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    Capricci, le jeu à la nantaise d’un label cinéphile

    Thierry Lounas, directeur de Capricci. Thierry Lounas, directeur de Capricci.

    Films, documentaires, éditions de livres et d'un magazine... Le label nantais Capricci multiplie les univers et joue sur plusieurs tableaux avec le sens du collectif. Interview de Thierry Lounas, fondateur de l'entreprise.

    C’est au QG de la société Capricci, situé à une centaine de mètres du commissariat Waldeck Rousseau, à Nantes, que nous donne rendez-vous son directeur, Thierry Lounas. Une figure incontournable d’un cinéma ligérien qui voit les choses en grand, en repensant le territoire, quitte à brouiller les pistes.

    Dès notre entrée dans le hall d’accueil, le décor est planté. Fauteuils en cuir noir confortables (nous sommes dans une société de production), grands murs blancs ornés de deux affiches : l’une du film d’auteur El Cant dels ocells d'Albert Serra (nous sommes dans un lieu de cinéphilie avérée), l’autre présentant le visage diaphane de Jessica Chastain, en couverture du magazine So Film (nous sommes chez un éditeur) et, au centre de tout ça, un baby-foot rutilant (nous sommes dans une société aussi pointue qu’anticonformiste – Farid Lounas, frère de Thierry et gérant de Capricci, est président de la Fédération internationale de football de table, ou baby-foot...).

     

    Comment définiriez-vous Capricci ?

    "C’est avant tout un label cinéphile que j’ai fondé en 1999 avec Emmanuel Burdeau, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, et l’écrivain François Bégaudeau. Capricci n’est spécialisé dans rien. On produit aussi bien des documentaires ou des films d’artistes que des longs métrages de fiction. On fait aussi de la distribution, et on édite des livres pouvant traiter de réalisateurs aussi divers que Judd Apatow ou Béla Tarr. Capricci travaille sur un spectre de films et d’activités très larges. C’est plus un lieu qu’une structure spécialisée. Dans ce lieu, on invente des choses tous les jours. Le dernier né étant le magazine So Film, qui s’est fait en association avec So Foot…"

     

    Quel a été votre parcours avant de créer Capricci ?

    "J’étais au lycée Guist'hau, à Nantes, puis j’ai fait médecine à Paris. Je suis ensuite devenu critique aux Cahiers du cinéma. J’ai commencé par créer un ciné-club dans ma fac de médecine, à Paris 5 et, en rencontrant des gens, je me suis lancé dans la critique au lieu de poursuivre mes études de quatrième année…"

     

    Comment êtes-vous passé de la critique à la création de Capricci ?

    "À l’époque où j’étais aux Cahiers, j’identifiais un certain nombre de cinéastes un peu radicaux, pas très riches, qui avaient des besoins, soit en production, soit en distribution. J’ai alors lancé un film qui s’appelait Où gît votre sourire enfoui ?, réalisé par le Portugais Pedro Costa, sur les cinéastes Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. J’ai commencé ce travail pour répondre à des manques, et pas du tout par vocation. Je ne suis pas producteur, je dirige une société de production, ce qui est pour moi très différent. Je m’occupe d’un endroit qui est là pour rendre des services, et qui peut proposer des choses très différentes selon les besoins. Capricci, c’est une sorte de polyvalence au service du cinéaste."

     

    Pourquoi avoir créé Capricci à Nantes, et non à Paris ?

    "Je viens d'ici. Cela me semblait naturel de lier la créativité et l’émulation à une autre ville qu’à Paris. Tout le cinéma est dans la capitale, et je pensais qu’une ville de province pouvait être une bonne échelle pour un laboratoire, ce qu’est Capricci. En réalité, ce n’est pas si facile. Il existe encore des barrières entre la capitale et la province, même si elles peuvent paraître désuètes. Notre implantation à Nantes, c’est une singularité, mais ce n’est pas encore une force. Il faudrait que l’on passe de la singularité à la force. De la fantaisie d’être en région à l’idée que Nantes est une terre de cinéma. Ce que je pense ! Ça l’est en termes de public, de diffusion… pas encore en termes de création. Mais on peut changer la donne."

     

    Le fait d’être à Nantes est-il compatible avec l’ambition internationale de Capricci ?

