À Saint-Herblain, en Loire-Atlantique, ça se fait, nous prévient le journal, dans un espace intérieur de 20 m², entre trois écrans "panoramiques". Chacun reçoit un tiers d'image de terrain de golf, du départ entre les arbres jusqu'au tas de sable, en passant par un saut de rivière et d'autres obstacles complètement irréels. Je lis que sans bouger de ce coin de carré intérieur, on peut se faire un des parcours cultes de la planète, un dix-huit trous à Abou Dhabi, autant à Peeble Beach, en Espagne, voire au mythique Saint-Andrews en Écosse, le berceau, là où le Royal & Ancient Golf Club a établi en 1754 les règles qui engloutissent des balles au pied d'un fanion.
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Les promoteurs de ce jeu pour faire semblant entre trois écrans assurent qu'on peut, sans sortir de la pièce, jouer sur des paramètres météo et convoquer une pluie fine pour faire plus authentiquement écossais, ou prendre un coup de soleil virtuel sur le nez pour se croire sous des cieux ibériques. Franchement, c'est Prométhée qui se met à taper des balles, ou quoi ? On déplore le bouleversement du climat planétaire et on voudrait en maîtriser les humeurs à coup de swing, le tout en chambre. Jusqu'où tout cela s'arrêtera-t-il ?
Pire, cette prolifération des trous, même virtuels, sur un territoire aussi exigu, vingt petits mètres carrés, devrait grandement nous préoccuper. Supposons qu'à force de jeter des petites balles imaginaires dans des orifices inexistants, on finisse par percer l'écorce terrestre. Juste un petit, une brèche, une ouverture... Soit le centre de la Terre est creux, comme l'avançait Jules Verne dans son Voyage au centre, et le risque est grand de voir le ballon de baudruche terrestre se vider, lâchant un genre de pet lent qui réduirait notre planète à une chiffe molle, bousculant les Chinois, les Zapotèques, les Maoris et les Lapons dans les replis d'une Terre rabougrie. C'est un réel danger ; soit le petit trou béant va éructer des torrents de feu et de lave. En flammes, les trois écrans panoramiques, les clubs tordus par la chaleur, les balles absorbées par le magma, et les caisses enregistreuses des restaurants de la zone commerciale envahies de fumerolles. Déjà que dans certaines arrière-cuisines, ça fumerole dur...
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Elle serait effacée illico, la fausse vitesse du faux vent qui s'affiche sur l'appareillage électronique qui accompagne ce simulateur. Ceux qui vantent cet équipement annoncent que ça évite de marcher des kilomètres pour rallier ces dix-huit trous. Inutile, désormais, de remettre les mottes de gazon arrachées par un coup de club malencontreux. Le gazon n'existe plus. Il est numérique. C'est le progrès.
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Cette prolifération de situations virtuelles est un véritable fléau. Je vais finir, mon cher Tartempion, par t'interpeller virtuellement, avec un simulateur de rédaction de lettres de protestation, en réglant les paramètres de l'indignation au plus haut du curseur, en poussant la demande d'intervention de ta part sur le critère "haute importance". Et ni moi ni le simulateur ne t'enverrons rien du tout. Quant à toi, tu devras scrupuleusement faire en sorte de ne pas répondre à ce que je ne t'aurai soigneusement pas envoyé, en feignant un niveau d'intérêt élevé. Feignant, ça tombe bien. Où va le monde ? Jadis, les simulateurs, on les envoyait au cachot, à l'asile, en forteresse quand l'armée les prenait en flagrant délit. Ils ont désormais droit de cité. On célèbre les virtuoses de la virtualité, les spécialistes du faux-semblant. Fais quelque chose. Je ne sais pas, fais au moins semblant de défendre les vrais semblants.



Cher Tartempion,


















