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    Bouillants #6 : Arnaud Pérennès, l'artiste rennais à la recherche du coup parfait

    Arnaud Pérennès dans son home studio. Arnaud Pérennès dans son home studio. - © Miguel Templon

    Voilà une nouvelle opportunité de faire un coup, la spécialité de l'artiste Arnaud Pérennès. À l'occasion du festival Bouillants #6, avec qui le musicien-plasticien rennais est en contact depuis deux ans, ce sera au travers d'ateliers avec des 6-12 ans et la conception d'un jeu vidéo maison, le tout en une semaine chrono. Un nouveau défi en forme de Do It Yourself à la sauce numérique, de ceux qui composent le quotidien d'Arnaud Pérennès depuis les années quatre-vingt et ses débuts dans le soundart, cette pratique aux confins de la musique et des arts plastiques.

    Juillet 2013. Arnaud Pérennès fait une découverte qui le laisse sans voix : un logiciel mis au point par le MIT*, Scratch, qui permet d'aborder la programmation et l'animation de jeux vidéo avec les enfants dès 8 ans "C'était un choc, vu le nombre de possibilités que ça ouvrait. Exactement l'outil que je recherchais." La trouvaille tombe à pic : deux mois plus tard, l'artiste rejoint la programmation de Bouillants #6, consacrée au thème du jeu. Sa proposition : faire réaliser un jeu vidéo par des enfants de la MJC du quartier Bréquigny, à Rennes. En une semaine, l'objectif est atteint (voir encadré). ''Un ordinateur ne doit pas uniquement servir à aller sur Facebook, assène l'artiste. On peut être autre chose qu'un simple consommateur. En tout cas, les enfants adorent. C'est bien, on a encore fait un coup."

    Faire un coup, trois mots récurrents dans la bouche d'Arnaud, comme le leitmotiv d'une carrière qui mêle habilement les performances musicales et visuelles : il compose, enregistre des sons aux quatre coins du monde, les travaille en studio, puis les intègre à un environnement visuel. "La musique seule ne me suffit pas, annonce-t-il. On crée davantage son identité en lui ajoutant une dimension plasticienne." Et de citer une poignée de groupes mythiques d'outre-Manche, ces Who, Pink Floyd, Clash et autres Roxy Music, "qui se sont rencontrés en école d'art et ont donné une dimension visuelle à leurs univers musicaux."

    Pourtant, c'est bien dans la musique qu'Arnaud réalise ses premiers pas d'artiste. Né à Saint-Brieuc en 62, il débute le piano à cinq ans, "avec un prof à l'ancienne, très exigeant. Du genre à taper sur les doigts à la moindre fausse note." Vers dix ans, il est marqué par la rythmique de quatre Liverpuldiens dans le vent et leur carton planétaire Hey Jude. Puis, alors qu'il découvre avec bonheur le cinéma d'auteur, l'ado troque le piano pour une guitare basse et met régulièrement la main sur la caméra Super 8 de ses grands-parents. Les fondations sont en place...

    Internet ? De la science-fiction !

    Planète 7, sept univers pour Bouillants #6

    Dans le cadre de son projet pour Bouillants #6, Arnaud s'associe à la MJC du quartier Bréquigny dès la fin 2013. Pendant les vacances d'hiver, Selma, Elouan, Evan, Youenn, Raphaël, Paul et Alexandre, âgés de 6 à 9 ans, dessinent et découpent des formes avant de les placer sur des fonds visuels, enregistrent des voix et se forment à la programmation. En une semaine, leur jeu vidéo est assemblé : sept univers successifs au sein desquels on se déplace selon des principes proches des premiers opus de Mario Bros. "C'était vraiment facile, commente modestement Arnaud. Le jeu vidéo, c'est leur culture. Pendant les enregistrements des voix, c'était bluffant : pas besoin de leur dire de moduler la voix, je les voyais passer des graves aux aigus, du calme à l'énervé, comme s'ils avaient fait ça toute leur vie ! Avec eux, ça marche tout de suite." Pourquoi cela fonctionnerait-il moins avec d'autres ? "On perd un temps fou à justifier notre démarche et son intérêt auprès de l’Éducation nationale. C'est un frein énorme pour la créativité."»

