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    Métiers oubliés #14

    Roscoff : occupeur de vos oignons

    « Johnnies onions ». « Johnnies onions ». - © DR.

    Les "Johnnies", milliers de vendeurs d'oignons rosés issus de Roscoff et sa région, firent commerce de leur production par colportage durant presque deux siècles à compter de 1828, en s'expatriant presque huit mois de l'année sur toute la Grande-Bretagne. Ils sont restés fameux pour leur courage, leur organisation, leur ouverture sur le monde, sinon leur humour face à leur vie difficile1. Ce que l'histoire n'a toutefois pas retenu, c'est le métier parallèle que l'absence de ces hommes a failli engendrer à Roscoff en 1923 : celui "d'occupeur de vos oignons", disparu tôt à la suite d'une révolte féminine locale à la hauteur du caractère des Bretonnes.

    Il n'y eut pas que les épouses de marins bretons qui furent contraintes d'attendre leurs hommes une bonne partie de leur existence : les femmes de marchands d'oignons rosés roscovites qui s'expatriaient en Grande-Bretagne avaient pour tâche harassante, quasiment les trois quarts de l'année, de tenir seules les exploitations, tout en assurant l'éducation des enfants. "Elles assuraient la récolte d'oignons d'août. En septembre, elles faisaient sécher au soleil et au vent la graine, puis elles effectuaient les achats d'oignons pour un deuxième ou troisième chargement. En avril, c'était aussi des escouades de femmes qui "repiquaient" les oignons dans les fermes : "ar piketerezed". Et, après la récolte d'août, les enfants avaient pour tâche de glaner les petits oignons pour que leurs mères en fassent des "piglens", adaptation roscovite des "pickles", condiments au vinaigre des Anglais2".

    Quoique la société paysanne roscovite offrît officiellement reconnaissance, égalité et autonomie aux femmes dont on saluait le courage et les mérites, la majorité des Johnnies n'avait jamais vu d'un bon œil le fait de laisser les épouses seules à la maison. Secrètement, ils soupçonnaient qu'elles puissent dégager un petit peu de temps, entre les lever et coucher du soleil, pour se reposer au lieu de trimer, ou au pire, céder à des fautes inavouables – parce qu'à brasser de l'oignon toute l'année, légume aux vertus aphrodisiaques, "il ne faut pas nous en conter, tout de même".

    Un terrible non-dit masculin

    Lourde était donc la peine du Johnnie, à la veille de partir toutes voiles déployées et cales bourrées vers la Grande-Bretagne, car il ne savait jamais s'il ne risquait pas de trouver à son retour une maison en distribil (sens dessus dessous) ou un larron entre ses draps. Et pas moyen de joindre le foyer : les gars, une fois leur tournée à pied – puis plus tard à vélo – achevée, passaient des soirées dans les pubs britanniques à boire pour s'étourdir, ressassant sans cesse entre eux l'impossibilité de joindre leurs épouses à cause de la rareté des postes téléphoniques, à l'époque – soit comme ils le déploraient dans leur jargon, le défaut de pouvoir "s'appeler l'oignon".

    Cette angoisse sourde et récurrente, ajoutée à la dureté de la tâche du Johnnie, dura presque un siècle. Toutefois, à l'apogée de la vente d'oignons rosés (de 1920 à 1929), lorsque ce commerce devint presque enrichissant au point que les anciens laboureurs purent acheter leur maison ou acquérir des terres supplémentaires, voire employer davantage de journaliers, un homme jugé comme providentiel, Sekondel Paolenan, leur proposa une solution. Ce personnage bigot et obsédé par le péché, affligé d'une maladie osseuse qui n'avait pu lui faire endosser le métier de Johnnie, avait une idée simple : faire surveiller les femmes et les établissements par ceux qui, ne pouvant partir en campagne de vente, restaient désœuvrés ou victime du chômage alors localement endémique.

    "Je vais m'occuper de vos oignons"

    À l'instar du jeune Henri Ollivier, qui en 1828 eut le premier l'idée d'aller vendre ses oignons en Angleterre, c'est donc Sekondel Paolenan qui crée le phénomène professionnel parallèle à celui des Johnnies : celui des "occupeurs de vos oignons". Un matin de juin 1923, Paolenan propose au master (chef), aux botteleurs, emballeurs et vendeurs, membres d'une importante compagnie de Johnnies qui s'apprêtaient au départ, de faire surveiller leurs femmes et exploitations durant leur absence. Sa proposition est rassurante : "je vous promets d'embaucher les hommes les plus laids, les plus tordus, les plus obéissants ou les plus bêtes, pour qu'ils s'occupent avec le plus grand dévouement de vos oignons…". Habile, Paolenan n'aborda jamais le problème des femmes laissées seules, mais il fut entendu : "Quand il nous a expliqué qu'il fallait que tout soit "bien tenu" durant notre absence, on s'est entre-regardés. On a bien compris ce qu'il insinuait. Mais qui aurait franchement abordé le problème ? On n'allait pas reconnaître devant les camarades qu'on craignait d'être tous cocus, ou du moins qu'on ne faisait pas complètement confiance à la mère de nos enfants…", témoigna alors un botteleur sous couvert de l'anonymat à Ouest-Éclair.

