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Je te le dis, cher Tartempion, on ne peut rester indifférent à la mutation de ce fleuron du patrimoine de l'humanité croquante. La crème mondiale de la recherche en arboriculture était dernièrement à Angers, au cœur du verger dominant la production française. Le colloque s'inscrit dans le cadre du programme européen Fruits Breedomics. Pas rassurant, ce nom-là .
Entre ces sommités, je serais tenté de dire, ces pommités, il a été question de sélection moléculaire et de génétique. Mené par des Italiens, un consortium international de chercheurs auquel participent les Angevins de l'INRA a réalisé l'été dernier le séquençage du génome de l'arbre à pommes : à savoir 17 paires de chromosomes, 740 millions de paires de bases, plus de 50 000 gènes identifiés. Tout ça dans une pomme. Et du même coup, l'ADN du crumble se trouve illico repéré, le génome de la tarte Tatin n'a plus de secret pour personne.
Il paraît que de nombreux vergers vont en récolter les fruits. Et là , ça fait peur. Parce que dès qu'on connaît le secret de l'identité de l'arbre à pommes, on a pensé à la trafiquer. La sélection assistée par marqueur moléculaire est venue au secours des apprentis sorciers qui n'ont qu'un objectif, rendre les pommes plus résistantes aux maladies, et puisqu'il faut faire bonne figure, améliorer le goût d'icelles. La gustativité, diront les jargonneurs qui parlent aussi de "jutosité" et de "non-farinosité". Je n'invente rien.
La pomme, ça a l'air si simple, frais, franc, sans chichi. Il va falloir revoir nos a priori. On a déjà la pomme de terre OGM. Pourquoi pas la pomme d'air génétiquement traficotée ? En fait, c'est déjà parti. À l'automne dernier, une entreprise canadienne de biotech a demandé aux États-Unis d’approuver une pomme anti-oxydante génétiquement modifiée : sa chair ne brunit pas à l'air après avoir été découpée. Les petits malins entrevoient un marché florissant pour stimuler les ventes des pommes pour les snacks, les salades et autres portions de fast food. Pour l'instant, les Yankees ont dit non, mais des producteurs canadiens de Colombie britannique ont déjà adopté cette pomme que l'air ne flétrit pas. La pomme farineuse mais blanche a de faramineuses perspectives.
Il y a de quoi être inquiet, on aura peut-être bientôt des pommes avec des vrais morceaux de vrais fruits dedans. À moins qu'on ne se retrouve avec des pommes ionisées, extrudées, centrifugées et rebuildées, sans sucre ajouté, nanotechnologisées, allégées en matières grasses, enrichies aux Oméga 3, sans raticide ni calories d'appoint, avec des apports de glucose-fructose, ou fournies avec des recharges de vitamine C. Et peut-être bien avec du mercure bio. Au moins, on pourra s'en servir de thermomètre.



Cher Tartempion,


















