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    Colombie – Ernesto "Teto" Ocampo : la musique en quête spirituelle

    Ernesto Ocampo Ernesto Ocampo - © Marion Gommard-Jouan

    Cela fait plus de dix ans que Teto joue de la musique autochtone de Colombie. Il mène plusieurs groupes autour de la musique indigène, dont Side Steppers, Mucho Indio et Hombre de Barro, qui jouent régulièrement en public à Bogotá. (Dixième épisode du feuilleton Chomlaik).

     

     

    Comment avez-vous abordé la musique que vous jouez aujourd’hui ?

    À un certain moment, j’ai commencé à m’intéresser à cette culture, qui est une culture originelle de Colombie. J’ai découvert qu’elle était spirituelle. Et j’ai ainsi réalisé que la musique occidentale m’ennuyait. La musique indigène m’a offert un nouveau départ dans mon cheminement musical. Ce qui me manquait dans la musique occidentale était la spiritualité. Or, c’est cela que je voulais plus que tout : apprendre ce qu’est la musique spirituelle, savoir si la thérapie musicale fonctionne. J’ai donc commencé à apprendre des styles de musique anciens, de différentes parties du monde, de Chine, de Mongolie, d’Afrique… Ici, les gens s’intéressent maintenant au yoga, mais ils ne voient pas qu’il y a aussi des choses intéressantes, il y a aussi ces traditions qui sont originaires d’ici ! Ainsi j’ai commencé à travailler avec des habitants des régions montagneuses, du Cauca, et j’ai appris leur musique. Mais j’ai aussi appris beaucoup d’autres choses. Je me suis impliqué dans la vie du village, dans leurs luttes et leurs revendications politiques.

    C’est au cours de ce processus qu’est né le groupe Mucho Indio, qui défend une politique spirituelle. « Mucho Indio » est une expression du racisme colombien. Les gens parlent des indigènes comme « mucho indios », avec condescendance. Alors que nous, à l’inverse, nous avons découvert que ce qui est « indien » est une richesse. La culture indienne est une grande culture que nous avons en Colombie, que nous commençons seulement à apprécier à sa juste valeur, et à propos de laquelle nous nous rendons compte que nous ne connaissons rien – moi non plus, je n’y connaissais rien.

    Pour Mucho Indio, j’écris une musique nouvelle sur la base d’une musique antique. J’appelle cela le « paléofuturisme » : il s’agit de trouver la musique du futur en utilisant de la musique très ancienne. Je connais des mélodies qui viennent d’esprits antiques, conçues il y a des milliers d’années, et qui sont pertinentes aujourd’hui. J’essaye de les présenter d’une manière à les dignifier.

     

    Je recherche aussi une musique non pas traditionnelle, mais nouvelle et urbaine. La plupart des gens font du rock. Même s’ils chantent en espagnol, cela sonne comme s’ils avaient appris la musique en Europe. Ce qu’il s’est passé en Colombie, comme dans presque toute l’Amérique Latine, c’est un mélange biologique. Nous avons tous la peau mate. Il y a donc eu un mélange biologique, mais pas culturel – en réalité il y en a eu un peu, mais cela reste largement méconnu. Depuis le début, le type de gouvernance et le système dans lequel nous vivons ont été calqués sur l’Europe. Tout est européen : l’école, la langue, la religion… Et pendant très longtemps, personne n’a su quelle était la manière de vivre des Indiens. Mais, en 1992, les Indiens ont finalement été reconnus dans la Constitution. Et ils ont ainsi commencé à s’intégrer dans la société : ils sont allés à l’université, etc. Ce processus vient juste de démarrer, et le véritable mélange ne fait que commencer. Un nouveau mélange, fait de respect, en intégrant l’aspect indigène, ancestral.

     

     

    Était-il difficile d’aller apprendre la musique dans une culture différente ?

