Ronde comme un ballon

ballon terreOui, la Terre est ronde comme un ballon, coupe du monde de foot oblige. Certains abhorrent le moment, bien sûr, avec quelque raison. De mon côté, je ne boude pourtant pas mon plaisir.

Sans naïveté. Je pourrais énumérer une liste épaisse comme l’ancienne moustache de Domenech des reproches à adresser au football. Entre l’argent-roi des stars qui méprisent la passion des prolos qui les applaudissent, les matchs exploités comme temps de cerveau disponible par la télé et le business, ou encore les nationalismes exacerbés en chauvinisme et les beaufs érigés en modèles d’humanité…
Il n’empêche que le foot entraîne aussi une ribambelle de grands instants de partage. Je me souviens de la Coupe du monde 98. Bien sûr, la fête finale et l’illusion black blanc beur qui nous a tous, avouons-le, pour une nuit emportés. Mais aussi ces images de fraternisation entre supporters aux déguisements symétriquement exotiques… Tenez, cette belle image, dans les rues de Nantes, d’une petite fille en costume berbère mille fois prise en photo avec des Brésiliens hilares.

L’art de la passe et de la tchatche

Clin d'œil aux enfants du pays

Qu'on le veuille ou non, le foot est l'étendard du chauvinisme. Et si Didier Deschamps et Marcel Desailly, représentants d'une génération glorieuse du football de l'ouest, officieront en tant que consultants, Lorient, Rennes et Nantes auront le privilège de voir des enfants du pays sur le terrain (ou sur le banc !) avec Gourcuff, Réveillère et Toulalan. Sans oublier Brest et Vannes, écrins de la jeunesse de l'Ivoirien Didier Drogba. Mais sans verser dans un défaitisme si populaire depuis le coup de tête d'un magicien des pieds en 2006, gageons que les premiers cités ont plus de chance d'être encore en lice dans un mois, le jour de la finale...

Du foot, j’aime aussi ces moments à discutailler - au bistrot ou au boulot - du match de ce soir ou de la veille. Je m’émerveille aussi de ces mercredis et dimanches où, grâce à une boule de cuir, les campagnes s’animent, les banlieues d’ici et les bidonvilles de là-bas rigolent enfin. Du foot, j’aime enfin ces nuits où les minots du monde entier s’appellent Pelé, Cruyff, Platini, Maradona ou Zidane sur des maillots brodés de lettres de rêve…
Et puis, après tout, le foot est une discipline trop universelle pour être laissée aux seuls athlètes, il est toujours une aventure collective dont il ne faut pas se laisser spolier par les affairistes. Je frémis de plaisir à la philosophie du don qu’est l’art de la passe selon Gourcuff (père), ou à la théorie des ensembles mobiles que développe le bon Coco Suaudeau…
C’est la coupe du monde ? C’est le moment. Le moment de redécouvrir quelques bonheurs simples. Celui de, sans fin, pousser la ballotte dans un jardin, dans un square, sur une plage. Avec des amis, avec des inconnus, avec des enfants, avec n'importe qui. Le moment aussi de relire Nick Hornby et son Carton jaune, Le premier homme d’Albert Camus, Le Vainqueur de coupe de Rachid Boudjedra, le magazine d’aujourd’hui So Foot et le magazine d’hier Miroir du Football

Émotion finale

Un souvenir de lecture, encore : Le Scaphandre et le papillon de Jean-Dominique Bauby, emmuré dans son locked-in syndrome. Parmi les souffrances de son enfermement, il y décrit la cruauté tranquille des infirmières qui éteignent la télévision sans prendre garde à lui, à quelques minutes de la fin d’un match tendu. Du tragique. Du poignant. Du football.

Philippe Le Boulanger - Journaliste et rédaction en chef
Philippe Le Boulanger - Journaliste et rédaction en chef

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