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    Cinéma émotif : le cœur crève l'écran

    Avec le cinéma émotif, le film évolue en fonction des réactions des spectateurs. Avec le cinéma émotif, le film évolue en fonction des réactions des spectateurs.

    Et si les réactions des spectateurs pouvaient modifier le scénario d'un film ? Le court-métrage de cinéma émotif de la réalisatrice Marie-Laure Cazin, accueillie en résidence à Stereolux, revisite le concept des livres "dont vous êtes le héros". Sauf que le chemin narratif ne se décide pas : il est déterminé par un algorithme qui analyse les impulsions électriques cérébrales. L'expérience, au croisement de l'art et des nouvelles technologies, est une invitation à vivre la culture du futur.

    "Le spectateur de droite a influé sur la bande son !", s'amuse Marie-Laure Cazin. "Les sifflements que nous avons entendus lors de cette scène étaient une traduction sonore de ses ondes cérébrales". La réalisatrice, passionnée de nouvelles technologies, présente son film pilote de "cinéma émotif" (ou living cinema), Mademoiselle Paradis. Invitée par le Laboratoire arts et technologies de Stereolux, à Nantes, elle fait découvrir une nouvelle forme de vivre le 7e art en utilisant les mesures de capteurs high-tech. Casque électroencéphalographe (EEG) vissé sur la tête, deux spectateurs "cobayes" peuvent ainsi modifier le cours du film en fonction de leur activité cérébrale.

    Marie-Laure Cazin - Cinéma émotif à Stereolux (Nantes) Inspiré d'une histoire vraie, Mademoiselle Paradis, produit par Filmo, est un court-métrage sur une jeune pianiste qui a mystérieusement perdu la vue. Ses parents la confient aux soins de Franz-Anton Mesmer, pionnier du magnétisme. Une relation ambiguë se tisse alors entre la patiente et son guérisseur aux méthodes surprenantes.

    Scène à tiroirs

    Au milieu du film, madame Paradis surprend Mesmer juché sur sa fille qui est allongée dans un lit. Elle se précipite vers eux, la demoiselle tombe à terre et sa tête heurte le sol, la laissant évanouie. La mère s'en prend alors violemment au magnétiseur, le frappe et devient hystérique.

    Même scène, autre séance. Lorsque mademoiselle Paradis tombe à terre, la réaction de la mère est radicalement différente. Lascive, elle profite que sa jeune rivale soit évanouie pour roucouler à Mesmer "Je n'en peux plus. Allez, prends-moi !", dévoilant un désir brûlant.

    Arthur - Cinéma émotif à Stereolux (Nantes) "Vous avez déterminé cette pulsion sexuelle de la mère", annonce Marie-Laure Cazin au spectateur de gauche, Arthur, 24 ans et étudiant en histoire, qui lâche un rire un peu gêné. La réalisatrice dévoile les autres scénarios possibles pour cette scène : la mère peut être en colère (comme lors de la séance de la veille), être effondrée de tristesse et apathique, ou encore démontrer une vraie empathie pour sa fille.

    Scénario multifacettes

    "La version que nous venons de voir était la C2", précise la réalisatrice. Le film est en effet décliné en 12 scénarios bâtis sur un tronc commun, avec des débuts et des fins identiques. Deux "embranchements" scénaristiques interviennent avec quatre, puis trois variantes possibles (et 4 X 3 = 12 versions). La sélection d'une variante se fait automatiquement en fonction de la réaction du spectateur à une scène précédente (symbolisée ici par un cercle sur fond gris) :

    Cinéma émotif à Stereolux (Nantes) - Schéma narratif

    Le schéma scénaristique du court-métrage de cinéma émotif Mademoiselle Paradis

     

    Cinéma émotif à Stereolux (Nantes)

    "Je n'ai pas eu conscience du moment où mes émotions ont eu un impact sur le film", avoue Arthur après la séance. Après avoir entendu une description de la version de la veille (la mère est énervée contre Mesmer), il réalise vraiment la richesse scénaristique du dispositif. "Effectivement, ça change la compréhension du film et des personnages, c'est un autre éclairage sur les relations mère-fille. Je suis venu parce que j'étais intéressé par le concept, et ce qui est bien, c'est que le ressenti du spectateur fait le film."

