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Faut ce qui faux

La lettre à Tartempion - Marée noire - Terri(s)toiresCher Tartempion,

Et voilà que ça recommence, les rochers tartinés de pétrole gluant, le ressac alourdi de nappes noirâtres, les vagues molles et sombres, les plages souillées en profondeur, les puces de mer engluées, le goudron et les plumes pour les goélands… toujours les mêmes images de marée noire.

Toi qui es haut placé, fais quelque chose. Tu ne peux pas rester comme ça sans protester. D'autant que cet épisode s'ajoute à la longue série. La liste pourrait passer pour une collection de millésimes bretons : Torrey Canyon (1967), Boehlen (1976), Olympic Bravery (1976), Amoco Cadiz (1978), Gino (1979), Tanio (1980), Erika (1999). Et cette fois ?

 

Cette fois, quel nom poétique a-t-on trouvé à ce rafiot de malheur ? Curieux, d'ailleurs, rien n'est divulgué au public. Jonathan Livingstone aux goélands absents. Aucun nom de pétrolier, aucune image, aucun rescapé, pas de photo survolant la zone salopée de fioul gras, pas de film de la poupe basculant dans une mare de bitume fluide. On en viendrait à soupçonner un sous-marin étranger, des militaires marchant au fond de l'eau, les hommes-grenouilles des services secrets veillant auprès d'eux, la tête camouflée dans un feuillage de goémon.

Les médias n'ont donné aucun nom, mais premar-atlantique, le site internet de la préfecture maritime, a vendu la mèche : c'est le pétrolier Guyenne, 166 mètres de long, battant pavillon français, qui s'est fait emplafonner en mer par un porte-container panaméen, le MSC Térésa, 360 mètres de long. Le pétrolier a coulé vers 17 h. C'était un mercredi, à la mi-juin, au large de Groix, devant Lorient. Une opération Polmar grandeur nature qui porte bien son nom, vu que la nature, elle en prend justement un coup.

Mais finalement, pas du tout. Cette histoire, les noms des bateaux, les circonstances, tout ça, c'est du toc, un jeu de rôles, de la pure simulation, une basse manœuvre pour entraîner les secours. "Bien que les messages radio révèlent un navire en détresse, sur zone, rien n'est observable", explique premar-atlantique.gouv.fr. "Ce n'est en réalité qu'un exercice pour tester les capacités de réaction, de coordination et de travail en commun des différents services de l'État devant un tel événement. Le VN Partisan et le BSAD Argonaute jouent les rôles des deux bâtiments. La pollution est simulée par un largage à partir du BSAD Argonaute de balles de riz."

 

L'Argonaute, bâtiment de soutien, d'assistance et de dépollution de la marine nationale, O.K. Mais le VN Partisan est plus suspect. Ce serait un remorqueur racheté en Hollande, loué par la Royale pour faire semblant lors d'exercices de défense contre des faux pirates, de fouilles de bateaux pour du beurre, d'assaut comme en vrai sur un navire, d'entraînements à l'appontage d'hélicoptère pour arraisonner des ennemis voguant sur l'eau. Le personnel de la compagnie qui assure ces prestations simule "des miliciens, des narcotrafiquants, des pirates, des migrants ou même des journalistes, à terre comme en mer". Voilà que les journalistes et les pauvres bougres qui fuient la misère de leur pays sont classés aussi dangereux que des professionnels de la coke !

 

Nous vivons une époque fort menteuse. Tout est faux, autour de nous. Les faux jetons se perdent en faux-fuyants. Les faux témoins font faux-bonds. Les spin doctors déclassés enseignent le mentir vrai dans les écoles de communication. Les faux-bourdons n'apportent pas de fausses joies. Les faux en écriture laissent les faux-monnayeurs en porte-à-faux. Le storytelling a envahi la politique. Les faux-cols hésitent entre l'amidon et le houblon. L'intox est devenue une vertu de toute gouvernance qui se respecte. Le faux-filet fait douter du bœuf et du boucher. L'étalage de faux-frais vire vite à la fausse note. Les faux sont bien aiguisés, les foins et les mourants n'ont qu'à bien se tenir. Et sans faux-semblants s'il vous plaît…

Cher Tartempion, je compte sur toi pour rétablir la vérité, ou au moins annoncer un truc vrai. Juste un. Et si tu n'as pas ça sous la main, une simulation fera l'affaire. Mais attention, une vraie simulation.

Nicolas de La Casinière - Journaliste
Nicolas de La Casinière - Journaliste

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