Ce petit-là , il a pas la cote, même si on le trouve tout du long ; de la côte ; bretonne, entre autres. Mais on l’aime pas, le perceur. Il est pas bon sous la dent, pas goûtu comme son cousin, le bigorneau tout court. Lui, le perceur, il fait juste ce qu’il a à faire. Il se colle sur l’huître, sort sa chignole et suce délicatement (comment pourrait-il faire autrement, le pauvre ?) la chair de sa proie. Il faut bien vivre.
L’ostréiculteur breton, qu’est bricoleur du dimanche, il est pas ravi. Non seulement le mollusque fait du travail impec, net, bien tranché sur les bords (alors que lui, y a pas à dire, le fignolage dans la bricole, c’est pas son truc) mais en plus, il lui taille dans le cheptel d’huîtres. « Y en a marre », se dit l’ostréiculteur. Alors il fait de grandes brassées de bigorneaux perceurs et balance le tout à la déchetterie. Très vite, ça dégage les sinus tellement ça sent fort.
Or, figurez-vous qu’il y aurait une solution… Il se trouve que le coquin de gastéropode, il est glandu. En effet, il possède une glande blanche qui, au soleil, change de couleur. C’est pas la belle bleue, c’est la belle rouge, plus précisément la belle pourpre. Car le bigorneau perceur est, à l’instar du murex, un coquillage à pourpre. Ça veut dire qu’on peut l’utiliser pour fabriquer des pigments ; pourpres.
Du coup, le bricoleur huîtrier serait content de voir ses protégées débarrassées d’un de leurs plus grands prédateurs, et l’amateur de vêtements teintés au naturel aurait le sourire. Y a que le bigorneau perceur qui ferait la tête. Évidemment. Ceci dit, c’est pas encore gagné. Le bigorneau perceur, il est pas gros à côté du murex. Il en faudrait du mollusque pour quelques grammes de teinture ! Et puis quand même, la bête, au soleil ou pas, elle sent vraiment pas la rose.
Mais bon, ça fait plaisir de voir Ocenebra erinacea faire rougir de plaisir chercheurs et autres experts. Parce que tata Yvonne, elle est sensible, et le coquillage dénigré, ça lui arracherait presque des larmes. Et si on peut pas le cuisiner, faut tout de même lui trouver un sens à sa vie. Quant à l’odeur du mollusque chignoleur, sous l’algue verte pourrissante sur la plage, franchement, vous sentez la différence ?!





















