Le bruit du silence

Cercle du silenceCe matin, dans le tram, y avait deux gars qui se marraient, et pas qu’un peu. Ils se tapaient les cuisses, ça retombait et puis vlan ! rebelote. Ils parlaient très fort, en arabe. On n’y comprenait rien, mais on n’entendait qu’eux et le wagon de travailleurs solitaires s’est réveillé, divisé en trois catégories.

Il y avait ceux qui ne pouvaient pas s’empêcher de sourire, mi-moqueurs, mi-contaminés. Les grincheux, sourcils froncés, moues exaspérées. Et enfin, les "indifférents-à-tout-ce-qui-passe-autour-de-moi" qui luttaient pour préserver leur bulle en augmentant le volume des écouteurs. Certains courageux osaient même redresser le bout du nez et guetter franchement les réactions des autres voyageurs. S’ensuivaient alors des regards fugitifs et une connivence muette. Et puis les zigotos sont descendus et le silence est revenu.

Mais il faut se méfier, le silence peut faire du bruit. Il peut même devenir envahissant. Et pire encore, très contagieux. Regardez, en 2008, une communauté chrétienne a lancé un cercle de silence à Toulouse puis à Rennes pour protester contre les conditions de détention des sans-papiers. Eh bien maintenant, il y en a jusqu’en Suisse et en Belgique et dans plus de cent villes en France. À Nantes, tous les derniers mardis du mois, à 18h30, ils sont place Royale. Au beau milieu d’une foule en transit, pressée de rejoindre son cocon après la journée de travail.

Un noyau de militants commence par montrer l’exemple. Ils ne disent pas un mot, ils se mettent en rond, une ou deux pancartes discrètes plantées dans les mains. Une petite tache dans le décor. On les voit à peine, les muets immobiles. Et puis il y a toujours des curieux qui finissent par s’approcher et le cercle s’agrandit. Le silence devient assourdissant.

 

Site officiel des cercles du silence avec l’agenda, ville par ville : www.cercledesilence.info

Alexandra Jore - Journaliste
Alexandra Jore - Journaliste

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