    "Tout à fait. L’international, c’est pas l’ailleurs, ça existe à un endroit ! En réalité, l’international, c’est du local. Donc pourquoi pas à Nantes ? Je pense que l’ambition artistique naît d’une ambition qui dépasse l’endroit où l’on est, tout en se servant de cet endroit. Prenez par exemple la grande série américaine Les soprano qui se passe dans le New Jersey. C’est la force du New Jersey qui fait Les Soprano. Je travaille actuellement avec un cinéaste espagnol, et tout vient de son petit village : les techniciens, les acteurs, etc. Ce n’est pas pour autant que sa destination est locale. Ça n’existe pas, une ambition locale ! On ne fait pas un film pour les clients du bar d’à côté. Soit on fait un film pour personne, soit on le fait pour tout le monde. Ce n’est pas l’économie du film qui doit décider de son ampleur. À l’heure d’internet, les conditions du local et de l’international sont complètement bouleversées. Ça n’a plus aucun sens d’opposer les deux. Et je pense que certaines villes, en France, ont un rôle à jouer dans la décentralisation du cinéma. Nantes en fait partie, comme Marseille ou Lyon."

     

    Les films distribués ou produits par Capricci ne sont pourtant pas forcément ancrés à Nantes…

    "Non. Absolument pas. Ceci dit, la série Litige (2009), qu’on a créée avec François Bégaudeau ou le film Les mouvements du bassin (2012), avec Éric Cantona, ont été tournés à Nantes. Historia de la meva mort d’Albert Serra, qui a obtenu le Léopard d’Or au festival de Locarno, a été tourné pour moitié dans un château près d’Angers. Mais les réalisateurs peuvent venir tourner ici ou pas. Quel que soit le lieu qu’ils choisissent, ça fait vivre économiquement une structure ici, avec des salariés permanents. Et dans tous les cas, on fait le lien entre production et diffusion. Les films sortent et vont dans des festivals ici. Je suis très attaché au retour sur le territoire, artistiquement. Je considère que le moment du tournage n’est pas intéressant en soi. Les plateaux sont fermés. Deux ou trois journalistes viennent, quelques techniciens travaillent. Mais où est le public ? Il s’en fiche complètement que ce soit tourné là. C’est un truc de com et de tourisme. Le vrai contact avec le public, c’est quand le cinéaste vient monter le film, le présenter, participer à des festivals comme Premiers Plans ou le festival de la Roche-sur-Yon."

     

    Je me demandais justement – naïvement – si des scènes étaient tournées en région dans le récent Pasolini de Ferrara que vous avez produit…

    "Parce que tout le monde est embrigadé ! On ne va pas tourner la mort de Pasolini sur une plage de la Baule... C’est tourné à Rome, mais le film ne se ferait tout simplement pas sans Capricci et sans l’apport de la Région Pays de la Loire. En fait, si Ferrara peut tourner, c’est grâce à la Région Pays de la Loire et la Région Aquitaine. Il faut quand même se le dire ! Il est venu faire son avant-première à Nantes. Il a monté son film pendant deux mois en Région Aquitaine, où il a rencontré du public. Avoir Ferrara deux mois en Aquitaine, c’est mieux ou moins bien que d’avoir un tournage de deux semaines où personne ne peut le rencontrer ? Pour les habitants, qu’est-ce qui est le mieux ? Inventons des façons d’accompagner les œuvres où tout le monde y trouve son compte et, surtout, où on ne dévoie pas l’œuvre du cinéaste en l’obligeant à tourner dans tel lieu, mais faisons en sorte qu’il y ait une retombée culturelle forte auprès des publics."

     

    Même si aucune scène n’est tournée ici, le film de Ferrara est donc bien une vitrine pour la région ?

    "Oui. Il y a des logos Pays de la Loire partout dans le Ferrara. C’est quand même beau. Les Pays de la Loire, ça pourrait être une marque d’excellence. On pourrait sélectionner les films parce qu’ils sont produits ici. Ce serait un gage de qualité. Il faut accueillir les cinéastes, les gens talentueux. La région doit être une terre d’accueil et une terre d’exportation."

     

    Vous êtes justement à l'initiative de l’Opcal, l'Organisation de professionnels du cinéma et de l'audiovisuel ligériens…

    "Je m’associe beaucoup avec d’autres producteurs, avec des acteurs et des techniciens pour mener des projets. Le militantisme collectif dans le cinéma est important. Parce que c’est un sport collectif. Ce sont des groupes - comme celui de la Nouvelle Vague, par exemple - que naissent les révolutions esthétiques. On n’est pas dans la littérature, il faut des moyens. Et pour débloquer ces moyens, il faut avoir une sorte de folie de groupe, c’est très important. Et cela manque. Il n’y a plus beaucoup de veine, de tendance, dans le cinéma français. Il faut réinventer ça."

