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Le cornet de glace

coupe de glace On peut pas dire qu’Alain Chartier, à Vannes, il est moche. Déjà, parce que c’est pas des façons que de s’attaquer au physique des gens. Et pis ces choses-là, c’est une histoire de goût.

Bref, vous allez finir par me faire dire des choses désagréables. Parce que le Alain, c’est peut-être pas un Apollon, mais il est pas moche. Non, lui, il est mof. Et depuis 2000, en plus.

Dame, c’est pas tous les jours qu’on a un meilleur ouvrier de France spécialiste glacier et chocolatier ; et même un champion du monde ! Un gars qui, à Theix, dans le 56, a même ouvert une école des desserts.

Eh ben moi, j’ dis, il aurait pu ouvrir aussi une école d’élégance. Parce que le Alain, je lui en veux un peu. Car si des gars comme lui nous bourrent le cornet avec de bonnes crèmes glacées comme ils savent faire, cela pourrait expliquer, dès qu’il fait beau, cette frénésie de langues qui lèchent à longueur de temps. Et partout. Eh bah moi, j’ trouve ça vulgaire.

Tenez, l’autre jour, avec le petit de ma nièce, on était à Pornic, sur le port, l’ancien, où ils vendent des glaces à la fraise. Y a un petit muret histoire de pas prendre le bouillon. Eh bah figurez-vous que tous ceux qui se sont collés dans la file d’attente pendant la moitié d’une heure, ils ont remis ça après ! Ils se sont agglutinés sur le muret comme des berniques, et en même temps, j’  vous jure, ils ont sorti une langue énorme qui est venue s’enfoncer dans la glace. Beurk ! C’était horrible à voir pour peu que, comme moi, on ait un chouïa de délicatesse et d’éducation.

Mais pourquoi ? Pourquoi mange-t-on des cornets dans la rue, les uns collés aux autres ? Pourquoi ce besoin de faire le Panurge et de se gaver dès qu’apparaît un glacier au coin de la rue ?

Et ne me dites pas que c’est parce que l’Igloo, à Carnac, il propose plus de 150 parfums… Du parfum pomme de terre ! Poireau ! Alors qu’au final, les gens, ceux qui lèchent, ils préfèrent caramel au beurre salé…

Bref, les glaciers ont voulu tout de même redresser la barre de l’éducation, ils ont donné des petites cuillères en plastique. N’empêche, t’ as toujours le cornet qui te dégouline sur les doigts et la langue qui te sort. Et dans la rue, en plus.

Yvonne - Chroniqueuse
Yvonne - Chroniqueuse

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