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    Équateur - Chopin Thermes : un pilier de la sauvegarde de la musique des Andes

    Chopin Thermes Chopin Thermes - © Marion Gommard-Jouan

    Chopin est un anthropologue et ethnomusicologue français. Dans les années 1960 et 1970, après avoir voyagé au Sénégal, il explora le Mexique et le Guatemala à la rencontre de musiciens traditionnels, puis continua vers la Colombie où il enregistra et publia un disque de musique héritée des traditions indigènes et de l’époque coloniale. Il s’installa à Ibarra, en Équateur, en 1973, et fonda Ñanda Mañachi, un ensemble de musique traditionnelle jouée par les membres de différentes communautés quichuas. Plus tard, Chopin créa Juyungo, un ensemble représentant diverses ethnies de la côte, des montagnes et de l’Amazonie équatoriennes. Ces deux groupes ont été pionniers dans la musique multi-ethnique, présentée pour la première en Équateur, et ils ont été ovationnés dans plusieurs festivals à travers le monde. (Onzième épisode du feuilleton Chomlaik).

     

    Comment avez-vous rencontré des musiciens indigènes et créé l’ensemble Ñanda Mañachi ?

    Grâce à ma femme, Hermelinda. A cette époque elle travaillait pour une organisation gérée par le Ministère de l’Agriculture. L’ONU finançait cette organisation et il s’agissait d’un projet qui avait été suggéré par Che Guevara. Comme ils ne voulaient pas que ça sonne trop communiste, ils l’ont appelé « la mission andine » (la misión andina), ce qui laissait croire à un aspect religieux, catholique. La mission andine formait donc des jeunes parlant le quichua à la médecine afin qu’ils puissent venir en aide aux habitants dans la campagne, là où les médecins me mettaient pas les pieds. Ainsi par exemple ils pouvaient apporter l’électricité et la lumière dans une communauté, tout comme soigner des maladies comme la syphilis – car les indigènes allaient travailler sur la côte près de Santo Domingo, ils avaient des contacts avec des femmes infectées par la syphilis, ils revenaient ici et ainsi ils propageaient la maladie aux femmes locales. Il y avait donc un centre médical et des femmes de langue quichua formées à soigner ou administrer leur traitement aux malades. Et ce qui était particulièrement intéressant c’est qu’elles pouvaient utiliser à la fois la médecine moderne, qui était donnée par la mission andine et qu’elles n’avaient donc pas à acheter, et la médecine traditionnelle. La médecine moderne était un complément de la médecine traditionnelle car un certain nombre de maladies étaient relativement nouvelles et partagées avec le reste du monde. C’est pour cela par exemple que les indigènes isolés ne peuvent pas se permettre d’avoir de contact avec le reste du monde, car s’ils le faisaient ils mourraient de maladies qu’ils ne savent pas soigner.

    Il y avait donc tout ce contexte. Quand j’ai rencontré Hermelinda, elle travaillait pour ce projet et elle avait donc des contacts autochtones – ou, plus que des contacts, des amis. Et tous jouaient de la musique. Parmi tous ces musiciens j’ai pu écouter, enregistrer et sélectionner les meilleurs. Et petit à petit un ensemble musical est né avec des membres de communautés différentes. Non seulement des représentants de la langue quichua, mais aussi d’autres cultures.

     

    Qu’espériez-vous accomplir avec Ñanda Mañachi ?

    À l’origine, mon idée était de rassembler des musiciens de ces différentes communautés qui auparavant ne s’étaient jamais réunis d’une manière spontanée et naturelle comme cela – car, précisément, il y avait des obstacles traditionnels. Entre ceux d’en-haut qui portaient les cheveux courts et ceux autour de Peguche et d’Otavalo qui avaient une tresse, par exemple. À l’époque, on les appelait les Mochos et les Wangudos. Ces gens-là ne se rencontraient jamais. Lors des célébrations de San Juan, ils se battaient toujours et cassaient les instruments l’un de l’autre. Mais à travers le projet Ñanda Mañachi, ils se rassemblaient pour la première fois, les Mochos et les Wangudos ensemble. J’ai sélectionné les musiciens avec Hermelinda, en choisissant les plus intéressants. Il fallait que je choisisse des personnalités compatibles, aussi. Car les musiciens sont parfois difficiles à gérer ! Je devais faire en sorte que le rassemblement ne finisse pas en pugilat mais qu’il donne plutôt quelque chose de constructif. En invitant des chanteurs de différents villages, nous avons fondé un groupe qui jouait des thèmes traditionnels mais qui sonnait nouveau. Car chacun et chacune apportait sa propre manière de jouer, qui était celle de sa communauté. A cette époque il n’y avait pas d’électricité dans les communautés, pas d’eau courante, les politiciens ne s’embarrassaient pas d’aller là-bas chercher leurs votes… Tout cela ne s’est développé que depuis une quarantaine d’années. Aujourd’hui dans ces villages les murs en ciment remplacent les toits en paille et des énormes enceintes diffusent toute la musique commerciale que vous pouvez trouver au marché. A l’époque, tout cela était impensable.

