Vachement nuke

Vaches atomiques La Bretagne est terre d’innovation ; on a beau le savoir, on sera toujours épaté par les initiatives locales. Ouest France du 1er décembre rapporte qu’un exploitant de Tregunc, près de Concarneau, nourrit ses vaches aux déchets de malt qu’il récupère chez son voisin, la brasserie Britt. Pour faire passer, il leur donne à boire l’eau de rinçage des cuves où surnagent des résidus de malt et de houblon, très nourrissants. Sans le dire, cet entrepreneur innovant s’inspire peut-être de l’élevage à la bière du réputé bœuf Wagyu de Kobé (Japon), mais on se garde de nous préciser si, comme là-bas, il masse ses bêtes en leur diffusant de la musique classique1.

Le Japon, cette terre des anciens cercles de qualité et du zéro défaut qui agitèrent les consultants en entreprise, jadis, avant qu’ils ne prennent la fuite, a souvent été un modèle pour les entrepreneurs. Alors que cette nation se pose quelques questions depuis Fukushima sur la fin de ses centrales nucléaires, pourquoi, à l’instar de la vache bretonne à la bière, ne pas recycler aussi, pour rester Japan Mood, les déchets de la centrale de Brennilis (Finistère) actuellement en démantèlement2 ?

On a fait avaler déjà tant de choses aux vaches – elles en raffolent, elles en sont folles – et même des collègues de pâturage, réduites à l’état de farine ; on trouvera bien un moyen de leur faire ruminer le plutonium, brouter l’actinium, le césium, le cobalt, le zircaloy et autres nanos oxydes d’yttrium. Un peu d’eau lourde dans l’abreuvoir, et vas-y Pépette, tu ne vas plus me dégazer de ton méthane creveur d’ozone, mais tout simplement péter le feu.

On sait les positions inconciliables entre écologistes ou agriculteurs, et technocrates et tenants du nucléaire. Peut-être tenons-nous là un moyen de consensus, offrant en sus quelques avantages non négligeables ?

- Police : Le vol de vaches (vol au sens d’enlèvement, pas de décollage au prétexte qu’elles boufferaient du réacteur, hein) serait évité : qui oserait dérober une bête qui brille dans le noir, devenue repérable par son propriétaire depuis la fenêtre de la ferme ? Ce serait de plus une forme inédite du concept de traçabilité de la viande bovine.

- Énergies douces : il faudra bien substituer le déficit de production électrique dû au démantèlement de nos centrales. Un ingénieux système de montage en série de quelques vaches permettrait de subvenir aux besoins en électricité de tout un village. La vache comme avenir de l’ohm ! Par ailleurs, alors qu’on vante la voiture électrique qui dépend, forcément, de la production nucléaire décriée, sans doute pourrait-on passer à l’automobile à bouse ? 7 000 ans après son invention, cette galette bretonne nouvelle génération nous permettrait d’avancer pour au moins autant d’années.

- Statistique : Tout étant dans l’art de considérer les choses, si au lieu de calculer la radioactivité par centrale, on la calculait par unité-vache, on serait bien en deçà du taux de radioactivité naturel : le débat s’en trouverait atomisé.

- Élimination rapide des déchets nucléaires : alors qu’on leur reproche, selon leur nocivité, d’avoir une durée de radioactivité de 300 ans à un million d’années, est-il besoin de rappeler que l’existence d’une vache n’est, elle, que de 20 ans ?

On le voit : la solution pourrait être pérenne ; les arguments ne sont que de bon sens. Il faudrait enfin qu’écologistes, éleveurs et industrie nucléaire se mettent autour de la table au lieu de s’invectiver en bouffant de la vache irradiée.

 

Photo de Une : "Centrale bovine de 18 Mégavaches près de Guipavas (sud de l’aéroport Brest-Bretagne" (Tiltshift, d’après une photo CC Flick de Besapha)

 

1 Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wagyu À défaut d’un orchestre philarmonique ou d’une étable dolby surround, les exploitants bretons peuvent toujours leur passer un coup de téléphone de quelques hot line : on y attrape parfois encore Les Quatre saisons de Vivaldi, lesquelles sont forcément bonnes pour le cycle laitier.

2 Page Wikipédia du site nucléaire de Brennilis ici

Francis Mizio - Journaliste
Francis Mizio - Journaliste

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