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Dans le brouillard ? Piquez un phare !

Les phares de BretagneSans vouloir abonder dans le sens du discours ambiant, il est vrai qu’un certain obscurantisme plane sur notre belle société. Une noirceur qui, naturellement, appelle à la lumière. Or, dans le Grand Ouest, on sait éclairer sa lanterne : la Bretagne peut en effet se targuer de posséder 12 phares, répartis sur neuf lieux et classés monuments historiques. Respect.

Prenez par exemple le phare du Stiff, à Ouessant. C’est le plus ancien, construit en 1695. Le lieu a fortement inspiré son édificateur, le dénommé Vauban qui aimait peut-être pousser la chansonnette entre deux guerres. Car stiff, voyez-vous, vient du breton stiv qui signifie fontaine jaillissante, source. Attendez, on y arrive ! Car stiv, usé et usité à foison du côté de chez nous, se retrouve également sous la forme de Stivell… comme Alan !

 

Mais Sébastien Le Prestre de Vauban, outre ses compétences indéniables en matière de fortifications, et, désormais nous le savons, de chansonnettes, a poursuivi ses érections de phare, remettant le couvert au cap Fréhel. Construit d’après les plans du phare du Stiff, on l’allume en 1702. Puis en 1840, on en construit un second, juste à côté, vu que le premier était en piètre état. Finalement, ce sont les Allemands qui en auront raison, à grand renfort de dynamite, le phare continuant de défier l’envahisseur. Reste donc le dernier phare du cap Fréhel, terminé en 1950. Trois phares sur un même site, ce n’est pas courant… mais peut-être pas le fait du hasard. En effet, le Fréhel du Kab Frehel se traduirait volontiers par "cap des fourches", frec’hel étant l’un des pluriel de forc’h. Et cette fourche-là compte 3 dents, comme autant de pointes que celles observées sur le site.

 

Aussi, pour ne pas déroger à cette règle de trois, un détour s’impose par le magnifique phare d’Eckmühl, dans le Finistère. Un nom à coucher dehors qui n’est pas sans interpeller. En fait, tout vient d’une marquise française qui se targuait d’écriture et de philosophie dans son salon parisien. Adelaïde-Louise d’Eckmühl de Blocqueville est, en ce XIXe siècle, une femme dynamique… et fière de son papa. Alors elle lui dédie des écrits et sème son patronyme à la postérité : et hop, un prix Eckmühl à l’académie des jeux floraux, une salle Eckmühl à Auxerre ainsi que 300 000 francs légués pour la construction du phare… d’Eckmühl ! Résultat, nul n’est censé ignorer aujourd’hui que Louis Nicolas Davout, papa de la marquise, fut prince d’Eckmühl, nom du village bavarois où il mena la bataille en avril 1809.

 

Pascale Brosseau - Journaliste
Pascale Brosseau - Journaliste

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