Toujours question sièges, il est prévu, par avion, 40 allers-retours depuis Paris jusqu'à ma circonscription, et l'inverse. Je dis "ma", j'anticipe, mais bon, je compte sur toi. Ah ! tiens, je suis prêt à tester les aéroplanes électriques, ou qui volent avec la houle des vagues, si ça peut donner une caution développement durable. Tu vois comme je suis moderne et arrangeant. Pour le reste, mon âge est parfait, mon appétit féroce et je ne fais qu'une demi-heure de sieste par jour. Je suis donc ce qu'on appelle un modéré profilé, pour le poste.
Un bouquin a dit que les sénateurs sont les superprivilégiés de la République. Pour tout dire, ça me va. Je suis républicain quand il le faut, et j'ai tous les disques de Didier Super, ce qui m'accorde sans doute une longueur d'avance. Quant à la rémunération de 11 000 et quelques euros, émoluments corrigés des variations saisonnières, je m'en accommoderais. La commode du salon fera l'affaire. Je pense mettre les billets sous la boîte du Scrabble. Il paraît que des 11 000, la moitié sert pour les frais professionnels, les collaborateurs, leurs menus frais salariaux, le sandwich du midi. Mais si je fais équipe avec Neunœil et le Grand Momo du café de Sportsmen, on va s'arranger avec une tournée générale par-ci par-là . Ça n'ira pas au-delà . Quant à la prime informatique de 1 000 € par mois, je ne sais pas encore, je n'ai pas vraiment prévu d'ouvrir un magasin d'informatique lors de ma retraite.
J'ai cru comprendre qu'un mandat de six ans de sénateur donne droit à une pension de 1 869 €, ce qui personnellement me paraît trop. Peut-être qu'en ne restant que quatre ans, je me calerais sur la moyenne des salariés français après 40 ans de cotisation, autour de 1 500 euros. Ou alors un temps partiel, mais il paraît que certains ont déjà adopté ce rythme. Le prêt d'accession à la propriété, au taux imbattable de 2 %, est-ce qu'on pourrait en faire profiter les proches ? Ça, tu sais, c'est mon côté altruiste de comptoir. Parce que Neunœil m'en a parlé à l'apéro, vendredi, il voudrait bien acheter la cabane du fond du jardin de Pierrot. Pour mettre sa binette, sa brouette et quelques canettes, ça l'arrangerait.
Mais si jamais les bouleversements récents rendaient plus compliqué le petit geste que je sollicite auprès de toi, sache que je suis prêt aussi à venir faire le ménage au Sénat. Quand on discute, au café, on s'embrouille parfois un peu, et quand on me demande de balayer devant la porte, je le fais toujours. Ah ! oui, j'oubliais. Le Grand Momo qui lit ce que j'écris au-dessus de mon épaule ne se contente pas de me vider lentement la fin de son verre de Bourgueil sur le plastron - d'ailleurs il y a un peu de gravelle, c'est curieux - il me demande de rajouter que lui aussi, il postule pour passer le balai. À deux, on ferait du bon boulot. Mais attention, pas de méprise, aucune intention maligne derrière ce coup de balai, aucune connotation politique à notre requête : nous respectons le pouvoir des urnes. Mais en fait, si c'est possible, on préférerait sénateur à balayeur. Question de standing au café de Sportsmen.



Très cher Tartempion,


















