Max mad

station-service du Pellerin La voiture, j’adore.

C’est mon espace de liberté.

Le fait d’avoir les clefs sur moi me rappelle en permanence qu’en quelques heures, si je veux, je peux être à dache, là comme ça, sur un coup de tête, après avoir tout envoyé baigner.

C’est mieux que l’avion ou le train.

Avec, je traverse des pays jusqu’au bout des culs-de-sac, je m’arrête en plein dans les paysages. J’embarque les gens qui ont envie de tailler un bout de route.

C’est aussi ma cellule de grisement.

Parce que j’aime bien rouler vite. Je sais, c’est pas cool. Du tout.

C’est même une maison.

Des fois j’y mange, j’y bois, j’y écoute Johnny Cash et les Pogues, j’y dors… et plus si affinité.

 

Mais la voiture, en même temps, j’ m’en fous.

 

De sa marque.

 

De sa couleur.

De son état de propreté.

De son nombre de chevaux.

De ses cylindres.

De ses soupapes.

De son ouverture électrique des fenêtres.

De son ordinateur embarqué pour calculer je ne sais quoi.

De son GPS qui fait que les gens ne regardent plus autour d’eux et ne s’arrêtent plus dans les bistrots pour demander leur route…

 

Et j’ m’en fous même quand y a plus d’essence dedans !

Comme en temps de guerre, par exemple.

Du style de celle qui se prépare en ce moment, et qui commence, on dirait, à effrayer les Français.

Parce que tant qu’on ne parlait que de “grèves” pour contrecarrer la réforme des retraites, ça allait : il fallait comprendre “la fonction publique descend dans la rue”. Même pas peur.

Sauf que les médias y ont associé un autre mot, terrible, ce week-end : “raffineries”.

Le branle-bas de combat ne s’est pas fait attendre : dès dimanche, c’était la ruée dans les stations !

Lundi soir, à 22 h 30, 30 bagnoles faisaient la queue à l’Intermarché du Pellerin… alors que les raffineries à peine évoquées étaient toujours en activité, et les réserves intactes !?

 

Eh oh, les gens, ouh ouh ! Ressaisissons-nous, que diable !

Pour une fois qu’on a l’occasion d’être développement durable en utilisant les transports en commun, le vélo, la barque… profitons-en pour passer à l’acte, non ?

Surtout que pour les trois-quarts d’entre nous – pas pour nous tous, quand même, si ? –, c’est la peur de pas pouvoir aller bosser qui motive. C’est dire…

Mais bon, c’est vrai aussi que le travail, c’est la santé… qu’il faudra cependant préserver un peu plus longtemps si on veut en profiter lors de la retraite !

Et puis, que les conducteurs qui, aujourd’hui, voient leur jauge décliner se rassurent.

Car comme ne dit pas la Bible, les premiers seront les premiers.

Si la grève se poursuit, ceux qui ont galéré des plombes pour faire un plein le week-end dernier – et qui auront ainsi contribué à créer la pénurie ! – seront en effet en pôle position sur le bord de la route le Jour J.

Prêts à rejouer Mad Max.

Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef
Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef

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