On allait au bord de la mer

plage des Sables d'Olonne Il y a longtemps, pour le 1er avril, on a annoncé à ma grand-mère, qui comme tout le monde était née aux Sables d’Olonne, qu’à partir de l’été suivant, l’accès à la plage ne serait plus gratuit. Ça l’a mise dans une rage terrible. “Quoi ! il faudrait maintenant que je paye ! pour descendre sur MA plage ! celle où je vais depuis que je suis toute petite ! Quand j’ vais dire ça aux copines !!!” Ah ! oui, parce qu’elle en avait plein, sablaises elles aussi, voire chaumoises… Autrement dit, ça allait “farguer la nation sans doute” !

On a même poussé plus loin le poisson en lui expliquant que ce n’était pas cher : juste un franc par jour. Ça n’a pas manqué : “J’ m’en fous, c’est pas une question d’argent !” Et pourtant, Dieu sait (elle lui parlait souvent) qu’elle n’en avait pas beaucoup. Mais elle n’en avait pas non plus besoin : aller à la plage, sa plage, valait pour elle tout l’or du monde qu’elle n’aurait jamais.

Sur le littoral, atlantique du moins, face aux appartements et aux propriétés qui font la joie de ceux qui peuvent les acheter, et des intermédiaires qui peuvent les vendre, c’est même le seul luxe des autres gens ; qui sont nombreux, si l’on entend bien la chanson de Jonasz :

On allait au bord de la mer / Avec mon père, ma sœur, ma mère

On regardait les autres gens / Comme ils dépensaient leur argent

Nous, il fallait faire attention / Quand on avait payé

Le prix d'une location / Il ne nous restait pas grand-chose

 

Alors on regardait les bateaux

On suçait des glaces à l'eau

Les palaces, les restaurants

On n' faisait que passer d'vant…

 

plage des Sables d'OlonneQuel bonheur, en effet, après avoir bossé pendant 11 mois, puisé dans son compte épargne et fait des centaines de kilomètres en voiture, que de trouver une plage pas privée, de mettre enfin ses pieds dans le sable, de retirer ses sapes et d’entrer dans la mer. Et là, “décontracté du gland” façon Depardieu, de pisser librement dans leur paysage grandiose en adressant un “coucou” béat aux figurines sur les balcons.

Et tout ça reste possible parce qu’il y a toujours des campings, des vrais, oui, comme dans le film.  Pas comme ceux de Noirmoutier qui ont récemment été déposés près du rivage par une vague écolo qui a bon dos et que seule une clientèle aisée peut surfer. “T’as loué une villa au bord de la mer pour cet été ?” “Non, je vais au camping.” “Mon Dieu – oui, il n’a pas de préjugé lui – qu’il est bête, reprends donc une verrine foie gras-figue !”

Mais après tout, qu’ils s’amusent ! C’est vrai que ça doit être sympa de passer des vacances comme un faux pauvre, sous un vrai prétexte nature. Tiens cet hiver, je me ferais bien un séjour sans-abri bio de 15 jours… sous un carton intérieur soie.

Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef
Olivier Retail - Journaliste et rédaction en chef

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