    Je n’ai pas appris la musique indigène comme on apprend la musique occidentale. En Occident, on paye pour un cours, et voilà. Ou on cherche sur Internet, on trouve et on reçoit directement la connaissance que l’on souhaitait. Mais ici ça ne se passe pas comme ça. Vous devez travailler dur pour accéder à la connaissance. Les mélodies peuvent paraître simples à apprendre, on peut également les écrire et les enregistrer. C’est possible de travailler comme ça. Mais pour réellement comprendre comment utiliser ces mélodies, ce n’est pas si simple. Premièrement, avec les Indiens, il vous faut vous asseoir et parler, de nombreuses fois. Et une fois que vous avez conversé beaucoup avec quelqu’un, vous devenez amis. C’est pourquoi certains de mes meilleurs amis sont des Indiens qui m’ont enseigné, et qui continuent à m’apprendre. Vous avez également besoin d’un interprète culturel, un interlocuteur. Quelqu’un qui vit dans notre monde et qui en même temps travaille avec ou pour eux. Nous avons besoin de leur vision de la politique, de la communauté, de l’écologie, de la spiritualité, de la médecine… Ils détiennent beaucoup de savoirs qui font également partie de nous-mêmes, mais que nous avons oubliés depuis très longtemps, depuis des siècles. Ces choses ont été oubliées mais nous avons maintenant l’occasion de les retrouver.

    Un jour je suis allé voir un Indien et je lui ai demandé de jouer une chanson. Alors il m’a répondu, « non, pourquoi chanterais-je une chanson ? Et quelle chanson ? » Je lui demandai la chanson du chantaduro. Le chantaduro est un petit fruit du palmier. Il y a donc une chanson sur comment on va chercher le chantaduro, il y en a une autre sur comment on le pèle, une autre sur comment on le cuit… Et alors la chanson à Bogotá, sans aucun chantaduro alentour, ne peut pas faire sens. J’ai bien appris la chanson sur comment aller chercher le chantaduro, mais ensuite ça ne rime à rien de la chanter en ville car il n’y a pas de forêt par ici.

    Il y a donc une autre manière d’apprendre. Rechercher, ce n’est pas étudier, au sens intellectuel du terme. Il s’agit de parler avec l’Indien et de partager ce que l’on a à partager. La plupart de cette recherche, je l’ai faite ici à la maison, car ils viennent beaucoup ici. Ma maison est devenue un centre pour les Indiens qui souhaitent rester un moment. À n’importe quel moment, un Indien peut entrer ! Ah tiens, regarde, en voilà une ! [Une femme rentre en effet à ce moment, NdA]

    L’un des Indiens qui m’ont beaucoup aidé vit ici en ce moment. C’est un chamane et un musicien de la région du Cauca, d’un village Nasa. Il n’avait nulle part où vivre, alors il est venu s’installer ici. Et chaque fois qu’il vient, nous jouons de la musique. Je n’ai appris que ce qu’il a bien voulu me montrer.

    Il y a aussi plusieurs musiciens de la montagne qui sont venus quelques fois et qui m’ont beaucoup enseigné. Une grand-mère m’a adopté comme son fils de la ville, en quelque sorte. Elle vient une ou deux fois par an, et elle reste deux ou trois mois, et elle partage tout avec ma mère… Et il faut toujours que nous chantions ! Elle veut toujours chanter ou me montrer d’autres choses. Et j’ai encore beaucoup à apprendre d’elle.

    Il y a aussi les mamos, qui jouent de l’accordéon. Chaque fois qu’un ou une indienne d’une certaine communauté vient ici, les autres indiens originaires de cette communauté mais vivant à Bogotá viennent lui rendre visite. J’ai ici un accordéon, et nous passons alors toute la nuit à jouer l’un après l’autre. Et c’est ainsi que vous vous retrouvez à apprendre !

    Quelques rares fois, il s’agissait réellement d’une session pour parler ou apprendre la musique. Avec Julio par exemple, un indien Heruacan, j’ai eu un vrai cours de musique heruacan. Ça a duré peut-être douze heures et j’ai tout enregistré ; il m’a tant expliqué et il m’a appris tellement de chansons !

    Par conséquent, il n’y a pas une seule manière d’apprendre. Il y a la manière occidentale, qu’on appelle musicologie. Il s’agit d’enregistrer, de prendre des notes, d’écrire qui a enregistré, quand, où, etc., et de mettre ça sur une étagère dans une librairie. Mais je ne suis pas d’accord avec cette façon de faire anthropologique, qui reste un regard de l’extérieur. L’anthropologue arrive quelque part et déclare que les indiens sont ainsi. Il dit « ILS sont comme ça et JE suis comme ci ». À l’inverse, je préfère vivre leur vie. J’aime apprendre à vivre leur vie. J’aime manger la même nourriture, partager la médecine et les plantes, la musique… C’est un échange. La musique est très belle, car je chante et vous appréciez. La musique, c’est le partage : un musicien joue et l’autre dit : « Oh, c’est si beau, c’est un plaisir ! ». La musique casse toutes les barrières, de la langue, de la politique, etc. C’est pourquoi il n’y a pas besoin d’en venir à cette façon de penser très intellectuelle ; la plupart du temps, la musique est pour faire la fête, et c’est tout ! Pourquoi devrions-nous philosopher ? On joue et voilà !

