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    Tri sélectif

    À nos chairs détritus

    vue d'un cimetiereCe jour-là, l’hiver affichait un grand blond dans le grand bleu. Curieux, ça, le soleil… Dans nos contrées, ça ripoline nos neurones. Ça donne l’impression que quelque chose a changé. L’impensable, même : que quelque chose va changer ! Ça vous allège même la pesanteur.

    Enfin bref, il faisait beau à Rezé. Et j’avais quarante-cinq minutes toutes neuves et disponibles devant moi - généalogique parenthèse : j’en avais aussi derrière, mais anciennes et toutes périmées. Je sortais donc de la Maison radieuse, l’âme encline à faire semelle buissonnière. Oui, pour moi, ce jour-là, c’était vraiment pas un temps à traîner une pompe funèbre. Mes pas se mirent donc à flâner au gré des trottoirs. Il fallait bien alors que je les suive…

    Ils arrêtèrent leur errance vagabonde devant une plaque indiquant "cimetière…". Puisque j’étais là pour tuer le temps, j’entrai - j’ouvre là une nouvelle parenthèse, plus anatomique, cette fois, pour mieux spécifier mon entrée : mes pieds… comment dire ?... plutôt dessous. En tout cas, pour cette fois, pas devant ! Curieux, ça, un cimetière… Même lorsqu’on le découvre, sous quelque latitude qu’il se trouve, quelle que soit la configuration culturelle ou religieuse qu’il adopte, on est comme en pays de connaissance. Peut-être parce qu’il est l’endroit de cette discrète confraternité contenue dans l’expression "la mort est proche". Peut-être…

    Mais reprenons. Il y avait peu de bipèdes debout ce jour-là. En fait, entre les érections de crucifix de toutes dimensions, j’étais le seul. Euh… seul bipède debout... pas crucifix en érection ! Je fis donc pédestrement le tour du futur locaterre. Une conception toute XIXe présidait à l’organisation du lieu, inspirée, mais avec un tantinet plus de dépouillement, des réalisations parisiennes du baron Ossement : un terrain organisé en lopins parallélépipédiques délimités par le jeu des croisements de quelques grandes artères centrales avec de plus vicinales travées.  Une vraie grille de destins croisés – à moins que ce ne soit un vrai croisement de destins grillés ! Avec ses cases noires sur lesquelles plus jamais personne ne s’arrête. Et ses deux mitoyennes cases grises !

    En fait, deux siamois bacs de tri sélectif des déchets détonnaient dans cette végétative gare de tri-âges. Imaginez… voyons… "Tintin et Milou au pays des appâts rances" ! Ou alors… Deux gaillards cabinets des ans qui, à une délicate carrure de catcheurs étêtés, allieraient les élégances d’une non moins subtile symbolique de la destinée humaine ! Avec eux, l’imaginaire onctionnel se trouvait pénétré par la grâce toute moderne du normatif fonctionnel. Le crucifix d’un éternel "Tout puissant" se voyait ainsi défier sur sa gauche par le bac d’un plus communautariste "Tout venant". Quant à l’émoustillant bac de "Déchet vert", il avoisinait les tombes de défunts n’ayant plus cet affriolant plaisir de l’être encore. Ah, vraiment, vive la réforme de l’orthoépitaphe ! Et bienvenue dans l’aire de la "funérire" économie du râble ! "What you say ? Hit the road Jack and don’t you come back no mort, no mort, no mort, no mort…."


    tri sélectif dans un cimetiere

    Dominique Ragneau - Homo Sapiens
    Dominique Ragneau - Homo Sapiens

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