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    Colombie - Diego Maldonado et Rancho Aparte : la tradition, c'est l'évolution

    Le groupe colombien Rancho Aparte Le groupe colombien Rancho Aparte - © Marion Gommard-Jouan

    Diego Maldonado, musicien et producteur, cumule les casquettes (voir encadré). En plus de produire sa propre musique, il accompagne le développement du groupe Rancho Aparte dont le chanteur et leader est Enrico Manute. Le groupe joue de la chirimia, une forme de musique traditionnelle de la région colombienne Chocó. (Huitième épisode du feuilleton Chomlaik).

     

    Comment avez-vous commencé la musique ?

    Diego Maldonado : "J'ai commencé à m'intéresser à la musique très jeune. J'ai d'abord été dans un chœur d'enfants, puis j'ai pris des cours de piano, et ensuite j'ai appris à jouer de la trompette et me suis retrouvé dans un groupe de punk à Bogotá ! Par la suite, j'ai découvert les nouvelles technologies et j'ai commencé à passer la plupart de mes journées à les utiliser pour créer de la musique. La technologie offre de nouvelles façons de composer, d'abord en utilisant des ordinateurs, mais aussi toute une gamme de nouveaux outils. C'est ainsi que j'ai commencé à produire de la musique, avec seulement mon ordinateur et des écouteurs, en explorant les logiciels et les sons. Peu à peu, mon travail est devenu plus abouti, et j'ai amélioré mes compétences techniques afin de parvenir à reproduire ce que j'avais en tête. C'est plus que simplement de la musique faite sur un ordinateur : mon travail actuel est le résultat de nombreuses années d'exploration. Mes sons ont commencé sur une machine, mais peu à peu ils ont commencé à vivre par eux-mêmes. J'ai également eu l'opportunité de travailler pour le ministère de la Culture, ce qui m'a permis de voyager dans de nombreuses régions du pays, de rencontrer une foule de musiciens, et d'avoir accès à de nombreuses ressources musicales dont je n'avais pas connaissance. Je travaillais vraiment comme un chercheur. J'ai donc trouvé beaucoup de contenus musicaux, issus de tous les styles de musique colombienne, et je les ai compilés afin de créer des ressources pour la création."

     

    Diego Maldonado, fomenteur de révolution culturelle populaire

    Diego Maldonado Diego est musicien et producteur. D'un côté, il travaille pour le ministère de la Culture colombien et crée sa propre musique électronique en utilisant des sons et de la musique traditionnelle qu'il recueille à travers le pays. Il mène trois projets : Armadillo, un vallenato électro (un style de musique originaire de la côte colombienne des Caraïbes), De Juepuchas, un collectif de musique électronique qui utilise des chansons et des sons populaires colombiens, et La MiniTK Del Miedo, cocktail de bruits et de clichés rocks et tropicaux "passés dans un mixer". En parallèle, Diego est également coordinateur en Colombie de OneRPM, une société internationale de distribution de musique, et soutient ainsi de nombreux musiciens.

    "La période actuelle est très favorable pour la musique colombienne. Il y a beaucoup d'opportunités pour apprendre, de nombreux échanges avec l'Europe ou les États-Unis, beaucoup de musique originale en cours de création… Mais, en même temps, le pays doit faire face à de nombreux défis qui empêchent les musiciens de devenir professionnels et de vivre de leur art. OneRPM (ONE Revolution People’s Music) offre à tous les musiciens du pays un panel de solutions pour développer leur activité. Nous travaillons principalement sur la distribution, mais nous nous occupons également des enregistrements, de la production, du marketing, des relations publiques… Tout cela permet aux artistes de faire connaître leur travail. Concernant Rancho Aparte, nous les avons aidés à finaliser leur production musicale : ils avaient déjà fait des enregistrements, mais il leur manquait le mixage et le mastering. Nous nous chargeons aussi de distribuer et promouvoir leur musique. C'est vraiment une synergie entre professionnels de l'art. C'est la façon dont nous aimons travailler, en jouant le rôle de pont entre les artistes et les entreprises de l'industrie de la musique."


