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Sauf que ma nièce, elle savait pas que les valeurs de l’Amap, elles ont parfois de drôles de goûts. À la belle saison, ça veut dire dès avril, y avait des légumes avec de belles couleurs, des légumes primeurs et tout le toutim. Ma nièce, elle revenait avec ses quatre fraises, tout excitée qu’elle était.
Et puis, quand la bise fut venue, elle s’est trouvée sur le cul. "Tu te rends compte, tata Yvonne, j’ai encore eu des poireaux ! Et ça, c’est quoi, ça ???!!" C’était des bettes ; qu’avaient l’air plus intelligent qu’elle, au demeurant. Faut dire, pour sa défense, que la fille de la ville, elle ignore plein de choses de la vie de chez nous, à la campagne.
Alors ma nièce, elle a voulu la jouer respect des saisons. Sauf que la saison du chou, dame, ça dure. Et quand tu repars de l’Amap avec, dans ton panier, du chou, des poireaux, des betteraves et des épinards, et ça, toutes les semaines, eh ben à la fin, tu craques. "Tu comprends, tata Yvonne, moi j’aime ça les poireaux, mais j’ suis la seule de la famille. Et la betterave à cuire, ah bah merci, j’ai aussi autre chose à faire !"
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C’est ça, la fille de la ville, elle a des choses à faire. Et au début, quand elle s’inscrit à l’Amap, elle croit que les légumes, ils sont propres puisqu’ils sont bio, et que même, ils vont se cuisiner tout seuls.
"La bette, ça a été le légume qu’a fait déborder le panier, tata Yvonne. J’en peux plus ! Alors j’arrête tout ! Le bio, c’est bien beau, mais si je mange trois carottes de l’Amap, mais que pour le reste, je me nourris aux pesticides parce que le bio, c’est hors de prix, ça sert à quoi, hein ? Et puis moi, le jeudi, à 18 h, j’ai autre chose à faire. Et pis tu sais quoi ? Là -bas, ils finissaient par te distribuer des prospectus pour défendre des causes écolo ! Alors déjà que le poireau, j’en avais pas grand-chose à faire, mais alors là , les convictions du jeudi soir !"
Alors son contrat Amap, elle en a fait une belle boulette, ma nièce. Elle m’a bien fait rigoler. Car ça partait d’un bon sentiment, c’est sûr, mais bon, on change pas une citadine en belle des champs, hein ? Et n’est pas bobo qui veut. Mais bon, faut vivre avec son environnement. Je lui ai tout de même donné un kilo de patates du jardin. Des patates bio, mais ça, je lui ai pas dit…



J’en étais sûre. Elle a pas tenu plus de deux saisons à l’Amap. C’était pas faute d’en causer. C’est pas compliqué, ma nièce, elle m’en rabâchait les oreilles : et vas-y que l’idée, elle est bonne, et vas-y qu’il faut soutenir les producteurs, et vas-y qu’il faut retourner aux vraies valeurs !



















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