Sports extrêmes régionaux

Un pont sur la Loire C’est l’homme-saumon qui a attiré notre attention sur la pratique des sports extrêmes de la région, en apparaissant subitement sur le site web Rue89. D’abord on croyait bêtement qu’il n’y avait plus de saumon en Loire ; ensuite on ignorait qu’il existât un homme-saumon du nom de Fabien Dorcet ; enfin on se dit que l’être humain est fascinant : 45 jours de nage sur 950 km pour aller de Langier en Haute-Loire jusqu’à Saint-Nazaire, à une époque où les régions dépensent des fortunes pour subventionner les TER, voici qui force le respect dans la durable attitude et le souci du bilan carbone.

L’exploit laisse rêveur, d’autant qu’entre les branches, les troncs flottants et les endroits où il faut crawler dans 15 cm d’eau en se râpant le menton, le parcours doit être une véritable épreuve. On lui souhaite de ne jamais avoir à remonter dans l’autre sens, alors que des travaux de réensablement du fleuve vont par endroits prochainement commencer. C’est-à-dire remonter le cours comme les salmonidés qui reviennent aux rives natales dans le but de frayer. On en appelle d’ailleurs ici à l’indulgence de madame Dorcet.

 

Le second point qui confirme une tendance de la région à inspirer des sports extrêmes, c’est cet homme pratiquant le base jump qui a sauté en parachute de la tour des Horizons, à Rennes. C’est plus rapide que de descendre la Loire à la nage, car ça n’a duré que 14 secondes ; mais quel plongeon ! Enfin, à Dijon, on a vu du poweriser, comprendre des échassiers urbains, ; et sans doute qu’ils migrent déjà par ici puisque à Nantes, sur l’esplanade des chantiers, deux de ces drôles d’oiseaux ont été vus récemment en train de picorer l’attention des touristes, se nourrissant sur le biotope même de l’éléphant mécanique. Comme chez l’étourneau ou le cormoran, il est bien possible que l’espèce soit invasive. On connut, fut un temps, des cadres sup’ en trottinette, la cravate refoulée derrière l’épaule. Ne nous étonnons donc plus de rien.

Voir tous ces gens qui se livrent à de telles activités saines et sportives, comme jadis la pratique de la gymnastique hygiéniste et dix-neuviémiste de salon qui s’était perdue avec le déclin des valeurs morales, le mobilier Ikéa et les clubs de sudation, ne peut que nous réjouir en cette chronique toujours prompte à saluer les initiatives régionales tant fédératrices que porteuses de progrès, et qui peuvent en sus créer des emplois. Le souvenir, il est vrai refroidissant, du célèbre Willy Wolf à Nantes, qui se tua le 31 mai 1925 en sautant du pont transbordeur, serait donc enfin loin. Nous allons pouvoir nous jeter ici et là à corps perdu, et sur des trucs coupants et acérés lors de gesticulations enfin plus échevelantes que le championnat d’orthographe ; discipline qui a cédé la place longtemps, comme on le constate au quotidien en vitrine chez bien des commerçants.

Hélas, les idées de sports extrêmes peuvent arriver à manquer : l’Extreme Ironing qui consiste avec une planche et un fer à repasser à se produire dans des lieux aussi improbables qu’invivables ne se pratique guère ici. Même chose pour l’Urban Climbing (voir la vidéo ci-contre), grimpage d’immeubles qui n’est que peu apparu depuis 2009 à l’Ouest, sinon à l’horizontale ou au mieux sur les moquettes murales dans les couloirs feutrés des institutions subventionnantes. Et puis ici, on a peu de montagnes pour s’éclater, du moins en touchant le sol.

Alors, que pourrait développer la région en matière de poussées d’adrénaline ? Suggérons quelques pistes, avec des terminologies anglaises, sinon ça ne fera pas trendy :

  • Le fucking huntsman : traverser les marais de Brière en hurlant : "Chasseurs-tu-eurs !" devrait fournir son lot de sensations. (Ambiance Délivrance, de John Boorman, garantie).

  • Le pig farmers polluters insulting : il s’agit de se placer au centre d’une plage bourrée d’algues vertes vers Saint-Brieuc, et de pousser des cris attribuant le problème aux éleveurs de porcs pisseurs de nitrates. (Courir vite).

  • L’airport oppositing consistant à tenir bon, perché dans des arbres (dérivé exalté du Tree Climbing), secoués par la maréchaussée déguisée en scarabée pique-prune, espèce protégée. (Savoir brailler pour se faire entendre).

  • Le With a Norman hard speaking, consistant à obtenir une réponse dans une conversation avec un Normand ; réponse comprenant un sujet, un verbe, un complément, et non elliptique de sens. (Se doper).

Il y en a d’autres possibles. Songeons au TK Bremen cruisiding consistant à caboter en cargo les soirs de tempête, le Diwan’s school criticizing, le In Nantes car drivin’, le CHU establishing, voire le fishermens presidential’s shaking hands... Voici qui nous offrirait moult fédérations, clubs, moniteurs diplômés et articles de presse enflammés. Cela nous changerait finalement d’un des plus difficiles sports extrêmes : le daily living in crisis.

 

Légende de la photo de Une :

"Pont sur la Loire : la nage extrême, une alternative tonique à la carte Fifty."

(Tiltshift, d’après une photo CC Flickr de "Greenwick Photography")

Francis Mizio - Journaliste
Francis Mizio - Journaliste

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