    Animé de cette sensibilité artistique bourgeonnante, Arnaud rallie la capitale au début des années quatre-vingt pour y entamer... des études de droit. "J'étais assez attiré par le journalisme. Mais je suis aussi parti réaliser de la vidéo artistique, du collage numérique. Paris, c'était le terreau idéal pour ça." La fac de droit ne dure qu'un an, le temps de bifurquer vers une formation d'attaché de presse en image et son pendant trois ans. En 83, il met le pied dans la porte d'une société de production : "je voulais faire de la vidéo, mais n'y connaissais rien." Il se marre encore aujourd'hui : "c'est probablement pour cette franchise que le patron a fait de moi son assistant." En parallèle de ses études, Arnaud organise les séances photo et, quand il ne prend pas cinq minutes pour refaire le monde avec Béatrice Dalle et consorts, il parcourt Paris à la recherche d'éléments de décor. "Une époque très intéressante, avec moins de moyens. On ne pouvait pas tout faire chez soi. C'est ce que je dis à la nouvelle génération : même si le XXIe siècle ne semble pas très réjouissant, il recèle de formidables possibilités. À l'époque, un réseau pour communiquer à travers le monde, c'était de la science-fiction!"

    "Les études, c'était surtout une porte de sortie", poursuit Arnaud. Car il a déjà entamé des cours de dessin classique. Il voit dans cette pratique "mille et une manières de s'exprimer, mais surtout l'apprentissage d'une gestion, la capacité à faire monter la sauce, jusqu'à ce sentiment de justesse qui s'impose à toi lorsque c'est terminé. Ce moment où, si tu décides de ne pas t'arrêter, ton projet devient autre chose." Études classiques, pratiques artistiques... "L'envie de produire a pris le dessus : des objets, du texte, du son."

    Esthétique du ratage

    Arnaud Pérennès C'est l'heure du retour en terres bretonnes avec une inscription aux beaux-arts de Rennes à la fin des années quatre-vingt. Pile à l'heure pour assister au débarquement de l'art contemporain dans les couloirs de l'établissement. "Un art qui me convenait parfaitement puisqu'il était ouvert à une multitude de pratiques et offrait la possibilité de retranscrire des préoccupations sociales et politiques, avec humour si besoin." La voie tracée est trop belle pour ne pas s'y engouffrer ; à la sortie des beaux-arts, c'est le temps des premières expos en galeries.

    Avec Local Hero, Arnaud manipule les figures de cartoon Bip-Bip et Coyote. Il met en œuvre ce qui demeurera une marque de fabrique, même après l'arrivée massive des outils numériques : tout, ou presque, commence par du dessin sur papier. Une identité méthodologique prend forme, qu'Arnaud définit comme ''une esthétique du ratage : une expérience du temps dans laquelle on laisse les choses venir vers soi. Même si je conceptualise en amont, le plus fort vient pendant le travail. Le plus fort, c'est l'inattendu."

    L'inattendu, Arnaud le côtoiera souvent sur les routes du monde, qu'il commence à sillonner avec frénésie. Quartier Kreuzberg à Berlin, Yougoslavie, Espagne, New York.... jusqu'à développer une authentique fascination pour l'Asie et le Japon, "territoire kitsch et artistique qui attire autant qu'il peut effrayer." Le voyage inspirera bon nombre des "paysages électro-acoustiques" de l'artiste.

    Déconstruire pour révéler l'essence

    Quand Pérennès questionne le pérenne

    Illustration d'une constante interrogation sur lui-même, le mémoire de fin de master d'Arnaud proposait de réfléchir sur le rapport d'une œuvre au temps. "Ce mot apparaît constamment dans un monde qui bouge pourtant en permanence. Ça m'intrigue." Il se fait alors le théoricien d'une œuvre qui serait "à la fois éphémère et pérenne, car actualisée en temps réel pour toujours." Le monde actuel serait "bien trop paradoxal pour que ces deux notions s'opposent en permanence."

