Mon film avec Jean Rochefort

Lorsque Zit rencontre Jean RochefortJ'étais parti pour faire la tournée des grands ducs. Une dernière nuit parisienne avant de disparaître. J'avais tout prévu, jusqu'à la lettre dans un taxi faisant croire à un suicide, et salut l'artiste. Changer d'identité et renaître au bout du monde. Fini le petit horloger de Saint-Paul, fini les malheurs d'Alfred. Alfred ! Quel prénom ridicule. À Holetown, on m'appellera Cartouche et je serai le mari de la coiffeuse du quartier Saint-James. Parfois l'œuf n'est pas pondu au bon endroit et j'avais les Barbades dans les veines. J'allais tout de même prendre le temps de mourir dans des funérailles aussi majestueuses que décadentes. Une ultime nuit follement branchée avant le calme des Caraïbes.

Il me bouscula à l'angle de la rue Lepic. Je n'étais pas préparé à une telle rencontre et je fus tétanisé. Le choc m'avait changé en satellite, irrésistiblement attiré par le magnétisme de cet extra-terrestre. Ne jouez pas avec les Martiens, ils sont plus forts que vous... À cet instant, j'ai perdu le fil de mon existence et fus projeté à vingt mille lieues sur la terre. Il m'invita au filage de sa dernière pièce, me présenta des amis, des comédiens, la nuit fut longue et lumineuse. Je lui confiai que j'avais l'intention de disparaître, il me répondit : "nous irons tous au paradis, moi je suis né à Dinan, je ne serai pas trop dépaysé !"

Au petit matin, je ne pensais plus qu'à Holetown. Allez ! Courage fuyons... En fouillant mes poches, je tombai sur un numéro de téléphone précédé des initiales J.R. Je n'avais pas rêvé, j'avais bien passé la nuit avec Jean Rochefort. Jean Rochefort, La coiffeuse, Holetown, le fantôme de la liberté. J'appelle. "Oui ?" C'était un "oui" céleste, plein, plein de moustache. Notre amitié était née. Ça s'est passé comme ça, simplement, à quelques détails près. Ce n'était pas la rue Lepic mais plutôt la rue Durantin et ses amis l'appellent Aymé Berthelot, mais moi je l'appelle Jean, Jean Rochefort.

Zit - Chroniqueur
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