    Enrico Manute : "Le groupe est né à Quibdó, dans la région du Chocó, dont le fondateur du groupe et quelques autres membres sont originaires. Nous nous sommes rencontrés grâce au dialogue musical permanent qu'il y a là-bas, avec de nombreuses rencontres et interactions entre musiciens. Cela nous a donné l'idée de créer ce groupe de musique traditionnelle, et nous l'avons appelé Rancho Aparte. Certains d'entre nous étaient déjà musiciens et maîtrisaient des instruments à cordes du Quibdó, mais d'autres jouent de manière totalement empirique ! Nous avons commencé par jouer dans la rue. Là-bas, il est toujours possible de trouver de la musique dans la rue. Dans chaque maison, il y a un instrument. Chaque habitant joue d'un instrument, chante, danse… Il y a un contact direct et permanent à la musique, que nous aimons tous et que nous voulons faire avancer."

    Que représente votre musique, selon vous ?

    DM : "Ma musique actuelle représente dix années d'exploration du monde électronique, mais est aussi le résultat d'une réflexion très personnelle. Elle est liée à l'identité colombienne : qu'est-ce que cela signifie d'être Colombien, d'être de Bogotá ? Comment ces éléments d'identité peuvent se mélanger avec l'univers électronique ? C'est ce que je fais à travers mes trois projets : j'explore la culture populaire, les sons traditionnels, mais aussi des thèmes comme le passé ou le présent, à travers le prisme de l'identité colombienne."

    EM : "Pour nous, la chirimia représente tout. Cela représente le plus grand défi de nos vies, car nous avons abandonné nos emplois pour en faire notre métier. Cela représente donc l'espoir d'amener la musique du Chocó au niveau professionnel, et de la faire connaître partout dans le monde."


    Comment le public réagit-il à votre musique ?

    DM : "Je mélange les traditions avec les nouvelles tendances, dont la musique électronique. Certains y sont ouverts et l'apprécient, se l'approprient. D'autres préfèrent que la musique traditionnelle demeure intacte, pure. Cette posture ne permet pas l'évolution et les mélanges. Pour ma part, je crois que la culture évolue, et qu'elle doit évoluer pour continuer d'exister dans le monde d'aujourd'hui. Cette idée est très darwinienne : vous vous adaptez, ou vous disparaissez. De nombreuses espèces ont disparu, mais aussi beaucoup de cultures."

    EM : "Le public est devenu accro à notre musique ! Les enfants aiment ses influences modernes et les adultes apprécient son aspect traditionnel. Du coup, nous faisons le lien entre tradition et nouveauté, et nous parvenons à attirer un public composé de toutes les générations ! Nous ne ciblons pas un public en particulier. C'est un voyage à travers de nombreuses situations différentes et qui réunit toutes les générations."


    Comment la musique traditionnelle va-t-elle évoluer selon vous ? Risque-t-elle de disparaître ?

    DM : "Elle ne disparaîtra jamais totalement… mais je ne suis pas sûr qu'elle continuera d'être une coutume. Car les nouveaux moyens de communication font que nous consommons des choses qui ne sont pas les nôtres, et elles participent à faire qui nous sommes. Nos différentes identités sont en guerre, ou plutôt dans un échange de dialogues, et nous devons les relier d'une manière positive. C'est pourquoi je pense que la musique traditionnelle doit faire face aux tendances d'aujourd'hui : la technologie, l'accès aux biens culturels, les nouveaux modes de consommation… Sinon, elle pourrait disparaître, ou rester derrière la vitrine des musées."

