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Les menus

carte de menu de restaurantL’autre jour, je suis tombée sur une patrouille. Comme j’étais en Normandie et que ça fleurait bon le débarquement dans tous les musées alentour, je ne me suis pas inquiétée… Sauf que la patrouille, elle était d’escargots.

 

Moi j’ dis, c’est le moment de rendre un vibrant hommage au poète qui sommeille dans tout bon cuisinier digne d’un bon coup de fourchette. Alors j’ai regardé dans mes tiroirs. J’y ai retrouvé des menus de quand on savait vivre. Et qu’on ne se prenait pas pour Marcel Proust.

Par exemple, au tout début du XXe siècle, une poularde s’appelait une poularde. On ajoutait juste des précisions géographiques, faut bien rêver un peu. Alors le saumon était de la Loire, la poularde de tout à l’heure de Bresse, la salade romaine, les soles dieppoises et les bouchées à la Toulouse.

Dans les années soixante, on est simple. Les champignons sont à la crème, les pommes-gaufrettes et la salade de saison. Pour les lieux chics, on met tout de même plein d’adjectifs. Y a ma grand-tante Simone, celle qu’avait épousé un Américain, eh ben lorsqu’elle a voyagé sur le France, elle s’est régalée, qu’elle m’a dit. "Tu vois ma petite, la salade de concombre, elle s’appelait Doria, les œufs brouillés, c’était Balzac, la langouste baignait dans la sauce Vincent…je peux te dire que ça change touuuuuuuut !" Moi j’ dis, un concombre c’est un concombre : tu peux lui donner tous les petits noms que tu veux, s’il est pas bon, il est pas bon ; c’est pas vrai ça ?!

 

Bref, Dans les années deux mille, pas de chichi de croisière. Chez Chartier, à Paris, t’as des carottes râpées au citron, de la salade de chou rouge et du steak pommes frites. J’ dis Paris, mais par chez nous, c’est pas compliqué non plus. Tu te manges le kig ha farz, une sacrée bonne potée, tu te gloutonnes du far et tu fais passer le tout avec du cidre. Et si t’as encore un creux, tu peux gober deux ou trois crêpes. Pour les galettes que ma nièce mange en crêperie, j’ai comme qui dirait des réticences. Car si la crêpière est bonne, elle n’est pas nécessairement amie de la littérature. Qui n’a pas vu, noté en italique, véritable galette de blé noir à la créole, voire Chabichou ou Napolitaine ? Tout ça pour dire qu’on y a collé de l’ananas, du fromage de chèvre ou de la tomate et de l’origan. Vaut peut-être mieux l’efficacité du beurre-sucre, d’une caramel ou d’une Nutella. Là au moins, on sait ce qu’on mange. Et franchement, je préfère avoir une bonne crêpe dans l’estomac qu’un alexandrin. J’ me comprends.

Yvonne - Chroniqueuse
Yvonne - Chroniqueuse

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