     

    Ernesto Ocampo

     

    Quels messages espérez-vous transmettre à travers cette musique ?

    Nous communiquons beaucoup de choses. La première est que nous sommes tous des Indiens. Et aussi, nous sommes tous blancs, et nous sommes tous noirs, et ce thème du racisme doit enfin se terminer. C’est le message principal, car c’est une base à partir de laquelle on peut parler et apprécier la musique, les arts, ou simplement une conversation.

    Une fois que le racisme est éliminé, ce qu’il reste c’est de s’asseoir ensemble, parler, et recevoir de la connaissance. Il y a des savoirs européens, des savoirs africains, des savoirs de Mongolie, de Chine… Et il y a des savoirs d’ici. Il y a des chefs dans les communautés autochtones, qu’on appellerait ailleurs chamanes, mais ici on les appelle mamos. Donc, plutôt que mon propre message, il s’agit plutôt de transmettre le message de ces gens pleins de sagesse. Dans un sens, je suis juste un interlocuteur. Il est parfois difficile de comprendre et de traduire cette sagesse. Beaucoup de ces mamos ne parlent pas bien espagnol, donc nous pouvons avoir du mal à nous comprendre. Mais en général, ils sont comme des lamas tibétains, qui sont les gourous, et détiennent les clefs de la vie spirituelle, ce qui nous est très profitable.

    Le message est également politique. Parce qu’il faudrait changer certaines choses dans le système. Sur l’éducation, par exemple. En fait, sur chaque aspect du système. Mais je suis particulièrement sensible à l’éducation, parce que j’ai longtemps été professeur. Les gens peuvent recevoir une éducation de type européen, mais ils ne reçoivent pas d’éducation à la manière indigène. Ces personnes qui ont été éduquées dans une école européenne connaissent les mathématiques, la philosophie, la science, la biologie… Ils connaissent certaines choses qui viennent des livres. Mais ils ne savent pas construire une maison, chasser, fabriquer leurs vêtements, etc. Ce sont ces choses-là qu’il faut savoir pour survivre dans le monde. La philosophie ne vous permet pas de survivre : il vous faut acheter vos vêtements. Alors que dans les communautés, les enfants apprennent à fabriquer leurs vêtements, à construire leur maison… Ils apprennent cela car ils participent à la construction de la maison de leurs voisins et des membres de leur famille. Quand ils se marient, ils commencent à construire leur maison. Et vous ne devez pas faire cela tout seul, le reste de la communauté est là pour vous aider.

    En Occident, survivre dans le monde consiste à travailler dans un domaine pour gagner de l’argent pour s’acheter toutes ces choses. Alors qu’un Indien fait lui-même toutes les choses dont il a besoin. Si vous voulez jouer de la musique, il vous faut alors fabriquer votre instrument. Là-bas, il n’y a pas de magasin pour en acheter. Il vous faut donc aller chercher la bonne plante – car les instruments sont des plantes – et ainsi de suite. En général, on a une raison spirituelle de jouer de la musique. Je travaille pour retrouver cela.

     

    Quel genre de musique permet de transmettre un tel message ?

    Il y a une chose qui est particulièrement importante : le phrasé. C’est quelque chose de culturel, et la majeure partie de votre phrasé vient en fait de votre environnement. Mais il y a une autre partie qui vient de l’intérieur de vous-même, de votre ADN, de votre sang. C’est génétique. J’ai donc découvert mon phrasé. Et, à l’inverse de la plupart des Indiens, j’écris la musique ; j’ai utilisé le contrepoint et d’autres techniques européennes, et j’ai utilisé des outils électroniques et la technologie… Je fais ce nouveau mélange, en y intégrant de la musique indigène et moderne.

