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    Chomlaik, ép. 1

    Cambodge : Arn Chorn-Pond, la musique en ode à la paix

    Arn Chorn-Pond Arn Chorn-Pond - © Marion Gommard-Jouan

    Arn a grandi à Phnom Penh à l'époque du règne des Khmers rouges. Enfant, il a connu les camps de travaux forcés, puis a été obligé de devenir soldat. À son adolescence, il a été adopté par le révérend Peter Pond et s'est exilé aux États-Unis. Après ses études, il est revenu au Cambodge en se fixant la mission de retrouver l'héritage de sa famille, qui était impliquée dans l'opéra cambodgien, son ancien professeur de musique et les stars de son enfance. Ce voyage a donné naissance à une ONG locale, Cambodian Living Arts. Arn vit désormais en périphérie de Phnom Penh et continue de s'impliquer dans différents projets visant à développer les arts cambodgiens. (Premier épisode du feuilleton Chomlaik)

     

     

    Que représente Cambodian Living Arts pour vous ?

    "CLA a démarré avec de tout petits moyens. Dans les années quatre-vingt-dix, je suis revenu au Cambodge et j'ai arpenté les rues des villes et villages à la recherche de maîtres d'art encore en vie. Je suis parvenu à trouver maître Mek – qui m'avait enseigné à jouer du Khim (une cithare à marteau, voir vidéo ci-contre) pendant le régime Khmer rouge –, mon cousin Nong Chak qui a appris l'opéra Bassac* auprès de mon père, et Chek Mach qui était la plus grande chanteuse d'opéra cambodgien avant le génocide. Tous vivaient dans des conditions très précaires. Lorsque j'ai rencontré Yoeun Mek, il était ivre. Il m'a demandé de faire quelque chose, car il ne voulait plus vivre ainsi et avait peur d'en venir au suicide. Il m'a dit "J'ai beaucoup de chance d'être en vie après tout cela. J'aimerais utiliser le temps qu'il me reste à transmettre mon savoir". Plus tard, quand nous avons trouvé le génial flûtiste Yim Sang, il a exprimé le même besoin. Nous avons alors travaillé à la création de Cambodian Living Arts.


    À la rencontre des derniers musiciens de khên
    © Marion Gommard-Jouan

    Cliquer sur l'une des images pour l'afficher en grand.

    Lors de ce premier voyage au Cambodge, j'avais 32 ans et j'avais travaillé en tant que travailleur social auprès de la communauté Khmère du Massachusetts. Je suis revenu aux États-Unis pendant trois ans et, avec l'aide enthousiaste de quelques sympathisants, nous avons créé CLA et avons commencé à rechercher d'autres maîtres d'art. Les premières activités de CLA – enseigner l'art, offrir des opportunités de création aux artistes et enregistrer des archives audio et vidéo – sont encore des missions importantes aujourd'hui, et je poursuis l'effort d'enregistrer et d'archiver des prestations de disciplines artistiques cambodgiennes en péril.

    Nous sommes partis de rien, mais dès le départ j'avais imaginé que CLA mènerait le travail qu'il fait aujourd’hui. Nous offrons des bourses à des étudiants en art et des artistes qui sont talentueux et motivés, et je suis extrêmement fier de cela. Ce programme de bourses d’études est une manière de nous concentrer sur le futur, sur la nouvelle génération d'artistes professionnels. Ceci dit, je pense que nous devons trouver un équilibre dans le soutien que nous apportons aux jeunes et aux anciens. Il faut continuer de se préoccuper des maîtres plus âgés et rechercher des formes d'art oubliées ou non répertoriées. Récemment, j'ai trouvé un maître de l'instrument khên que l'on croyait perdu, dans une zone très reculée au nord du Cambodge… C'est tellement passionnant !"

     

    Quel est votre meilleur souvenir dans cette aventure ?

    "Les tout premiers moments. Lorsque j'ai trouvé Yoeun Mek et Chek Mach, aucun de nous n'avait imaginé que nous pourrions être de nouveau réunis un jour. Après cette première rencontre, il y avait des embrassades de joie à chaque fois que nous nous voyions. C'était un moment magique. Je pouvais sentir leur excitation à l'idée que leurs vies – leur vraie vie, celle de musicien – allaient enfin reprendre leur cours. Cambodian Living Arts a permis de leur rendre fierté et dignité. Les maîtres d'art qui ont survécu au régime Khmer rouge n'imaginaient pas qu'ils puissent un jour recevoir un salaire et bénéficier gratuitement de soins médicaux.