    C'est un fait : le XXIe siècle sera numérique ou ne sera pas. Arnaud reprend donc le chemin des beaux-arts en 1998 pour un master "espaces plastiques - espaces numériques" et acquiert les premiers éléments du home studio qu'il mettra des années à assembler. Pour France Telecom, il met au point une interface qui recueille des interrogations d'internautes sur le déferlement du Web dans leur quotidien. Déjà, l'habillage sonore de l'installation est tout sauf un amas de sons bruts. "Manipuler le son, le déformer, le déconstruire, c'est ce qui va révéler son essence. C'est comme un vieux transistor qu'on ouvrirait pour voir comment ça marche à l'intérieur. Mais attention, traiter le son, c'est aussi travailler par le retrait, enlever, filtrer."

    Arnaud tient toujours la basse pour quelques groupes rennais, principalement dans le milieu du funk et de la black music, mais développe surtout ses propres compositions électro-pop au sein desquelles le duo basse-batterie tient le haut du pavé. Le texte est déjà fondamental dans le travail de composition de l'artiste, puisqu'il a adopté les principes du sprechgesang, à mi-chemin entre le chanté et le parlé. "Ajouter de la voix apporte une force colossale, un supplément d'âme, de vie."

    Le home studio, symbole d'un désir permanent d'autonomie, est finalisé en 2006. Vient alors le projet Country : une géopolitique musicale et visuelle. Arnaud réalise l'habillage visuel de sons captés au cœur de la bande de Gaza par un ami journaliste. Parmi ces échantillons sonores, on trouve notamment les funérailles de Yasser Arafat.

    La transmission, un ancrage social

     

    En 2008, les réseaux de l'artiste continuent de fonctionner à plein régime au travers d'un projet avec Gilles Le Guen, ancien chanteur et journaliste à Rennes. Devenu DJ à New York, bien avant l'avènement des sonorités estampillées French Touch, Gilles fait tourner les groupes mythiques rennais type Marquis de Sade sur les platines de la Grosse Pomme. Aux responsables d'Agnès B., les acolytes proposent un morceau plutôt groovy composé par Arnaud : Deported prend la direction d'une des fameuses compils de la marque. "Encore un coup", se dit l'artiste.

     

    Mais c'est quoi, au juste, faire un coup ? "Faire un coup, c'est anticiper. À Nantes, un critique d'art m'a dit un jour : "pour le meilleur et pour le pire, tu es souvent là où on ne t'attend pas."" On retrouve ainsi Arnaud dans des projets de danse contemporaine en 2002 puis 2005. En revanche, le travail effectué avec les enfants pour Bouillants #6 est plutôt le résultat naturel d'une vraie sensibilité pédagogique, "une envie de transmission et de s'ancrer socialement" qui prend la forme d'interventions en milieu scolaire dès le milieu des années deux mille. Mais Arnaud n'intervient pas pour donner des cours et enseigner des techniques. "Les enfants ne doivent pas être un alibi pour une production de l'artiste. Je préfère les faire travailler à partir de leurs propres univers en utilisant une photocopieuse, un tube de colle, une paire de ciseaux."

    Pour recharger les batteries et nourrir une créativité débordante, Arnaud vient à nouveau de s'envoler pour l'Asie. Trois semaines pour renouveler son regard. Trois semaines pour prendre le temps... jusqu'à son prochain coup, naturellement.

     

    * Le Massachussets Institute of Technology (MIT) est une structure universitaire et de recherche spécialisée dans les champs de la technologie et des sciences aux États-Unis.

     

    Pour aller plus loin...

     

    Crédit photos : Miguel Templon (www.migueltemplon.com)

    Arnaud Roizen - Journaliste
    Arnaud Roizen - Journaliste

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