourra le retrouver encore à peu près en état de marche. Imaginons enfin les panneaux photovoltaïques de thorax, et autres éoliennes individuelles sur les casquettes des retraités : chacun apportant l’électricité nécessaire à sa consommation de lampadaire grâce à un ingénieux système de batterie dans un sac à dos ; défibrillateur à l’occasion…

    Hélas oui, il est possible que ces innovations, quoique bien intentionnées, engendrent des effets pervers. On parle de fracture numérique ; de ceux qui sont connectés et autres qui ne le sont pas… Mais gageons, ce seront encore les richards qui pourront s’offrir les téléphones avec les forfaits adéquats que ne vont pas manquer de nous proposer ces futés d’opérateurs (genre internet et éclairage ruelles illimité option portes cochères pour le modèle girly, 200 SMS/mois, 2 H d'appel sur fixes et toilettes soir et week-end) qui auront le privilège de raccompagner les filles en sortie de boîte. Il va y avoir de la frustration au sein des populations noctambules ou acnéïques. Or, ce n’est peut-être pas bon d’inculquer aux jeunes générations cette vision du consommateur comme étant forcément un pollueur à sanctionner hormonalement. Enfin, il est possible que les retraités au minimum de pension, qui n’auront pas les moyens de s’acheter un téléphone, finissent par être considérés comme des délinquants tardifs à trop déposer leurs poubelles sélectives, tracées avec des puces, aux mauvais endroits.

    Pour continuer de critiquer avec jubilation, on notera que tout cela commence à nous rappeler les futurs paranoïaques de l’auteur de SF Philip K. Dick qui imaginait dans son roman Ubik que tout le monde devait se promener avec des quantités invraisemblables de monnaie, car chaque porte était payante. Il y existe aussi le roman méconnu de Frédéric Pohl, L’ère du satisfacteur , qui narrait, dès 1969, comment on allait se retrouver jeté hors de la société et de ses services dès lors qu’on ne pourrait plus payer l’abonnement à son terminal individuel.

    À vrai dire, plus on y réfléchit, plus on aurait envie de signaler en passant –mais il faudrait bien plus de place que ces lignes pour avancer nos arguments effarés que mine de rien, au nom de sauver le bien commun*, tout en faisant au passage quelque gain, on distille une idéologie et une pratique de la responsabilisation individuelle extrême et du "chacun paie pour ce qu’il consomme"– et par conséquent que si on ne peut payer, on est déchu. Bref, au prétexte d’améliorer le bilan carbone, c’est toujours moins de service public, toujours moins de ce collectif, des services en charge de l’État, toujours moins de la répartition et du partage des coûts qui participaient des fondations de notre société, du vivre-ensemble, pour ne pas parler de civilisation, mot très trendy ces temps-ci.

    C’est le principe des relevés de la banque que l’on imprime chez soi : le bénéfice est fait par notre amie la banque (car c’est notre amie) qui se pavane soudain habillée de développement durable, mais ce sont le coût et la pollution décentralisés qui deviennent la charge de chacun. La dépense et les dégâts supposés ne sont pas éliminés, mais atomisés, déportés chez les clients. Relevés de banque ou lampadaires de Préfailles répondent donc au même principe que celui consistant à envoyer les pauvres dans la ville d’à côté : le fameux not in my garden… et personne ne peut dire si les téléphones employés par Préfailles, les détecteurs de présence pris en charge par les particuliers pour pallier l’obscurité nouvelle de la même façon que le sont les relevés bancaires imprimés à la maison, ne polluent pas indirectement autant. Bref, je diminue le bilan carbone de la mairie, mais j’augmente celui individuel. C’est toutefois inévaluable car on l’a dit, atomisé. De la neutralisation des problèmes écologiques par une forme de réduction en poudre. Il aurait été correct qu’à Préfailles, on réfléchisse à une solution impliquant le collectif. Réduire les pollutions, oui, mais répartir les usages en fonction, indirectement, des possibilités ou besoins de chacun… Les vraies solutions, à mon sens, de lutte contre le gaspillage seraient d’aider la recherche et d’influer sur les industriels. Faire trier les emballages par chacun, sans contraindre drastiquement les industriels à réduire ceux-ci, relève aussi de la même approche fallacieuse.

    Enfin un dernier point : les lignes ci-dessus ne sont pas très drôles, ni jubilatoires pour une chronique qui a pour ambition de rigoler de tout. Elles prennent peut-être même la tête ou irritent. Dont acte : c’est exact ; elles sont même dramatiques, car dès lors qu’elles vont être publiées, je risque de me faire hacher menu par le premier Khmer vert de passage, et de me retrouver à l’état de compost. Pas drôle, vraiment.

     

    * C’est-à-dire la planète ; qui pourrait être contre cet argument aussi criant que nécessaire… ? Mais dont l’angélisme, tout de même, permet de faire passer tout et n’importe quoi. Et planète-bien commun qui n’a jamais parallèlement été autant privatisée dans l’indifférence, soit dit en passant…


    Légende de la photo de Une : phare de la pointe St-Gildas. Les commandants de bord devront-ils allumer le phare par téléphone en approchant des côtes ? Tiltshift, d’après une photo Wikimedia commons).

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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    Commentaires  

     
    0 #2 youpi 04-03-2012 10:24
    Citation en provenance du commentaire précédent de François :
    Je pense que ce n'etait pas la peine de produire un si long article.
    2 phrases aurraient pu suffir.
    C'etait mieux avant.
    Surtout ne changeons rien.

    François W


    un peu d'accord, tout de même ! M. Mizio est sans doute un peu fatigué ces jours-ci, se laissant aller à un trop facile cynisme face à une initiative pas si absurde, à la désespérance peut-être. Allons, M. le Flamingo, à défaut d'être rose ou vert, restez en belles couleurs... ;-)
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    0 #1 François 03-03-2012 09:22
    Je pense que ce n'etait pas la peine de produire un si long article.
    2 phrases aurraient pu suffir.
    C'etait mieux avant.
    Surtout ne changeons rien.

    François W
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