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    Chomlaik, ép. 9

    Colombie – Ana Jiménez : tisser pour un meilleur avenir

    Ana Jiménez © Marion Gommard-Jouan Ana Jiménez © Marion Gommard-Jouan

    Le chapeau de Suaza est fabriqué grâce à un savoir-faire séculaire et aux connaissances que les indigènes ont rassemblées sur les plantes locales et leur tissage. En décembre 2015, les familles de trois municipalités rurales, dont celle d'Ana, ont reçu une appellation d'origine contrôlée qui atteste de leurs compétences traditionnelles et de la grande qualité de leurs chapeaux. (Neuvième épisode du feuilleton Chomlaik).

     

    Pourquoi avez-vous commencé a tisser des chapeaux ?

    "Mes ancêtres tissaient. C'est un savoir-faire familial très ancien, qui remonte au moins à mon arrière-grand-mère. Mon grand-père a commencé a travailler lorsqu'il avait 15 ans et s'occupait de la finition des chapeaux (il les martelait pour leur donner forme), puis il allait les vendre. Lorsqu'il n'y avait pas encore de routes ici, il transportait les chapeaux tissés sur des mulets. Ma grand-mère a transmis beaucoup de connaissances à ma mère, elle lui a tout enseigné sur le tissage, et ma mère a ensuite transmis ce savoir à ses filles. C'est un art que je pratique depuis mon enfance : je tisse depuis que j'ai 7 ans. J'adore ça… et donc je continue à tisser !"

     

    Combien de temps vous faut-il pour fabriquer un chapeau ?

    "Cela dépend de la taille. Pour un petit chapeau "à la Gardel", il faut vingt jours en travaillant huit heures par jour avec une fibre fine comme celle que j'utilise. Si la fibre est un peu plus épaisse, il faut dix-huit jours. La fibre fine est de meilleure qualité, mais plus difficile à tisser. Pour la même taille de chapeau, il faut donc plus de temps."

     

    Comment cette tradition est-elle transmise aux nouvelles générations ?

    "Le problème de ce métier d'art est que vous ne savez pas quand vous allez vendre, la commercialisation n'est pas stable. Par conséquent, les jeunes ne sont pas motivés à l'apprendre. Ils recherchent une activité avec plus de débouchés et étudient d'autres matières. Les jeunes générations ne tissent pas beaucoup et se tournent vers d'autres domaines. Ça me fait mal de voir ça. C'est une belle tradition, et je suis très triste qu'elle soit en train de se perdre. J'ai enseigné mon savoir-faire à mes nièces, car elles devaient l'apprendre ! Elles venaient ici pendant leurs vacances pour tisser avec moi. Encore aujourd'hui, certaines viennent ici pendant leurs vacances pour utiliser le matériel et fabriquer des chapeaux. Si les ventes étaient stables, je pense que nous aurions réussi ! Les gens achètent des chapeaux de temps en temps, mais les ventes dépendent de la situation économique de la région. Ici, on gagne sa vie dans l'agriculture, notamment en cultivant du café. Et cette année, par exemple, les récoltes étaient maigres car l'été n'a pas été bon : nous avons eu cinq mois sans pluie et les grains ont beaucoup souffert. Les prix ont baissé et les habitants de la région n'ont plus d'argent, donc ils ne vont rien m'acheter. Et je pense que c'est pareil dans toute la Colombie."

     

    Comment vos chapeaux se vendent-ils ?

    "Les grossistes viennent ici pour les acheter et les vendre lors d'événements. Mon frère est l'un d'entre eux : il les vend à la fête du village."

     

    Combien de personnes tissent des chapeaux dans la région ?

    "Je crois qu'une centaine de personnes tissent dans la région. Toutes des femmes. Le tissage est un travail féminin, et la finition, qui implique le martèlement du chapeau, est un travail masculin. Je peux le faire aussi, mais c'est plus le travail des hommes !"

     

    Les chapeaux de cette région bénéficient désormais d'un label officiel de qualité. Pourquoi ce savoir-faire est-il particulièrement reconnu ?

    "C'est une initiative récente qui vise à promouvoir l'artisanat colombien. Nous avons reçu l'appellation d'origine contrôlée en décembre dernier lorsque nous avons participé au festival artisanal de Bogotá. Les chapeaux du département de Huila ont été reconnus pour leur haute qualité. Le label indique "chapeau de Suaza" et est réservé à trois municipalités de la vallée de Suaza. Trois municipalités où la tradition est ancrée depuis longtemps, avant nos arrière-grands-parents. Nos ancêtres ont commencé à fabriquer ces chapeaux pendant la période indigène. À cette époque, leur savoir était remarquable. Il faut beaucoup de connaissances pour pouvoir produire une telle chose, regardez comme c'est beau ! Cette tradition fait partie de notre identité, fait partie de ce que nous sommes. C'est pourquoi il est important de protéger ce bel art. Pour le sauver, nous aimerions essayer de développer la commercialisation à l'étranger. Maintenant que nous avons l'appellation d'origine contrôlée, il sera plus facile d'exporter les chapeaux."

     

    Que représente le tissage de chapeaux pour vous ?