    EM : "La musique de la région du Chocó est le principal style de musique traditionnelle en Colombie. Il n'est en aucune façon menacé d'extinction : au contraire, il y a toujours de nouveaux interprètes. Les enfants et les jeunes sont de plus en plus intéressés par la chirimia, et ils en font un style de musique populaire. Dans le meilleur scénario, j'imagine la chirimia jouée partout dans le monde, sur les plus grandes scènes musicales ! J'espère qu'elle bénéficiera de ce phénomène qui est à l’œuvre dans le monde et qui permet de traverser toutes les frontières, briser toutes les barrières linguistiques, transcender toutes les religions et toutes les croyances politiques. J'imagine la chirimia devenir un langage universel. Nous avons beaucoup de respect pour cette musique et notre objectif est de la perpétuer dans sa forme originale, donc on ne peut pas parler de "fusion", mais nous nous la sommes appropriée en y intégrant nos propres sentiments. Nous cherchons à donner à la musique traditionnelle une forme qui plaise à tout le monde, et nous avons donc fait beaucoup de recherche sur la manière de la faire "évoluer", bien que le mot soit un peu fort."

     

    Avez-vous un message à faire passer ?

    DM : "Si vous aimez ma musique, n'hésitez pas à m'écrire ! Connectons-nous, et continuons de faire de la musique. Je crois que dans la musique, on trouve des valeurs très fortes d'union qui n'existent pas dans d'autres domaines. C'est pourquoi il y a cette énergie qui me pousse à créer. Nous devons continuer de jouer de la musique !"

    EM : "Ayez en tête qu'à Quibdó, dans le Chocó, en Colombie, il y a plein de musiciens qui se battent pour perpétuer leur tradition et qu'ils ont vraiment envie que tout le monde la connaisse !"

     

    Texte original de Marion Gommard-Jouan sur www.chomlaik.com (traduit de l'anglais).

     

     

     

    Un concert de Rancho Aparte © Marion Gommard-Jouan

    Cliquer sur l'une des images pour l'afficher en grand

     

     

    L'auteure

    Marion Gommard-Jouan, globe-trotteuse des arts vivants

    Marion Gommard-Jouan

    Marion n'a pas perdu de temps. Des études brillantes, une belle expérience professionnelle à l'étranger, un mariage d'amour, et maintenant un tour du monde comme voyage de noces… pas mal à seulement 26 ans. Après avoir grandi au Mans, la jeune femme aussi douce et souriante que déterminée a fait ses études à Nantes : une classe préparatoire, puis l'école prestigieuse Audencia, qu'elle a choisie pour son master spécialisé sur les organisations culturelles et son ouverture sur l'international. "Avant d'être diplômée, je suis partie au Cambodge. J’y ai été embauchée et en parallèle, j'ai suivi des cours du soir et ai terminé là-bas mon master en management des institutions culturelles."

    Elle occupe pendant près de quatre ans le poste de responsable communication pour Cambodian Living Arts et rencontre de nombreux artistes traditionnels. Leur vision de l'art l'interpelle et lui donne envie de la confronter à celle d'autres professionnels de l'art traditionnel à travers le monde. Un projet qui rejoint un autre rêve, planifié depuis des années avec son petit copain David Jouan, 29 ans aujourd'hui, amoureux de la Bretagne et marin aguerri : un tour du monde à la voile. Fin 2014, le couple fait un aller-retour vers la France pour se marier et Marion trouve une nouvelle mission, "six mois pour le festival Musiques Métisses à Angoulême". L'été dernier, ils achètent leur voilier, un monocoque en acier de 10 mètres.

    Après un voyage d'un mois et demi en Inde, Marion et David ont entamé leur tour du monde à la voile le 11 novembre dernier. À chaque escale, ils rencontrent des acteurs de l'art traditionnel, dénichés grâce à des associations locales, au réseau des Alliances françaises… et directement sur le terrain. Les interviews sont rassemblées sur un site, Chomlaik.com. "En khmer, chomlaik signifie étrange, bizarre. C'est un clin d’œil au Cambodge où est né le projet, et j'ai choisi ce nom parce qu’en faisant dialoguer ces artistes du monde, il ressort des similarités mais aussi parfois des différences étonnantes. On prend souvent l’autre, l’inconnu, l’étranger pour bizarre."

    En savoir plus : www.chomlaik.com / Marion Gommard-Jouan sur Linkedin

     

    Bonus : la danse magique de dauphins autour du voilier de Marion et David...

    Dolphins from Marion Gommard on Vimeo.

     

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du feuilleton Chomlaik

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