     

    J’avais une boutique d’artisanat en ville pour gagner ma vie. Et j’y passais de la musique. Quand je passais la musique que j’avais enregistrée, une foule de gens commençait à s’amasser devant l’entrée ; ils n’entraient pas car ils ne comptaient rien acheter, mais ce qui les intéressait c’était la musique. C’était la première fois qu’ils entendaient cela. C’est ainsi que m’est venue l’idée de rendre ces disques disponibles au public.

     

    Le travail avec les musiciens traditionnels est-il différent aujourd’hui que dans les années 1970 ?

    Rencontres avec de grands musiciens du passé

    Photos gracieusement mises à disposition par Chopin Thermes. La plupart datent de 1973.


    (Cliquer sur une image pour l'afficher en grand)


    À cette époque, il y avait beaucoup de cultures différentes, alors qu’aujourd’hui il y en a moins. De nos jours, tout est organisé. Le bulldozer de la mondialisation est arrivé jusqu’ici ! Par exemple maintenant on écrit le quichua d’une manière qui efface les différences. Mais à l’époque les disparités entre une communauté et une autre étaient si fortes, en termes d’habits, de langue, de coutumes et dans la manière de jouer de la musique, qu’il était difficile de les faire se rencontrer. Mais moi, je n’appartenais à aucune communauté, et j’étais avec une femme qui non seulement se rendait dans toutes les communautés de la région d’Ibarra, mais aussi aidait à guérir les gens. Alors les langues se déliaient et on me disait, « ah, cette personne joue de la musique », et donc j’allais l’enregistrer. Si vous y allez seul, vous n’arriverez jamais à mener à bien votre projet. D’autant plus avant qu’aujourd’hui. Aussi, à l’époque, on avait beaucoup plus le temps de faire les choses. Le stress n’existait pas. Alors on faisait tout lentement, et j’avais toute la vie devant moi !

     

    Dans quelle mesure les cultures que vous découvriez alors étaient pures, réellement traditionnelles ?

    Pour quelqu’un qui précisément était à la recherche des éléments les plus purs, les plus traditionnels, qui n’avaient que peu subi l’influence de l’extérieur, cette région s’est avérée très intéressante. Quand je suis arrivé à Mocoa en Colombie, j’ai marché jusqu’à la communauté de Yunguillo, où les gens parlaient le quichua – ils m’ont appris la langue. Et quand ils ont fini par accepter de me faire écouter leur musique, devinez ce qu’ils m’ont sorti : un vinyle ! Je découvrais qu’ils avaient déjà enregistré leur musique. Alors j’ai enregistré leurs enregistrements ! Tout cela pour dire qu’il y a toujours une influence extérieure ; mais celle-là, ils l’avaient recherchée eux-mêmes.

    Ici il y avait les Mochos, qui descendent d’habitants du Pérou et de la Bolivie. Les Incas les avaient déplacés lors de la conquista, et déjà les traditions avaient dû évoluer. Par exemple, aujourd’hui on appelle Inti Raymi la grande célébration du mois de juin, mais Inti Raymi c’est inca, alors que les célébrations autour du solstice existaient ici bien avant. Puis l’Église est arrivée et ils ont commencé à appeler cela San Juan. Mais que l’on dise San Juan ou Inti Raymi, il s’agit d’une fête imposée par des conquérants et qui a remplacé des célébrations plus anciennes. Au moins, la fête San Juan a été capable d’évoluer et les indigènes se la sont appropriée. A l’inverse, Inti Raymi est vraiment inca, et en vérité cette fête a mis plus de barrières aux traditions locales que San Juan. Quand on parle d’Inti Raymi, c’est culturel ; et quand il s’agit de la culture, ce n’est plus la tradition. C’est quand la tradition disparaît que la culture intervient, pour « sauver » soi-disant la tradition. Mais en fait rien du tout n’est sauvé.