    L'idée séduit donc illico : en une journée l'innovation fait le tour des Johnnies, et des dizaines d'entre eux, sur le départ, se pressent chez lui. La semaine suivante, tandis que les compagnies ont pris la mer pour la Grande-Bretagne, Sekondel Paolenan recrute un premier contingent de près de 200 "occupeurs" dont il a touché d'avance la moitié du salaire. Recrutées dans des hospices pour "gueules cassées" de la guerre de 14-18, dans des foyers pour adultes attardés ou auprès de certaines lignées familiales connues pour leur consanguinité imbibée à la bière maison depuis des lustres, les équipes d'"occupeurs" sont rapidement constituées et informées précisément de leur tâche : surveiller jour et nuit la ferme, ne pas lâcher d'une semelle la fermière – mais jamais à moins de trois mètres.

    Échauffourées dans les fermes

    L'arrivée et la répartition de ce qu'un journaliste appela "une véritable cour des miracles" dans Roscoff et sa région crée un incroyable choc dans les foyers matriarcaux. Les épouses se divisent en deux camps : celles, majoritaires, que la décision de leurs hommes révolte, et qui ne voient pas pourquoi elles seraient soumises à tant de soupçons sur leurs vertu et honnêteté, sinon à tant d'humiliation ; face à elles, celles qui acceptent cette étrange surveillance… de crainte qu'on ne pense qu'elles avaient quelque chose à cacher.

    Du côté des "refuseuses", c'est une véritable guerre de tranchée. Des incidents éclatent à Roscoff, mais aussi à Santec, à Saint-Pol, à Cléder… Nombreux sont les "occupeurs" accueillis à coups de fourche-bêche, sous des jets d'ustensiles de cuisine ou d'oignons impropres à la consommation, accablés d'injures plus salées que le beurre breton : injures qu'on n'imaginait même pas être à la connaissance des dignes épouses roscovites ! Dès les premiers jours, Paolenan déplore nombre de blessés parmi ses troupes, sinon autant de démissionnaires ou de fuyards. À Plougoulm, un "occupeur" est ligoté sévèrement avec du lien à bottes d'oignons "pour qu'il en devienne rosé" et enfermé dans le hangar à clayettes "pour qu'il y sèche". À Sibiril, les gendarmes interviennent à temps avant qu'une épouse en fureur ne "coupe les pilgens" à un employé de Paolenan. Certains "occupeurs", anciens de la Grande Guerre démissionnent, "ne voulant pas devoir assiéger les fermes, ou connaître un nouveau Chemin des Dames" car "la Bretonne est plus teigneuse que le Boche !"

    Du côté des épouses qui, bonnes filles, ont accepté l'arrivée de leur "occupeur", cela se déroule bien… Mais seulement durant quelques jours. Rapidement, les épouses, pourtant de bonne volonté, craquent, et les plaintes abondent auprès des institutions : "J'ai l'impression d'avoir un korrigan qui me suit en permanence. Il est toujours derrière moi, les bras croisés, l'œil torve. Ça me rend folle. J'en fais des cauchemars ", confie une Roscovite au maire qui ne sait encore trop quelle décision prendre, tandis qu'une autre raconte qu'elle a "l'impression d'avoir attrapé comme une sale maladie dans le dos. Une sorte de chancre à pattes, mais qui se tient à trois mètres, qui grogne, sans oublier ce qu'il dégage, car il est si pingre qu'il ne se nourrit que de mes fanes d'oignons".

    Il faut trois semaines à peine pour que se délite totalement l'entreprise de Sekondel Paolenan : soit par incapacité de travail de ses "occupeurs" blessés, soit à cause de leur défection. Le coup d'arrêt définitif vient d'une salve d'arrêtés municipaux qui "interdisent l'exercice de la profession d'"occupeurs de vos oignons" au titre de "de la sérénité, comme de la dignité et de l'honneur bafoués de la femme bretonne dont la vertu et la morale ne sont pas à remettre en cause". Les Johnnies, eux, n'apprirent les incidents qu'à leur retour, début 1924. On raconte encore qu'ils furent, cette année-là, accueillis fraîchement par leurs épouses… et traités aux petits oignons.

     

    Les preuves irréfutables :

      1. On trouvera moult informations sur ce site dédié aux Johnnies, qui étaient encore 25 en 1999

      2. Une vidéo de l'INA récoltant des témoignages d'anciens Johnnies (11 min.)

      3. La fiche Wikipédia

      4. Citation extraite de l'excellent résumé en français, anglais et breton de l'aventure des Johnnies par l'association des familles de marchands Tud Ar Johnideg


    PS : il va de soi, que ceci n'est que pure fiction, puisque insérée dans des faits, dates, événements réels et côtoyant des personnages ayant réellement existé.
    Vous voulez rétablir la vérité imaginaire ? Vous avez eu vent d'un métier inconnu du territoire ? Suggérez-le moi, je mènerai des recherches, vous vous en doutez, rigoureuses : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

    Francis Mizio - Journaliste
    Francis Mizio - Journaliste

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