    "Eh bien, à vrai dire c'est une source de tristesse pour moi, parce que je vois qu'un métier est en train de mourir. Dans la région, c'est notre patrimoine. J'insiste beaucoup auprès de ma famille, surtout les jeunes, je leur répète "apprenez" ! Ils peuvent étudier d'autres choses aussi, mais ils devraient au moins connaître cet art. S'ils le savent, même s'ils ont une autre activité, ils pourront continuer à faire des chapeaux. Ils me disent "pourquoi apprendre ?" Mais parce que tout ce que vous apprenez ne se perd jamais et sera utile un jour, il est toujours bon d'apprendre de nouvelles choses. J'ai toujours dit à ma famille "apprenons un peu de tout". Mon père disait qu'il ne faut pas laisser disparaître les traditions. Il faut accueillir les innovations, mais ne jamais rien laisser mourir. C'est par exemple une bonne chose que l'électricité soit arrivée ici afin que nous puissions avoir de la lumière, mais si nous avions abandonné les bougies, comment s'éclairerait-on en cas de coupure de courant ? Mon père disait que nous devions continuer à apprendre ces choses comme le tissage, parce qu'on ne sait jamais quand on en aura besoin. Et il avait raison, il faut apprendre un peu de tout dans la vie. J'incite les membres de ma famille à tout apprendre, du processus de production du matériau jusqu'à la fin du chapeau."

     

    Qu'est-ce qui fait que les chapeaux de Suaza sont de meilleure qualité ?

    "Le tissage est beaucoup plus fin et le chapeau est donc complètement imperméable. Il est aussi entièrement fait à la main. Aucune machine n'est utilisée dans le processus, et le résultat est bien meilleur. Aujourd'hui, les machines sont utilisées pour tout, partout. Elles ont remplacé les gens dans le tissage et dans la finition des chapeaux. Mais je peux voir que ces chapeaux fabriqués à la machine ne sont pas parfaits. Le tissage et la forme ne se maintiennent pas bien. Marteler à la main donne de bien meilleurs résultats. Quand je touche des chapeaux qui ont été finis par la machine, je peux sentir qu'ils ont perdu toute leur valeur. Les gens l'utilisent pour réduire la quantité de travail, mais en réalité seuls les chapeaux comme les miens sont vraiment de haute qualité. C'est pareil dans l'agriculture. Maintenant, les gens veulent tout faire plus rapidement. Ils utilisent des produits chimiques et c'est tout ! Ils ont créé des produits artificiels pour chaque étape de production, pour la semence, pour la plantation, pour la maturation… tout est accéléré. Mais, en fait, cela nuit à notre santé et maintenant les gens tombent malades parce qu'ils mangent des produits "accélérés" ! Nous devrions davantage suivre la nature. En réalité, trop d'innovation peut parfois nuire. Nous devrions plutôt prendre le temps nécessaire pour bien faire les choses. Car les produits faits à la main prennent plus de temps, c'est sûr. Mais comme les machines sont utilisées pour tout, et qu'elles fabriquent des produits plus rapidement, c'est aussi mauvais pour l'emploi. Nous devrions utiliser nos mains, nos mains ! Avant, la vie était comme ça. On pouvait apprécier le travail, parce tout était fait main…"

     

    Le site web de la famille d'Ana : http://sombrerosdomitila.wix.com/artesanias-en-iraca

     

    Texte original de Marion Gommard-Jouan sur www.chomlaik.com (traduit de l'anglais).


     

    Cliquer sur l'une des images pour l'afficher en grand - © Marion Gommard-Jouan

     

     

    L'auteure

    Marion Gommard-Jouan, globe-trotteuse des arts vivants

    Marion Gommard-Jouan

    Marion n'a pas perdu de temps. Des études brillantes, une belle expérience professionnelle à l'étranger, un mariage d'amour, et maintenant un tour du monde comme voyage de noces… pas mal à seulement 26 ans. Après avoir grandi au Mans, la jeune femme aussi douce et souriante que déterminée a fait ses études à Nantes : une classe préparatoire, puis l'école prestigieuse Audencia, qu'elle a choisie pour son master spécialisé sur les organisations culturelles et son ouverture sur l'international. "Avant d'être diplômée, je suis partie au Cambodge. J’y ai été embauchée et en parallèle, j'ai suivi des cours du soir et ai terminé là-bas mon master en management des institutions culturelles."

    Elle occupe pendant près de quatre ans le poste de responsable communication pour Cambodian Living Arts et rencontre de nombreux artistes traditionnels. Leur vision de l'art l'interpelle et lui donne envie de la confronter à celle d'autres professionnels de l'art traditionnel à travers le monde. Un projet qui rejoint un autre rêve, planifié depuis des années avec son petit copain David Jouan, 29 ans aujourd'hui, amoureux de la Bretagne et marin aguerri : un tour du monde à la voile. Fin 2014, le couple fait un aller-retour vers la France pour se marier et Marion trouve une nouvelle mission, "six mois pour le festival Musiques Métisses à Angoulême". L'été dernier, ils achètent leur voilier, un monocoque en acier de 10 mètres.

    Après un voyage d'un mois et demi en Inde, Marion et David ont entamé leur tour du monde à la voile le 11 novembre dernier. À chaque escale, ils rencontrent des acteurs de l'art traditionnel, dénichés grâce à des associations locales, au réseau des Alliances françaises… et directement sur le terrain. Les interviews sont rassemblées sur un site, Chomlaik.com. "En khmer, chomlaik signifie étrange, bizarre. C'est un clin d’œil au Cambodge où est né le projet, et j'ai choisi ce nom parce qu’en faisant dialoguer ces artistes du monde, il ressort des similarités mais aussi parfois des différences étonnantes. On prend souvent l’autre, l’inconnu, l’étranger pour bizarre."

    En savoir plus : www.chomlaik.com / Marion Gommard-Jouan sur Linkedin

     

    Bonus : la danse magique de dauphins autour du voilier de Marion et David...

    Dolphins from Marion Gommard on Vimeo.

     

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du feuilleton Chomlaik

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