    J’ai également un autre groupe appelé Hombre de Barro, dans lequel nous faisons en gros la même chose, mais tout y est improvisé. Nous sommes des jazzmen, nous faisons partie de la scène jazz de Colombie. C’est certes une scène alternative, de l’ombre, mais elle est grande. Beaucoup de gens jouent une musique incroyable. Je n’ai jamais vu cela ailleurs, ni en France ni en Allemagne, où il y a pourtant tellement de jazz ; ni en Argentine, qui est très développée culturellement ; ni au Brésil, qui a vu naître tant de styles musicaux ; ni au Mexique… Il y a ici une scène de free jazz folklorique colombien.

     

    Comment envisagez-vous le futur de la musique traditionnelle ?

    Ernesto OcampoIl peut se passer beaucoup de choses. Dans de nombreux endroits, la culture est en danger – la musique, mais pas seulement. Dans beaucoup d’endroits, on la voit déjà disparaître. Ce sont les endroits où les jeunes n’apprennent pas la musique. Ils veulent seulement apprendre la musique qu’ils entendent à la radio. Et il y a des gens, comme moi, qui s’efforcent d’empêcher cette disparition. Nous verrons dans quelle mesure nous pouvons réussir.

    J’ai un projet éducatif dans la forêt de la région de la Sierra Nevada. L’idée est de renforcer la culture et les langues. En Occident, on a tendance à concevoir ces deux aspects comme distincts, mais en fait c’est la même chose. Par exemple, si on reprend la chanson du chantaduro : c’est de la musique, mais c’est aussi à propos de la forêt, de la magie, de la médecine… C’est tout cela à la fois.

    À Puerto Nariño, j’ai un projet pour promouvoir l’éducation. C’est un beau projet, car ce sont les Indiens eux-mêmes qui le dirigent, afin de reconnecter les jeunes à leur culture, car ils s’en sont complètement déconnectés. Dans cette région en particulier, on peut voir à quel point les jeunes sont déboussolés. Ils ne connaissent rien de la forêt, et ils ne savent pas parler leur langue. Dans d’autres endroits, on n’a pas laissé faire ça. Dans la Sierra Nevada, les habitants se sont rendus compte un peu tard qu’il fallait renforcer l’éducation. Ils incitent aujourd’hui les enfants à jouer les instruments traditionnels.

    Il y a aussi le cas des urbains qui apprennent les coutumes et les traditions indigènes. Cela contribue à préserver et diffuser la connaissance de ces cultures. Il y a d’autres musiciens comme moi qui travaillent dans ce domaine, et cela a un impact positif.

     

    Quel accueil vous réserve le public ?

    En général dans les communautés indigènes, une partie du village pense qu’ils doivent aller en ville pour apprendre les choses de la ville puis revenir et transmettre à leur tour ces connaissances au village. Et puis il y a ceux qui, au contraire, pensent qu’il faut rester.

    On retrouve la même chose ici à Bogotá. Beaucoup de gens reçoivent cette musique merveilleusement bien. Il y en a même à qui ça change la vie ; ils reçoivent une épiphanie, une connaissance spirituelle. Et puis il y a ceux qui ne la comprennent pas. Il y a beaucoup de gens qui ne comprennent rien à la musique, de toute façon ! Et il y a aussi beaucoup de gens qui font de la très mauvaise musique ! Les paroles sont affreuses, la musique n’est pas intéressante, il n’y a rien d’authentique.

    Si vous voyagez en bus on vous imposera de la très mauvaise musique ! Et pourtant tout le monde autour de vous l’appréciera. Parfois je me demande si je suis le seul sur cette planète à ne pas aimer cette musique ! Ce que j’aime c’est écouter un indien jouer de l’accordéon dans la forêt, et cela me rend vraiment heureux ! Mais c’est pareil si j’écoute du jazz, ou Bach, ou de la musique africaine… En fait je pense que les gens qui sont ouverts d’esprit savent reconnaître de la bonne musique, d’où qu’elle soit et qu’elle soit ancienne ou moderne, européenne ou non. Si la musique est bonne, on la reçoit. Et il y a ceux qui ne reçoivent pas la musique, qui n’y connaissent rien ; ils sont renfermés. Ils n’apprécient ni la musique indigène, ni le jazz, etc.

    Depuis quelques années, on organise une très belle pratique qui s’appelle le cercle de parole. C’est une très vieille tradition, qui trouve son origine avant l’existence des Indiens. On se rassemble autour d’un feu et on parle de sujets spirituels. C’est une très belle pratique communautaire. Vous pouvez dire ce que vous voulez, et les autres vous écoutent. Vous pouvez donc venir avec vos propres convictions politiques, de n’importe quel pays, cela n’a pas d’importance.