    Au Pérou, oui, là ils recréent maintenant les véritables célébrations d’Inti Raymi, y compris tous les rituels de l’Inca. L’Inca était un humain mais aussi une personnalité déifiée. Alors qu’ici il n’y avait pas tout cela. Il y avait juste des communautés sans État. Les incas, eux, étaient soumis à un État, et un État conquérant qui plus est. Ce concept n’existait pas ici. Alors ça a été un grand choc quand les incas sont arrivés. De plus, ces derniers avaient une société patriarcale, alors que d’ici jusqu’en Colombie actuelle c’était matriarcal. Une société matriarcale implique le culte de la lune, quand l’autre adorait le soleil. Ca a donc été un choc culturel majeur lorsque sont arrivés les incas.

    Enfin, quand je suis arrivé dans la région, les coutumes et les musiques des San Juanes étaient beaucoup plus naturelles, précises et traditionnelles qu’aujourd’hui. Je ne savais pas où est-ce que j’allais m'établir. Lorsque je me suis installé ici, à Ibarra, ce n’était pas vraiment ce que j’avais imaginé, mais c’est la vie ! Je suis arrivé ici le 31 mai 1973, moins d’un mois avant les célébrations du solstice. Les gens allaient d’une maison à l’autre, c’était la tradition. Maintenant, la fête mélange tout un tas d’autres pratiques, et cela devient difficile pour les bons groupes de musique de continuer car les gens suivent la procession et ils ne comprennent pas vraiment le sens de cette musique. Ils boivent et ils se saoulent. A l’origine l’objectif n’était pas de se saouler mais de montrer son respect à la terre.

     

    Comment envisagez-vous le futur de la musique traditionnelle que vous avez enregistrée ?

    C’est précisément à cause de cette inquiétude que j’ai enregistré cette musique. J’enregistrais des anciens alors que les nouvelles générations ne s’intéressaient déjà plus à ces musiciens plus vieux et aux enregistrements, à cause du processus de modernisation et du changement ambiant. C’était le cas dans de nombreux endroits, comme Otavalo par exemple. Mais quand ils ont commencé à voyager, alors ils ont commencé à s’intéresser. À partir des années quatre-vingt, des indigènes de toutes parts de l’Équateur ont commencé à voyager. En voyageant ils se sont rendu compte que les Européens et les Étatsuniens s'enthousiasmaient pour leur musique, alors ils voulaient leur montrer ce qu’ils savaient ! La vérité c’est qu’ils ne s’y intéressaient pas du tout avant, et le contact avec les anciens était déjà perdu. Bien souvent ces vieux avaient emporté leur savoir avec eux dans leur tombe. Par conséquent, à partir des disques, de nouvelles mélodies furent créées. C’est pour cela que mon travail est très reconnu par ici. Mais ce que les gens ne savent pas c’est l’histoire de ce travail : comment et pourquoi il a été mené. Précisément, je savais que la musique allait disparaître, c’est pourquoi je devais l’enregistrer.

    La musique qui est jouée aujourd’hui n’est plus la musique que j’ai enregistrée sur ces disques. C’est pourquoi dès que nous le pouvons, nous rassemblons les musiciens traditionnels. C’est ce que nous avons fait en 2014 à Peguche, par exemple. Il y avait trois générations : les anciens, leurs enfants et leurs petits-enfants. Et nous avons pu mettre sur pied un véritable spectacle qui fut acclamé par les spécialistes. Il s’agissait d’une réinterprétation de la musique ancienne. Il est vrai que l’époque ancienne est révolue, mais grâce aux textes et à l’Histoire que l’on connaît de mieux en mieux, on peut réinterpréter la musique, comme cela a été enregistré sur mes disques. Les musiciens les plus anciens ont pu montrer aux plus jeunes comment ils jouaient dans le passé, et cela fut une expérience très riche.

