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    Le chapelier

    Le chapelier Le chapelier - © Zit

    Ce matin, le ciel est si bas qu'on peut le tondre. Mon voisin en profite pour disloquer quelques stratus opacus avant de les jeter dans la benne flambant neuve des déchets flous. On y trouve quelques idées confuses, d'autres plus légères, des projets en suspens, de vieilles brumes d'Avalon et un post-it avec cette phrase: "T'as de beaux yeux, tu sais".

     

    On ne verra pas le soleil aujourd'hui, c'est une nouvelle nuit qui s'est levée.

    Tout le monde le sait au village, lorsque deux nuits se succèdent, il répond. Il ne prendra qu'un appel, qu'un rendez-vous. Ici on donnerait un ticket gagnant du Loto pour ce rendez-vous. Ce matin, comme tout le monde, j'ai essayé, j'ai composé le numéro qu'on connaît par coeur avant de savoir parler et… Il a décroché. "Venez me voir à 11 h 04, n'arrivez pas à 11 h 03, c'est incorrect, et à 11 h 05 ma porte sera fermée". Le chapelier a ses codes, mais comme tout le monde, je connais ses repères temporels. 09 h 08, Mr Jansien sort pour vérifier qu'il a bien fermé sa voiture à clé, il n'a pas de voiture mais il a un bel Alzheimer. 9 h 37, M. Minaud sort de chez lui en robe de chambre et ouvre sa boîte aux lettres. Comme d'habitude, elle est vide, comme d'habitude, le facteur passera vers midi. 10 h 24, Mme Lefort sort vêtue de noir pour aller chercher son pain, elle croisera Mme Conrade qui la retardera et rentrera à 11 h 04 au lieu de 10 h 56.

     

    11 h 04, c'est là que je frappe à la porte du chapelier. "On passe son temps à l'organiser, plus on croit le maîtriser, plus il nous échappe". Les rencontres avec le chapelier commencent toujours par une grande phrase plus ou moins bien sentie.

    On n'achète rien chez le chapelier, ses chapeaux ne sont pas à vendre, ils sont à écouter. Chacun a son histoire, et en fonction de son humeur il ouvre une boîte et le voyage commence. Il me dit que ce sera cette boîte en s'excusant presque de ne pas en sortir des anecdotes fabuleuses. L'histoire de mon chapeau est simple, il est né de l'autre côté de l'Atlantique, confectionné par un artisan italien immigré à New-York. Un feutre noir, copie du Fedora de Giuseppe Borsalino au sort étonnant. "Je ne peux le garder plus longtemps", dit le chapelier, "ce chapeau fait le tour du monde".

    Avant de fermer sa boutique à New York, Agapito offrit ses dernières créations à quelques amis. Ce feutre faisait partie du lot. Il fut perdu presque aussitôt, puis trouvé par quelqu'un qui l'offrit à nouveau, et ainsi de suite pendant près de cent ans. C'est un chapeau qu'on ne possède pas, un chapeau qu'on offre ou que l'on perd. Le chapelier le trouva sur un marché du sud de la France. C'est le vendeur qui lui raconta cette histoire, plus facile à vendre que le chapeau lui-même, sans savoir qu'elle était vraie.

    Le chapelier pose le feutre sur ma tête ; je sais que personne n'est jamais ressorti de cette boutique avec un chapeau, mais je sais aussi que je ne peux pas le garder.

    Je marche sous une pluie de nacre, Sorrento, Mar del Plata, Buenos Aires, Piura, Jericho, Little Italy, on fête la San Gennaro, Machucando, cette mélodie joyeuse arrachée aux larmes du Choro, Carinhoso, c'est tout le Brésil qui chante.

    Ce soir je porterai ce chapeau pour aller jouer et il partira sur la tête d'une femme que je ne reverrai jamais.

    Zit - Chroniqueur
    Zit - Chroniqueur

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