Cette rue longue comme une artère d’octogénaire, connue des Brestois bourrus et avinés aux touristes perdus et autres VRP à tendance suicidaire (s’ils ne l’étaient pas, ils le sont vite devenus après quelques pas lymphatiques alors qu’ils avaient hésité sur le pont de Recouvrance, vraiment trop haut pour le grand saut, hélas), raconte pourtant une bien belle histoire.
On se permettra donc quelques retours dans le passé, plus exactement au XVIIe siècle. On y ajoutera également un petit écart géographique jusqu’en Thaïlande ; l’Asie, ça plaît toujours aux aventuriers et aux amateurs de restaurants joliment nommés "Saveurs d’Asie". Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est que la Thaïlande ne se fit appeler ainsi qu’en 1939. Avant, et toi lecteur averti, tu l’auras deviné, cette charmante nation se localisait sur une mappemonde dans le simple mot : Siam.
Le royaume de Siam, comme tout éminent royaume, avait à sa tête un souverain. Inutile de s’appesantir sur Sa Majesté Narai, un homme averti et curieux des choses de ce monde. Ce qui importe ici, c’est qu’il manda trois missionnaires dont il faut supposer que leur position était en parfaite adéquation avec celle du souverain. Et en juin 1686, ces derniers débarquèrent dans le port de Brest, pas du tout déprimés (certes le pont tentateur de dépressifs n’existait pas encore), mais au contraire le cœur vaillant, et les bras chargés de cadeaux pour le roi Louis XIV (qui n’était pas à Brest, mais il est recommandé de faire des pauses lors de longs trajets).
Le marin brestois, qui avait bien d’autres tourments, n’en resta pas moins bouche bée devant cette dépense de soieries, d’exotisme bridé et de mots incompréhensibles. Il se redressa donc, lâcha son filet, et perdit son sabot, tant il tordait le cou pour apercevoir le siamesque cortège. Cette curiosité mêlée d’admiration marqua les esprits. À tel point que la rue prit le nom de cet ancien royaume comme si la magnificence des ambassadeurs de Siam ricochait là où ils avaient posé les pieds.
Une histoire qui aurait pu faire les délices du petit Marcel dans une ville où le bon air lui aurait sûrement redonné le teint frais et rosé.
Â





