     

    Avez-vous un message pour le monde ?

    Le racisme est terminé. Nous connaissons mieux les différentes cultures, et le monde ne s’en porte que mieux. Notre vision du monde a besoin de spiritualité, d’écologie, d’une façon de penser communautaire. On a besoin de nourriture saine, d’air pur. On a besoin de connaissance sur comment respecter l’eau, comment revenir à l’essentiel. Ici, dans les Amériques, nous avons la chance de vivre aux côtés de ces communautés où cette connaissance a été préservée – ce qui est vraiment incroyable. Il est merveilleux que ces gens n’aient pas occidentalisé leur culture, qu’ils n’aient pas changé leur façon de vivre pour le confort d’une voiture et tout le reste.

    J’invite donc le monde entier à apprendre de ces gens, et sur vous-mêmes. Aujourd’hui, il y a les Indiens et les Occidentaux. Mais peu importe la couleur de votre peau, peu importe où vous vivez. Vous pouvez être au Tibet ou au centre de Paris ou de New York, la terre est là. Ici à Bogotá, nous sommes sur un territoire Muisca par exemple, et il est là sous le bitume. On peut mettre autant de bitume qu’on veut, la terre reste là-dessous. L’esprit de la terre est là, alors parlons avec lui.

    Vous pouvez vous occidentaliser chaque jour un peu plus, et alors vous pouvez oublier toutes les choses qui comptent. En Occident, la religion n’existe pas, il n’y a pas de spiritualité, tout est matériel, il n’y a pas de communauté, chacun roule pour soi. Mais vous pouvez aussi vous désoccidentaliser. Allez-y !

     

    Texte original de Marion Gommard-Jouan sur www.chomlaik.com (traduit de l'anglais).

     

     

    L'auteure

    Marion Gommard-Jouan, globe-trotteuse des arts vivants

    Marion Gommard-Jouan

    Marion n'a pas perdu de temps. Des études brillantes, une belle expérience professionnelle à l'étranger, un mariage d'amour, et maintenant un tour du monde comme voyage de noces… pas mal à seulement 26 ans. Après avoir grandi au Mans, la jeune femme aussi douce et souriante que déterminée a fait ses études à Nantes : une classe préparatoire, puis l'école prestigieuse Audencia, qu'elle a choisie pour son master spécialisé sur les organisations culturelles et son ouverture sur l'international. "Avant d'être diplômée, je suis partie au Cambodge. J’y ai été embauchée et en parallèle, j'ai suivi des cours du soir et ai terminé là-bas mon master en management des institutions culturelles."

    Elle occupe pendant près de quatre ans le poste de responsable communication pour Cambodian Living Arts et rencontre de nombreux artistes traditionnels. Leur vision de l'art l'interpelle et lui donne envie de la confronter à celle d'autres professionnels de l'art traditionnel à travers le monde. Un projet qui rejoint un autre rêve, planifié depuis des années avec son petit copain David Jouan, 29 ans aujourd'hui, amoureux de la Bretagne et marin aguerri : un tour du monde à la voile. Fin 2014, le couple fait un aller-retour vers la France pour se marier et Marion trouve une nouvelle mission, "six mois pour le festival Musiques Métisses à Angoulême". L'été dernier, ils achètent leur voilier, un monocoque en acier de 10 mètres.

    Après un voyage d'un mois et demi en Inde, Marion et David ont entamé leur tour du monde à la voile le 11 novembre dernier. À chaque escale, ils rencontrent des acteurs de l'art traditionnel, dénichés grâce à des associations locales, au réseau des Alliances françaises… et directement sur le terrain. Les interviews sont rassemblées sur un site, Chomlaik.com. "En khmer, chomlaik signifie étrange, bizarre. C'est un clin d’œil au Cambodge où est né le projet, et j'ai choisi ce nom parce qu’en faisant dialoguer ces artistes du monde, il ressort des similarités mais aussi parfois des différences étonnantes. On prend souvent l’autre, l’inconnu, l’étranger pour bizarre."

    En savoir plus : www.chomlaik.com / Marion Gommard-Jouan sur Linkedin

     

    Bonus : la danse magique de dauphins autour du voilier de Marion et David...

    Dolphins from Marion Gommard on Vimeo.

     

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du feuilleton Chomlaik

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