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Accueil Chroniques La lettre à Tartempion Les blaireaux sont fatigués

Les blaireaux sont fatigués

la lettre à Tartempion - blaireaux

Cher Tartempion,

Je ne voudrais pas t'importuner avec des billevesées. Mais là, si je me permets, c'est que l'heure est grave. Il faut un sursaut citoyen pour un combat important qui nous concerne tous, Français, gens de l'Ouest et de Navarre et poissons-chats. Non en fait, pas les poissons-chats. Bien que… Parce que vois-tu mon cher Tartempion, il faut ab-so-lu-ment que tu intercèdes pour une réhabilitation tous azimuts des blaireaux. On les prend pour des nullards, une bande de ringards, des moins que pas grand-chose, des pauvres types, presque des pauv' cons, si cette expression n'était désormais frappée d'un passif historique, marque déposée à l'Élysée, usage "copyrighté", et je ne sais encore rien des produits dérivés.

Le blaireau, lui, n'est pas con. À la campagne, on l'appelle le "bourru des bois". À la ville, on le voit dans les vieux Walt Disney, à moins qu'on ne l'invite quand il y a pénurie de cons – ça arrive, parfois sans qu'on s'y attende – et qu'on a justement un dîner de cons sur le feu. C'est très injuste et anormalement dépréciant pour les blaireaux. Si le blaireau est un être iniquement décrié, il faut intervenir. C'est sans doute plus facile que d'entreprendre la réhabilitation de prénoms injustement passés en désuétude, je pense à Adolf et Benito, par exemple. Il se pourrait bien que Zine El Abindine, Hosni et Muammar soient aussi un tantinet mal vus à donner par les temps qui naissent. Mais le blaireau, lui, persiste, précédé de sa réputation, et pourtant, il n'a aucunement bafoué les droits de l'Homme. Les barbiers l'ont toujours bien considéré, même s'ils l'ont fait travailler à poil toute sa vie. Bernard Hinault n'a pas non plus sali sa réputation. Le surnom lui allait bien et ne l'a pas empêché de tracer. Alors pourquoi tant de mépris contre les blaireaux ?

Une exposition* courageuse prend cette renommée à rebrousse-poil, retrace sa vie, son œuvre, en Mayenne. On y apprend que le blaireau européen, alias meles meles chez les blaireaulogues latinisants, appelé dans certaines contrées taisson – le terme provient du gaulois tasgo –, est le plus mahousse des mustélidés d'Europe. Oui je sais, je t'écris une missive, pas une encyclopédie. Ses bandes noires sur le museau ne le font pas courir plus vite. Il est modeste. Dans les années soixante-dix, on a gazé ses terriers sous prétexte de lutter contre la rage. Ça aurait pu l'enrager. Non, il n'a rien dit. Preuve que le blaireau est placide. C'est une qualité, de nos jours. À trop tomber sur le poil de gens assimilés aux pires des imbéciles, on ne risque qu'une chose, que les blaireaux se terrent et que les cons reprennent du poil de la bête. Juste avant des élections, c'est dangereux.

 

* "Espèce de Blaireau ! " au centre initiation nature, Bois L'Huisserie, à Laval, jusqu'au 18 mars

Nicolas de La Casinière - Journaliste
Nicolas de La Casinière - Journaliste

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