    Plusieurs scènes de Mademoiselle Paradis laissent volontairement une large place à l'implicite, permettant à chaque spectateur d'interpréter l'histoire selon son ressenti et la version du film à laquelle il a assisté. Un flou artistique qui côtoie une vraie rigueur scientifique : pour détecter et interpréter les réactions, Marie-Laure Cazin s'appuie sur un équipement de pointe et des chercheurs spécialisés en multimédia et en sciences cognitives.

    Sciences et arts, mariage des raisons

    Le cinéma 2.0 existe depuis 1967 !

    "Kinoautomat, en 1967, a été la première expérience de cinéma interactif", rappelle la réalisatrice Marie-Laure Cazin. "Les spectateurs devaient choisir entre deux scènes en votant sur un boîtier, mais il était nécessaire d'arrêter le film. L'un des intérêts du cinéma émotif est qu'il n'y a pas de sortie de l'immersion cinématographique, les variations du film s'opèrent en temps réel et sans que le spectateur puisse les choisir."

    Le projet a séduit plusieurs chercheurs de l'institut Numédiart de Mons (Belgique) et de laboratoires universitaires à Lille, Bordeaux et Nantes. Patrick Le Callet, professeur de l'Irccyn (Institut de recherche en communications et cybernétique de Nantes), intervient ainsi sur le dispositif de cinéma émotif, car l'expérience fait écho avec ses recherches sur la perception humaine des images et vidéos. "Les échanges avec un artiste permettent aux chercheurs d'avoir un autre regard sur leurs travaux et de se remettre en question. Ils peuvent se nourrir de la problématique de l'artiste et appliquer leurs travaux sur un autre domaine que l'industrie, par exemple."

    Cinéma émotif à Stereolux (Nantes) - eye tracker

    Aux impulsions électriques recueillies par les casques EEG, les chercheurs de l'Irccyn ont donc ajouté les résultats d'un eye-tracker (oculomètre) qui permet d'analyser la direction des regards. Chaque séquence du film a ensuite été caractérisée par sa force émotionnelle et la variabilité des regards. Les scènes "à tiroirs" ont été choisies, car elles correspondaient aux moments où les réactions des spectateurs seraient les plus variées.

    Le Laboratoire arts et technologies de Stereolux a décidé de soutenir le cinéma émotif de Marie-Laure Cazin en accueillant cette expérience ouverte au grand public avec la mise à disposition d'équipements et de techniciens. Parce que selon sa responsable, Lucile Colombain, l'art a un rôle clé à jouer dans l'innovation technologique... et que le projet était trop original pour être suffisamment financé. "Au MIT, il y a des artistes dans les labos, car ils sont précurseurs en termes d'usages. La difficulté avec le dispositif imaginé par Marie-Laure est qu'il est trop innovant pour intéresser les entrepreneurs et qu'il est trop transdisciplinaire pour entrer dans une case prédéfinie..."

     

    Une thèse sur les émotions et la mémorisation

    Cinéma émotif à Stereolux (Nantes) - Romain Cohendet

    Un jeune doctorant nantais en STIM (Sciences et technologies de l'information et mathématiques)* participe au dispositif de cinéma émotif imaginé par Marie-Laure Cazin. Romain Cohendet prépare en effet une thèse sur les relations dans les contenus multimédia entre émotion, attention émotionnelle et mémorisation. À l'issue des projections du film pilote Mademoiselle Paradis, il demande donc aux participants de répondre à un questionnaire qui lui permet d'évaluer ce qui a été mémorisé, et de croiser ces résultats avec les mesures du casque EEG et de l'eye-tracker. "Il serait d'ailleurs possible de procéder à d'autres mesures : avec un électrocardiogramme, des capteurs sur les doigts ou encore sur les muscles du visage", précise-t-il. Ravi d'avoir l'opportunité d'inscrire sa thèse dans une expérience artistique aussi atypique, il souligne lui aussi l'utilité des échanges entre arts et sciences : "Les chercheurs ont besoin de créativité pour découvrir de nouvelles choses, fouler des terres inconnues."

    * Romain Cohendet bénéficie d'un financement de l'Université de Nantes et fait partie du laboratoire de l'équipe IVC de l'Irccyn. Il réalise sa thèse en collaboration avec le LPPL (Laboratoire de psychologie des Pays de la Loire).

     

    En savoir plus : www.marielaurecazin.net

     

     

     

    Thibaut Angelvy - Journaliste, webmaster et rédaction en chef
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