Tu veux du sucre avec tes fraises ?

Mamie sucre les fraises- J'ai une bonne nouvelle, Mamie, la famille va s'agrandir.

- C'est le 11 novembre, ton Papy va revenir. Il est avec ses copains médaillés. Tu parles d'une équipe, ils vont se battre toute la journée contre des pâtés en croûte et c'est même pas sûr qu'ils gagnent.

 

- La famille va s'agrandir, Mamie…

- Passe-moi mes lunettes, ma cocotte.

- Je suis si heureuse.

- C'est bien, et ça au moins ça coûte pas cher. Tu es passée chez Mauricette ?

- Non, on ne se voit plus tellement avec les Dagin.

- Les Dagin, tu parles d'une famille ! Quand on pense que le père Dagin avait épousé Louise, la nièce de ma mère ; on l'appelait "la baronne de tronche en biais" parce qu'elle faisait la gueule du matin au soir. Eh ben quand il est mort, on a découvert qu'il avait une fille cachée de 27 ans et qu'il lui avait tout légué. D'un autre côté, la gamine a hérité d'une vieille Panhard et des dettes. Parce qu'il jouait, le père Dagin. Il disait : "J' vais travailler" et il partait au casino.

 

- Mamie ?

 

- Il était beau dans son complet bleu qu'était du dernier cri. Taillé sur mesure par sa mère. Il avait pas le choix, il avait pas de jambes.

- Un peu quand même.

- Du côté des Dagin, ils sont mal foutus, ils sont tout en tronc. Heureusement qu'il a rencontré Louise, ils ont des grandes guiboles, chez les Paron. Par contre, ils sont fragiles des boyaux.

- Mamie je suis enceinte, je vais avoir un bébé.

- Ah bon, à quelle heure ?

- C'est prévu pour l'hiver.

- Faudra des pulls. Elle m'inquiète, Mauricette, l'histoire de son p'tit fils, ça lui a fichu un coup. Il est gentil, le gamin, mais il est stérile, incapable de faire un lardon ! Les jeunes… T'aurais vu ton grand-père, il m'en aurait fait quatre par jour, à la grande époque de la manufacture d'emboutissage de Bagnolet !

- Moi aussi Papi me manque, et Mauricette est grande, tu sais.

- C'est pas comme la petite, qu'est-ce qu'elle est petite !

- Qui ça ?

- La drôlesse de ta sœur ! C'est vrai qu'elle est mignonne, mais des jolis yeux, ça remplit pas les caddies. Les deux autres, ils s'en sortiront, ils ont déjà bouffé la moitié de mes économies, les fi' de garce. Ils sont malins comme des singes, mais ils m'auront pas comme ça, j' suis allée deux fois au Maroc et comme ils disent là-bas: "une poignée d'abeilles vaut mieux qu'un sac de mouches !" J'ai jamais compris c' que ça voulait dire. Bon, passe-moi ma boîte à pilules, il est 19 h ; et mets-moi la Roue de la fortune s'il te plaît. Dis à ta sœur que c'est pas la peine qu'elle passe demain, je sors pas en ce moment à cause de mon genou. Ferme bien derrière toi et embrasse ta mère pour moi.

Zit - Chroniqueur
Zit - Chroniqueur

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