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La techno veut se faire entendre

La lettre à tartempion - les sénateursCher Tartempion,

Il y a des moments, comme ça, où il y a des choses qui se passent. Et j'ai bien l'impression qu'on est précisément à cet instant-là. Si je dis ça, c'est sous couvert des événements, ça va sans dire. Ça peut te paraître incroyable, mais il y a en France des gens que l'on met à l'écart. Et si je te parle de la France, c'est bien de celle d'aujourd'hui, pas celle d'Henri IV, ni de Maurras ou de Sacha Guitry. Ça se passe aujourd'hui, à cinq minutes de la nationale en passant par Cerans-Foulletourte, dans la Sarthe.

Et c'est pareil, si on regarde du côté de Guilligomarc'h, Finistère. L'ostracisme est à l'œuvre, les gendarmes veillent, les sourcils froncés, et les braves gens approuvent sans sourciller : la musique techno est régulièrement mise à l'index, croulant sous les tracasseries, en butte aux interdictions, subissant les contrôles tatillons. Un peu plus, on l'empêcherait de se faire entendre en diffusant Mozart à fond en rase campagne pour couvrir le niveau sonore des infra basses. Et quand ces teuffeurs installent leur matériel, ou quand ils demandent une salle à louer, on les attend le tromblon bourré de chevrotine.

Au point que certains organisateurs de ces concerts, écœurés, finissent pas jeter l'éponge. Des jours plus tard, on retrouvera l'éponge qui bouge encore, secouée de convulsions que les spécialistes auront estimées à environ 145 bpm. Je te parle des battements par minute, le tempo de la techno, pas de bingo à parachute mordoré, soyons bien clairs. Les technophiles déprimés, la presse s'en est fait écho. Toujours relégués à l'extérieur des villes. Accueillis avec hostilité par les riverains grognons, les autorités revêches, les mairies qui font de la résistance, les gens d'armes qui patrouillent, les gardes champêtres qui les envoient paître, les chiens méchants qui n'attendent pas que la caravane passe pour aboyer. Seuls les poissons rouges sont tout ouïes. Tous les autres se montrent très scrogneugneu.

Je ne te parle pas des qualités esthétiques de cette partition qui fait boum boum. Rappelle-toi qu'on a dit la même chose de la musique d'Elvis Presley : musique de sauvages, instrument de perversion de la jeunesse, pacte avec le diable, antichambre des messes noires et encouragement à mâcher du chewing-gum. Aujourd'hui, c'est une musique qu'on entend dans les supermarchés.

Pour la techno, franchement je ne comprends pas. Si on l’étudie dans les collèges, c'est que ça ne doit pas être très nocif. C'est pratiquement en vente libre dans les cours de récré, et il y a même des clubs robotiques et des sorties de classe de domotique. Quant à notre quotidien, il est orchestré par des technocrates. Il n'y a pas besoin d'avoir fait Polytechnique pour savoir ça. C'est connu. Partout, on convoque des experts, des techniciens, des spécialistes. C'est l'évidence, la technostructure structure nos vies de tous les jours, et même sans doute la nuit, mais moi je dors, je ne m'en occupe pas.

À tout bout de champ, on cherche des noises à la musique techno. Ses partisans se sont pourtant formés au dialogue avec les pouvoirs publics, à la logistique, à la sécurité. Sur le terrain, ils ont pris des assurances, se sont engagés à la mettre en veilleuse. Rien n'y fait. 20 ans après son apparition, le mouvement techno se désespère, toujours mal vu, jamais reconnu. Du coup, la gentille association montée pour arrondir les angles déclare forfait. Les organisateurs de concerts techno en ont gros sur la patate. Ils l'ont dit dans le journal. Retour au bon vieux rapport de forces. "La médiation, c'est fini ! On veut bien être gentils, mais pas stupides. Cette fois, on a décidé de se défendre", préviennent-ils. Il paraît même qu'ils vont se saisir de l'occasion des présidentielles pour faire du bruit. Et attention, le bruit, chez eux, c'est pas du buzz en sourdine. Alors vois-tu, ma demande est simple. Toi qui as tes entrées chez les candidats, demande-leur d'être à l'écoute. Si jamais ils persistent à faire la sourde oreille, les sound systems vont certainement monter le son. Et si ça devient systématique, les médias ne pourront pas faire silence radio.

Nicolas de La Casinière - Journaliste
Nicolas de La Casinière - Journaliste

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