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Oui, parce que la marchandise vaut son pesant d’euros, surtout à l’exportation vers l’Asie. La civelle, elle, elle n’en a que faire de se retrouver en Chine. Ici ou là , elle finira sous une molaire. En revanche, le pêcheur, lui, il n'est pas d’accord. Et au mois de janvier et début février, Roger et ses copains ont manifesté et bloqué les ports, côté atlantique. Déjà parce que le quota de pêche a baissé. Il est passé de 44 à 32 tonnes par an. Bon. Mais surtout, les exportations vers l’Asie sont désormais interdites. C’est l’Union européenne qu’a décidé ça. Ah ! bah Roger, ça, ça l’énerve. Lui, en un mois et demi, il fait la moitié de son chiffre d’affaire de l’année avec la civelle. Mais avec la civelle à la sauce soja. À ce jour, l’affaire n’est pas close…
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Et la bestiole, me direz-vous ? Cette petite chose qui frétille de peur à la vue de la molaire de Roger, qui souffle un peu en voyant celle de Josette, absente, la molaire, pas la Josette, eh ben ! elle dit rien. Elle sait que l’hiver, c’est sa fête ; enfin façon de parler. Quand elle barbote dans l’estuaire du côté nantais, elle tremblote devant Basse-Indre, charmante bourgade qui en son temps fut tout de même 1er port civelier français. Quand on mesure huit centimètres de long et qu’on est transparente, c’est des infos qui fichent les j’tons. Elle qui est née dans la mer des Sargasses, me demandez pas où c’est, elle a fait tout le trajet pour se trouver de l’eau douce et glisser dans les embouchures de fleuves. Chez nous, en bord de Loire, on l’appelle civelle. Et plus elle descend, plus on la traite : pibale de la Vendée au Pays basque et buiron en Provence. Mais elle dit toujours rien.
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Elle, elle demande juste une année de vie, histoire de devenir adulte, d’être une belle anguille dont on fracassera la tête sur un bout de rocher, euh, dont on admirera le corps long et serpenté, et elle retournera aux Sargasses, à environ… au moins ça de kilomètres, et à son tour, fera des petits… enfin si la civelle échappe aux tamis, puis aux pêcheurs d’anguilles. C’est un postulat qui est ambitieux. Dame, c’est que la civelle, c’est bon. Meilleur que de la langouste, qu’on disait même à une époque ! En tout cas, ça coûtait aussi cher. Et pis y a une cinquantaine d’années, y en a eu plein, trop, et c’est devenu le souper du pauvre gars des Chantiers et d’ailleurs. Même qu’on en balançait aux poules. Si c’était pas du gâchis, alors qu’elle était si belle, la civelle…





