    Mais le plus important, c'est que nous tous, à CLA, que ce soit les artistes, les étudiants ou les membres de l'équipe, nous formons une grande famille. Les relations humaines sont centrales, et je pense que cela constitue à la fois la force de l'organisation et l'une de ses principales valeurs. Le staff travaille dur ; parfois, nous sommes tous en train de courir dans différentes directions, parfois nous parvenons ensemble à réaliser de grandes choses, mais nous gardons toujours des liens très forts. Je veux voir des étudiants venir à CLA, que ce soit un lieu de pratique artistique, un centre d'information ouvert à tous, mais aussi, et c'est le plus important, que chaque personne impliquée dans le projet fasse attention aux autres.

    Les arts ne devraient pas avoir de frontières. Les arts viennent du coeur, ils sont vivants ! J'aime casser les codes. L'autre jour, je suis venu avec maître Hei, le joueur de khên. Sans prévenir, à l'improviste, il a commencé une représentation au milieu du bureau ; tout le monde était ravi. Il n'y a pas de formalités dans les villages comme celui dont est originaire maître Hei, et dans mon esprit, CLA est un village des arts !"

     


    Quel futur envisagez-vous pour l'organisation ?

    "Je souhaite que Cambodian Living Arts devienne un vrai centre d'art. Aujourd'hui, CLA est entouré de salons de massages ! Nous avons démarré comme une "école hors les murs", mais je pense qu'il est temps désormais que nous puissions nous appuyer sur un centre. Je l'imagine multifonctionnel : un lieu d'accueil de conventions culturelles, un pôle de ressources pour les artistes et les étudiants, voire même un endroit qui permet juste d'offrir un moment de paix et de sécurité. Dans ce centre, j'envisage de créer des stations radio et TV qui ferait la promotion des arts et enverrait un message positif aux Cambodgiens. Je pense que les gens veulent plus que ce que les médias actuels leur proposent. Cela peut sembler être un rêve fou, mais après le festival Season of Cambodia que nous avons lancé à New-York l'été dernier, tout semble possible !"

     

    * Opéra traditionnel cambodgien

     

    Texte original de Marion Gommard-Jouan sur www.chomlaik.com (traduit de l'anglais).



     

    L'auteure

    Marion Gommard-Jouan, globe-trotteuse des arts vivants

    Marion Gommard-Jouan

    Marion n'a pas perdu de temps. Des études brillantes, une belle expérience professionnelle à l'étranger, un mariage d'amour, et maintenant un tour du monde comme voyage de noces… pas mal à seulement 26 ans. Après avoir grandi au Mans, la jeune femme aussi douce et souriante que déterminée a fait ses études à Nantes : une classe préparatoire, puis l'école prestigieuse Audencia, qu'elle a choisie pour son master spécialisé sur les organisations culturelles et son ouverture sur l'international. "Avant d'être diplômée, je suis partie au Cambodge. J’y ai été embauchée et en parallèle, j'ai suivi des cours du soir et ai terminé là-bas mon master en management des institutions culturelles."

    Elle occupe pendant près de quatre ans le poste de responsable communication pour Cambodian Living Arts et rencontre de nombreux artistes traditionnels. Leur vision de l'art l'interpelle et lui donne envie de la confronter à celle d'autres professionnels de l'art traditionnel à travers le monde. Un projet qui rejoint un autre rêve, planifié depuis des années avec son petit copain David Jouan, 29 ans aujourd'hui, amoureux de la Bretagne et marin aguerri : un tour du monde à la voile. Fin 2014, le couple fait un aller-retour vers la France pour se marier et Marion trouve une nouvelle mission, "six mois pour le festival Musiques Métisses à Angoulême". L'été dernier, ils achètent leur voilier, un monocoque en acier de 10 mètres.

    Après un voyage d'un mois et demi en Inde, Marion et David ont entamé leur tour du monde à la voile le 11 novembre dernier. À chaque escale, ils rencontrent des acteurs de l'art traditionnel, dénichés grâce à des associations locales, au réseau des Alliances françaises… et directement sur le terrain. Les interviews sont rassemblées sur un site, Chomlaik.com. "En khmer, chomlaik signifie étrange, bizarre. C'est un clin d’œil au Cambodge où est né le projet, et j'ai choisi ce nom parce qu’en faisant dialoguer ces artistes du monde, il ressort des similarités mais aussi parfois des différences étonnantes. On prend souvent l’autre, l’inconnu, l’étranger pour bizarre."

    En savoir plus : www.chomlaik.com / Marion Gommard-Jouan sur Linkedin

     

    Bonus : la danse magique de dauphins autour du voilier de Marion et David...

    Dolphins from Marion Gommard on Vimeo.

     

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du feuilleton Chomlaik

     

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