    L’autre raison pour laquelle j’ai enregistré cette musique, c’était aussi de créer une musique nouvelle. C’est très important. La musique traditionnelle, c’est la musique des traditions. Mais les traditions ne sont pas figées, elles évoluent. Durant les quelques années où j’enregistrais de la musique, les traditions changeaient, et la musique avec. Je voulais freiner ces changements, car ils amenaient beaucoup de confusion.

    Prenons l’exemple en Colombie de la création du reggaeton. Bon, c’est toujours le même problème : quand vous avez un bon musicien, ça fait du bon reggaeton ! Mais le reggaeton n’a rien à voir avec la tradition. C’est comme un vampire : il aspire tout ce qui existe et trace son propre chemin. Pour moi, ce phénomène, c’est le cancer. Et ce phénomène a un nom : la modernisation musicale. La même chose s’est produite ici. Ça a changé la musique des San Juanes en reggae. Des musiciens d’Otavalo ont fait cela. Le reggae est un rythme d’Amérique du Sud, et il porte un message, alors ils voulaient faire la même chose. Ils ont gardé la mélodie du reggae, ou parfois ils ont créé de nouvelles mélodies en utilisant mes enregistrements, mais en en transformant le rythme pour en faire quelque chose de plus jeune, de plus moderne. Mais en fait, ils n’ont rien créé du tout. S’il c’était agit d’une véritable création transformatrice, alors d’accord. Ces gens-là ont voyagé en Espagne, ils ont découvert le flamenco, et ils ont voulu faire la même chose. Mais cela n’est pas le résultat d’un véritable travail. C’est juste pour attirer l’attention, pour se faire connaître, et pour créer une sorte de mouvement, qui de toute façon est mort aussi vite qu’il est apparu. On ne se souvient même pas que cela a existé.

     

    Texte original de Marion Gommard-Jouan sur www.chomlaik.com (traduit de l'anglais).

     

     

    L'auteure

    Marion Gommard-Jouan, globe-trotteuse des arts vivants

    Marion Gommard-Jouan

    Marion n'a pas perdu de temps. Des études brillantes, une belle expérience professionnelle à l'étranger, un mariage d'amour, et maintenant un tour du monde comme voyage de noces… pas mal à seulement 26 ans. Après avoir grandi au Mans, la jeune femme aussi douce et souriante que déterminée a fait ses études à Nantes : une classe préparatoire, puis l'école prestigieuse Audencia, qu'elle a choisie pour son master spécialisé sur les organisations culturelles et son ouverture sur l'international. "Avant d'être diplômée, je suis partie au Cambodge. J’y ai été embauchée et en parallèle, j'ai suivi des cours du soir et ai terminé là-bas mon master en management des institutions culturelles."

    Elle occupe pendant près de quatre ans le poste de responsable communication pour Cambodian Living Arts et rencontre de nombreux artistes traditionnels. Leur vision de l'art l'interpelle et lui donne envie de la confronter à celle d'autres professionnels de l'art traditionnel à travers le monde. Un projet qui rejoint un autre rêve, planifié depuis des années avec son petit copain David Jouan, 29 ans aujourd'hui, amoureux de la Bretagne et marin aguerri : un tour du monde à la voile. Fin 2014, le couple fait un aller-retour vers la France pour se marier et Marion trouve une nouvelle mission, "six mois pour le festival Musiques Métisses à Angoulême". L'été dernier, ils achètent leur voilier, un monocoque en acier de 10 mètres.

    Après un voyage d'un mois et demi en Inde, Marion et David ont entamé leur tour du monde à la voile le 11 novembre dernier. À chaque escale, ils rencontrent des acteurs de l'art traditionnel, dénichés grâce à des associations locales, au réseau des Alliances françaises… et directement sur le terrain. Les interviews sont rassemblées sur un site, Chomlaik.com. "En khmer, chomlaik signifie étrange, bizarre. C'est un clin d’œil au Cambodge où est né le projet, et j'ai choisi ce nom parce qu’en faisant dialoguer ces artistes du monde, il ressort des similarités mais aussi parfois des différences étonnantes. On prend souvent l’autre, l’inconnu, l’étranger pour bizarre."

    En savoir plus : www.chomlaik.com / Marion Gommard-Jouan sur Linkedin

     

    Bonus : la danse magique de dauphins autour du voilier de Marion et David...

    Dolphins from Marion Gommard on Vimeo.

     

    Thibaut Angelvy

     

    Lire tous les épisodes du feuilleton Chomlaik

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