Café-théâtre ( d'après le récit d'un taulier de bar)

Café-théâtre "Autrefois, je considérais que chaque original était un malade et un anormal. Mais à présent, je considère que l'état normal d'un homme est d'être un original"

L'oncle Vania

Anton Pavlovitch Tchekhov

 

Un chien qui aboie comme un homme ne ressemble pas à un homme qui parle comme un chien.

Elle l'a choisi pour ça, à la SPA, il avait la même voix que "Bunny". Tous les jours, elle s'assoit en terrasse et l'écoute aboyer pendant des heures. Bunny aussi parlait tout le temps d'un ton monocorde et sur un flow à la Mr slow flow ou Styles P des rappeurs ankylosés. Ce chien repousse les limites du tempo, il aboie au fond du fond du temps.

Joy entre, il est 10 h. Il commande un café, un autre, puis un troisième. Il en boira 26 comme ça, et partira dans une danse épileptique. Ici, on l'appelle Joy parce qu'il bouge comme Ian Curtis de Joy Division.

L'anguille tente encore de rentrer sa mobylette dans le bar, Jacques prend un air sévère et lui fait signe de faire demi-tour, ce qu'il fait en claquant la porte de colère. "Il va finir par me bousiller la porte, ce con", se dit Jacques en ouvrant à Mamy qui a des pinces à linge dans les cheveux, aujourd'hui.

Mamy, c'est l'érudite du quartier, elle explique que ses pinces à linge sont un hommage à Claes Oldenburg qui a planté la sienne au Center Square Plaza de Philadelphie. Une œuvre de plus de 13 m de haut ! Demain, elle viendra grimée en Brad Pitt en hommage cette fois à Yasumasa Morimura. "Morimoura, Morimoura pas, nous on a soif !", balance une voix du fond du bar. Mamy sourit. Elle  a une mission : faire découvrir aux couillons ignorants les artistes majeurs, bref tous ceux qui ont plus de 18 ans.

 

Les rues commencent à se vider, le colonel ne va pas tarder. Le Basque s'agite au comptoir, il est pressé, ce soir, et ça le chagrine de savoir qu'il ne finira pas sa bouteille. Il relève son béret et saisit sa tronçonneuse. Tout le monde s'y attend, mais personne ne s'y habitue vraiment. Il a beau la trimbaler tout le temps comme un baise-en-ville, ça reste une tronçonneuse. Il demande si quelqu'un a besoin de lui. Personne, alors il reviendra demain.

 

Bunny est déjà loin, et pourtant ses aboiements sont toujours là comme un sale acouphène.

Le colonel sera le dernier client, comme chaque soir. C'est important pour lui. Le colonel boit seul, en général. Jacques ferme enfin son bar. Il allume la télévision, se sert un thé, fait sa caisse, prépare sa commande pour demain, réchauffe des pâtes et passe un coup de fil à sa mère.

23 h, il enfile une robe, ajuste sa perruque, et sort.

Zit - Chroniqueur
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