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    Paimblotin, Melunais et les 36 000 frangins

    André MinvielleJ'ai rêvé ma ville de deux mains. Une main invisible pour l'économie : ici comme ailleurs, l'argent est roi. Mais dans ma ville, régie par un système organique multiple et confus, où l'on change de roi et de monnaie tous les jours, l'argent n'a pas le temps de monter à la tête, les rois n'ont pas le temps d'être rois… Pas de quoi nous rendre scherzo !

    Une main invisible pour l'économie, donc, et une Mainvielle pour la musique : "Ainsi va la vie d'ici, la vie est là d'ici-bas, elle débat et batt'rie les premiers pas dansés al ban des écoliers, balancés dans l'air sans en avoir l'air, saoulés dans le temps aux folles nuits d'abus du soufflet qui s'étire et rit , c'est bon, c'est l' ton du blues".

    Ma ville inspire tout sauf de l'indifférence. Elle est pensée comme un standard de jazz reposant sur une structure classique AABA*. Le thème : ma ville, qui peut s'interpréter à l'infini, constitue le A. Le B est ailleurs, jusqu'à un pont** qui permet de revenir au A. Une fois cette structure établie, chacun peut improviser son quartier, le tout est que cela reste cadré, respectant le rythme et les règles harmoniques.

    Dans ma ville, on circule à pied ou en métronome. Le quartet est une “deux fois deux” voix réservée aux plus pressés. La population profite de cet espace peu emprunté pour y stocker des bouts de mélodies irréparables dans lesquelles chacun peut puiser. Si personne ne se presse vraiment, c'est qu'au-delà du Smic, les gens reçoivent du temps, créant ainsi la première société de stakhanovistes oisifs.

    Les habitants de ma ville flânent dans les nombreux jardins d'où l'on peut admirer les rues suspendues qui se superposent dans les airs jusqu'au contre-si. Au-delà, tout est hors de portée. À chaque carrefour, des distributeurs proposent des huiles essentielles de blues, des parfums de colère ou des infusions de tourmente pour aider les compositeurs peu inspirés à donner un peu d'épaisseur à leurs œuvres.

    Les jeunes s'embrassent sous le pont des Soupirs, mais ça ne dure qu'un temps. On compose sur la place Appassionato qui vit jour et nuit. Des quintes mineures cherchent l'accord parfait en triturant les modes. Une quarte diminuée passe en boitant. On prend des nouvelles du vieil Anatole encore au violon. Celui-ci mourra victime d'un bal perdu. Dans les cafés, on parle de l'arrogance des cordes, du bavardage des cuivres, de la lourdeur des percussions ; on s'engueule et on joue.

    À la périphérie, les prises de bec sont fréquentes et si tout peut valser en quelques secondes, c'est qu'ici, “même les mémés aiment la castagne”. On croise parfois des triades, mafia locale qui contrôle le jeu. La tierce est une course très populaire, on joue aussi à la quarte +, course réservée aux initiés et chère à Bela Bartok. Certains quartiers fourmillent et sont assourdissants, d'autres aspirent au calme et à la méditation, de la tour inachevée de Coltrane au palais grandiose d'Ellington.

    Ailleurs, tout est permis. C'est grâce à l'architecte Pierre Dac qu'on peut aller "du côté d'ailleurs" avec sa capitale Autrelieu. Là, plus de règles harmoniques, plus de rythme imposé, de l'autre côté du pont, tout est complètement libre. Certains n'iront jamais, d'autres s'y perdront.

    J'ai rêvé ma ville de deux mains et c'est pas du bidon, “bidon, bidon ville” ; c'est pas de l'agglo, c'est du solide, elle tient le pavé, ma ville, commune évidence. Elle est balèze, mais pas mégalo. On la dit bien urbaine avec un père qu'on appelle maire et des enfants qu'on appelle Paimblotin, Melunais et les 36 000 frangins. J'ai rêvé ma ville de deux mains : ouverte et libre. Un bémol, peut-être, et ce serait une ville en Fa.

    * Voir ce que veut dire AABA en jazz

    ** Le Pont ou bridge ou デッキest un passage entre deux sections d'une œuvre.

     

    Zit - Chroniqueur
    Zit - Chroniqueur

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