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Accueil À la carte ! Oh nom de lieu ! Bé, petit ou grand format

Bé, petit ou grand format

Oh nom de lieu, Saint-MaloPrenez la lettre B. En minuscule ou majuscule, elle vous sera d’un bien grand secours. C’est d’ailleurs ce qu’a pensé Vauban, lorgnant dessus depuis la plage malouine du même nom (secours, pas Vauban).

Et c’est sans nul doute ce que s’est dit François-René de Chateaubriand en tortillant ses dernières mèches de cheveux, tandis que son coiffeur profitait des boucles coupées par ses soins pour en faire un joli tableau (que l’on peut admirer au musée de Saint-Malo).

Mais comment une lettre peut-elle à la fois plaire à un ardent défenseur de cité et à un écrivain chevelu en quête de forteresse pour son séjour dans l’au-delà ? Eh bien, grâce à une ou deux voyelles de plus, qu’il soit grand ou petit, car c’est bien du Bé dont on parle ici.

Du haut des remparts de la cité corsaire, alors que l’on tente d’apercevoir Dinard derrière la masse nébuleuse, pluvieuse et à la fois venteuse, le Petit Bé sur son rocher, et l’îlot le Grand Bé, que l’on orthographie à l’occasion Petit Bey et Grand Bey, se dévoilent au touriste trempé.

Ce dernier avait prévu de se rendre sur la tombe de Chateaubriand. Il vient d’acheter un kouign amann et se dit que sous la pluie, ce sera super romantique de se prendre un goûter au pied de François-René. Il pourra faire une photo avec son téléphone. Il se dirige donc de la plage de Bon Secours vers le chemin pavé qui mène au monticule tout près.

Le voici sur le Grand Bé ou Bey, nom qui viendrait du mot breton bez signifiant tombeau. Bonne pioche, se dit notre touriste. Il ignore cependant que bé serait aussi la déformation du latin vadum, lui-même changé en vé et ayant pour sens gué. Et là, il aurait mieux fait de lire cette chronique avant son périple…

Vauban, plus finaud, avait déjà mesuré l’intérêt des lieux. Avec l’ingénieur militaire et malouin Siméon Garangeau à l’ouvrage, il décida donc d’en faire des sites de défense de Saint-Malo, entre autres contre l’ennemi de toujours, l’Anglais. C’était au XVIe siècle, et aujourd’hui, il ne reste que quelques vestiges du fort alors en place sur le Grand Bé. En revanche, les British n’ont (presque) plus rien à craindre, dans la ville.

Mais notre touriste, l’œil humide, est face au tombeau du grand homme de lettre. Confronté à la lacune latine. Heureusement, le kouign amann est dense et lorsque la marée montante prend en otage le voyageur en K-way, l’obligeant à de longues heures au cœur de la côte d’Émeraude, il peut méditer sur sa scolarité désastreuse sans craindre la faim.

Pascale Brosseau - Journaliste
Pascale Brosseau - Journaliste

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