     

    Y a-t-il une émulation autour de Capricci, justement ?

    "Je crois qu’on est un peu seuls, même s’il y a des gens autour. Capricci, ce n’est pas la Nouvelle Vague ! Il faut qu’on arrive à un moyen de fédérer, de regrouper, de faire se côtoyer des gens. Si tout le monde n’a pas la même ambition, ça ne marche pas. Il va y avoir des élections et j’aimerais avoir un vrai projet autour de la fiction, et le proposer aux candidats. Il y a un coup à jouer. Dans plein de domaines, Nantes ou la région sont très connus internationalement. Il faut qu’on sorte d’un localisme cinématographique. C’est possible d’inventer des choses ensemble ici, de créer un laboratoire. Il faut que les élus mesurent pourquoi ils ont une politique cinématographique, à quoi elle sert et quel est le bilan culturel, sans être tout le temps dans le bilan économique, qui est d’ailleurs plutôt bon. Le cinéma, ce n’est pas non plus de la high-tech ou de la biotechnologie. S’il s’agit de faire du fric, ce n’est pas là que ça va se passer. Mais s’il s’agit premièrement de faire de l’art, et ensuite de l’emploi, c’est imaginable. Faisons de la culture, de l’art, qui fait un peu d’emploi plutôt que de l’emploi culturel."

     

    Avec toutes ses casquettes, Capricci est-elle une société atypique ?

    "Je n’ai pas connaissance d'autres entreprises qui cumulent toutes nos activités. Capricci, c’est plein de petits métiers. Ce n’est pas très intéressant économiquement, parce que chaque métier demande un savoir-faire et autant de moyens humains, mais sans multiplier les ressources. D’un point de vue structurel, c’est compliqué à gérer, mais on ne s’y arrête pas. Ce qui nous intéresse, c’est comment cela peut servir un projet. On est toujours tendus entre le désir, le rêve et le principe de réalité : il faut avoir des sociétés, les gérer, avoir des bilans, etc. Il faut une équipe technique au service d’un principe et d’une philosophie. Il faut faire coexister les deux, être très souple. C’est intéressant, en termes de projet entrepreneurial, mais quand on en arrive à 16 ou 17 sociétés, ça devient chaud !"

     

    Tant que ça ?!

    "Oui, parce qu’on est distributeur en Belgique, en Espagne et bientôt en Grande-Bretagne. Ça fait à chaque fois des sociétés en plus, où il n’y a souvent qu’une personne. Aujourd’hui, nos films ne sortent plus dans plein de pays européens. La France est une exception, qui commence à l’être de moins en moins, d’ailleurs. Qu’est-ce qu’on fait alors ? On ne montre pas les films à l’étranger ? Non, on va à Bruxelles, à Londres, à Barcelone, mais on ne gagne pas d’argent. On va par exemple distribuer Mange tes morts de Jean-Charles Hue en Grande-Bretagne. Il y a aussi des films qu’on distribue à l’étranger, mais qu’on n’a pas produits : Tip Top de Serge Bozon, ou Tabou de Miguel Gomez."

     

    Comment se passe le travail, avec toutes ces personnes éloignées géographiquement ?

    "On fait beaucoup de Skype ! Nous sommes une quinzaine de personnes, dont cinq à Nantes. Certains sont à Paris, d'autres à Bruxelles, Barcelone ou Londres. L’idée, c’est que tout le monde se parle, se connaisse. Pour moi, c’est très important. Tous ces gens ont pour point commun d’être très cinéphiles. Ils sont contents de travailler en production ou en distribution, mais aussi de travailler les uns avec les autres pour défendre des films. Ils ne défendent pas des métiers, mais des films. C’est le point commun, que ce soit en France ou à l’étranger."

     

    Ces personnes sont-elles liées d’une manière ou d’une autre à la région ?

    "Oui, elles sont toutes venues à un moment ou à un autre sur Nantes. Elles ne connaissent pas Lens, ni Bordeaux, mais elles connaissent toutes Nantes. Je ne sais pas ce que ça rapporte, mais c’est bien (rire). C’est dans l’imaginaire ! Comme "le jeu à la nantaise" dans le foot : on peut défendre "le jeu à la nantaise" ailleurs qu’à Nantes, mais c’est toujours "le jeu à la nantaise". Et je pense qu’il peut aussi y avoir une "production à la nantaise"."

     

    En savoir plus : www.capricci.fr

    Matthieu Chauveau - Journaliste
    Matthieu Chauveau - Journaliste

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