Il était donc une fois une belle petite brebis de la race Grévine qui trottinait dans son champ avec vue sur le Mont-Saint-Michel. L’hiver, on la baladait du côté de Saint-Servan, elle faisait un tour sur le Sillon. Cette brebis, appelons-la Blanchette, était bien heureuse.
Mais ça n’a pas duré. Voilà qu’un bélier est venu faire son intéressant dans son champ. Et vas-y que je te montre mes bouclettes, et vas-y que je te fais le topo sur l’archange Saint-Michel, et vas-y que je te parle de cheval au galop dans la vase… une infamie, je vous dis.
Mais la Blanchette n’en avait pas fini : la voilà la panse pleine ! Et pas que d’herbes bien grasses ! Cinq mois après sa rencontre avec le mouton couillu qui bavassait, elle met bas. L’agneau est très beau ; vous savez, les enfants, avec cet air si doux qu’on a envie de le prendre dans les bras et de le serrer très fort en lui donnant des surnoms stupides.
Lui, l’agneau, il est tout innocence. Il bat des cils comme Sainte-Blandine avant son martyre, et bêle histoire de rester le centre d’intérêt de cette nouvelle attention. Ah ! bah là , il étouffe un peu, faut pas le serrer si fort. La Blanchette est elle aussi tout à son bonheur. La voici mère et franchement, ça valait bien les coups de reins du bélier.
Et puis la malheureuse a regardé le calendrier. Ah ! bah ça, c’était pas de bol. Dans quelques semaines seulement, ce sera Pâques. Et les grandes personnes ont cette satanée manie de couper le cou à l’innocence au moment des cloches. Qu’il soit de lait ou gris, parce qu’il aura brouté un peu, et surtout de pré-salé parce c’est meilleur, il n’y coupera pas, justement. La Blanchette, elle a battu des cils et s’en est retournée vers un autre bélier qui, depuis cinq minutes déjà , lui faisait les yeux doux…
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Et l’agneau pré-salé du Mont-Saint-Michel, les petits enfants, il est resté là , tout content parce qu’on lui a dit qu’il était le meilleur, le plus succulent. Tout ça parce que l’herbue des grèves qu’il broute est parfumée. Que même au XIe siècle, ça se faisait déjà . Alors le petit Grévin, qui n’aura pas le temps de finir au musée, il va pas comprendre ; il se retrouvera dans la bouche des marmots qui, de toute façon, n’auront plus faim vu tout le chocolat qu’ils auront barboté…
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Quand je vous disais que ce serait pas une belle histoire.



Pas sûr que l’histoire que j’ m’en vais vous raconter va plaire aux petits enfants. Mais c’est pas de ma faute. C’est de la faute de la tradition.


















